Finalement, j’ai erré. Erré dans le sens d’erreur. J’étais pourtant certaine d’avoir croisé le chat à deux endroits distincts. Le fil était solide. Je l’étirais dans tous les sens et il ne cassait pas. Mais ce matin, j’ai ratissé les pages. La vie me joue des tours. Sinon le chat.
Il fait chaque jour un peu plus froid. On ne se sort pas de l’hiver. On y entre ou on dort.
Photo : SEMBLANT D’UNE BLANCHEUR PROCHAINE – Novembre 2024 * Montréal
Y a celle de la bulle et du dé. De l’histoire dans l’histoire, qui revient les deux fois. Sous mon eau matinale, je la vois assise à sa table, la bouteille dans une main et le verre dans l’autre. Elle s’approche du récit en y glissant un chat et un sentier dans la montagne. C’est le modèle, à défaut d’y être la souche. Elle regarde par la fenêtre la fille qui passe et qu’elle connaît. Il est beaucoup trop tôt mais on fera bien ce qu’on veut pour y défaire l’ordre des choses et remettre en humeur les horloges amoureuses. Qu’est-ce qui l’a projetée dans l’histoire, et pour quelle raison ? On n’inventera rien de moins.
Le libraire n’a pas mis son livre où il aurait dû être.
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En vrai, le ciel est divisé. Entre le laiteux et le bleu. Ça ressemble au reste du monde.
Photo : SAYNÈTE D’AUTOMNE – Novembre 2024 * Montréal
C’est l’absence, je suppose. L’absence de quelque chose. Et pourtant, tout est là. Toujours là qu’on se dit. Les barbes de bouc de l’été ont séché à la cime, leur blanc devenu brun sans qu’on n’y fasse rien. Et cette conversation des bêtes avec le vent qui refroidit. Et chaque jour, le même plan et le même bilan. Comme si on injectait l’ébauche d’une même substance pour le comment se jeter sur le temps. La même fiole de départ. Mais le bougainvillier qui refait quelques fleurs. L’été m’a ouvert l’appétit pour ses fleurs de papier rose.
Photo : MAIS LES YEUX OUVERTS D’UNE ÂME – Novembre 2024 * Montréal
Transfigurée. Pareille encore, par ta peine et la mienne. La pluie ne dirait rien, qui s’étale sans voix que la sienne, lisse et coulante dans le matin humide. Et ses flaques comme des flaques d’âme. Le reflet de la lampe. Je l’éteins, je me cache. Et nos crans de sorcières. Et nos coeurs qui plongent comme la feuille vers l’asphalte mouillé. Ne résiste pas, me dit-elle. Tu le fais trop déjà. Mon coeur s’irrigue à la bonté et l’infinie beauté des jours. Leur promesse qui tient. Si tu étais là-haut, orangée contre le ciel de lait, dirais-tu de la feuille qu’elle est folle ? Je n’aurai vu que trop peu du monde, ses mouvements du matin, même gris.
Photo : LE LONG DE LA FERRÉE – Avant-hier * Montréal
Je dirai tout d’abord. Mais je le fais déjà, tu vois. Sauf que j’esquive. Je cache un fond entre les cales, entre les lignes de mer. Je me défile entre les fils.
Et je continue à trembler. Sur le bout de ma branche. Du tout bas de mon âme, je tends vers les morceaux de vent, ceux qui se sont épris, ceux que j’ai retenus, que j’ai voulu garder.
Au fond encore, je me tairai. À l’errant des trottoirs et le long des murs de saison. Parce que je ne sais dire les choses qu’en me cachant de moi.
Je n’ai pas d’ambition, dit-elle, sinon que la tranquillité. D’entre les heures grises, j’avance comme une feuille, sans m’accrocher plus fort que celle que je suis. Mais je m’accroche encore puisque j’y vois d’en haut le bitume cinglé. Je voulais dire cinglant. Mais on laisse faire les mots parfois pour qu’ils tombent en rafales et nous ouvrent le ciel.
Je baisse les épaules. Une gorgée de café. Et la journée a déjà fait des milliers de miracles, longs comme des secondes. D’entre les heures grises.
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Ma mère est morte le 9 avril 2019. Six jours plus tard, le 15 avril, au crématoire du Cimetière de l’Est, ici à Montréal, à l’heure même où je regardais la fumée s’élever dans le ciel, le feu naissait à Paris dans les combles de Notre-Dame. Une fois de plus dans ma vie, ma mère s’entourait de mystère. Elle est restée secrète sur les grands mouvements de son coeur. J’aurais aimé qu’elle me raconte. J’aurais sculpté à ses histoires un autre recoin de mes jours.
Photo : DEPUIS MES LONGS TROTTOIRS – Montréal * Novembre 2024
Le ciel est d’un beau blanc laiteux. Le grand érable est presque nu. Quelques feuilles s’accrochent encore, certaines y passeront l’hiver. On peut se demander pourquoi elles résistent à ce froid qui fait tomber les autres. La rue est noircie par la pluie. Et quelque part autour, il y a l’homme et ses machines. Et ton désir d’y tendre l’âme. Librement, sans trop tendre l’échine.