L’indocile

bien sûr la nuit
la liberté comme l’oiseau la branche
le feu de l’arbre et le sublime
à dire ma gratitude
pour celle qui m’en parle
la folle envie du
reste, passagère

et le soleil qui sort
comme tout le blanc d’envers
qui poème ma ville

et ma robe vieillie
où souffle la caresse
qui glisse jusqu’à ma peau
et mon ventre, comme le vent qui vit
et meurt d’abandon

j’aime ces chemins longs de lointain
les détours en bateau
le tout de tout ça où je reste
accroupie et debout
à jouer de ces heures
qui coulent entre mes feuilles
comme l’encre qu’on désarme
à force d’aimer
l’indocile

 


Photo – NOS ÂMES VAGUES * 28 mai 2020, Montréal

Habits de saison

Mes pieds, dans la terre chaude du jardin.
D’un coup, l’été. Un coup de masse sur des matins frileux.

Et tout ce tiède autour, de sang sur et gelé.
Des gerbes mises à terre par des vents débridés.
Le cuir s’épile, dit-on, parce qu’épilé c’est mieux.

Là devant moi, le ciel bleu disparaît
derrière un mur d’émeraude.
Si beau toujours ce cillement de l’instant.
Ce clair de l’aube et de l’ombre.

Photo – ÉTATS HUMAINS * 26 mai 2020, Montréal

Passer à l’ombre belle

et l’eau fraîche versée
où les oiseaux viendront
près de l’érable vif

le silence est nappé
sur la pierre brûlante
et pourtant on dirait que je t’aime

dans la liesse alchimique
de ne rien y savoir
de n’y vouloir surtout
que le coup de mon sang
les broussailles de mon coeur
dans son épaillement
passer à l’ombre belle
au sauvage des jours
avec rien à mourir
que la peur du dernier

où le corps en démêle
de toute l’éternité

Photo – TOUJOURS SUR LE CHEMIN DES FEUILLES * Hier, le long de la voie ferrée – Montréal

Les promesses de l’incertain

un vent chaud dans la cour
j’ai imité l’oiseau, sifflé comme lui
et j’ai pensé à mon père, son amour de la vie

dans mes plus beaux souvenirs d’enfance
il y a mon chemin seule
pour me rendre à l’école

si jamais un jour je meurs
j’emporterai avec moi
toutes les promesses de l’incertain
et tous les soleils de l’errance

 


Photo – LE MERLE PERCHÉ * Hier, au-dessus de la cour – Montréal

Deux mondes

elle se pose
parce qu’on se pose
c’est l’âme comme l’oiseau
qui y regarde autour
les feuilles
dans le vent qui se donne

et là, dans l’air rendu suave
l’écureuil
sur un fil électrique
et le voisin penché
qui attrape son journal

le ciel est magnifique
et le vert si tendre
qui ne durera pas
puisque déjà encore
la saison qui avance
et l’oiseau comme l’âme

Photo – AVANT DE TRAVERSER * Dans le Mile End * 19 mai 2020 – Montréal

Le bruit des bateaux

« À vouloir allonger la vie, on en perd le sens. »
Mots d’une amie tendre

Tant de bateaux criards
qu’on en perd le vent
et tant d’écueils semés
inconsidérément

J’ai mal à mon monde
et à la peau des autres
à ces regards tranquilles
quand ils croisaient le mien

 



« Le bruit des bateaux à moteur stresse tellement certains poissons
qu’ils réagissent moins souvent et moins rapidement
aux attaques de leur prédateur, ce qui double leur taux
de mortalité par prédation, indique une étude publiée vendredi. »

Agence France-Presse * Février 2016



Photo – D’ERRANCE * Le long de la voie ferrée – 19 Mai 2020 – Montréal


Mais tout le monde

Comme un coup d’eau sous un ciel brûlant.

si un fragment de l’aube s’est déposé quand même
sur elle quoi d’envers la chair et le vivant
serre-la qu’elle sente la vie comme le vent
quand les bourgeons frissonnent

coeurs et corps à se fendre
si fort à se défendre
tout le monde n’est-ce pas
ne peut pas avoir tort

et puis pour la douceur
c’est comme tu l’as dit

Photo – LE SENS DU VENT * 11 Mai 2020 – Montréal

Parfum de noix

qu’on vague tant et autant
dans une histoire de têtes
une histoire de noix
à mirer le même corps
du même nu d’âme

et ces yeux, et ce nez
pas ceux du p’tit visage mais
de cette autre tête
plantée là sur son front…
tu l’avais vue, la tête?

d’autant qu’on naît ce que l’on est
et qu’on se retrouve là un soir
à devenir ce que l’on fait

ça sent le fruit des jours de l’arbre
grège de mon enfance
et l’arôme de tous ces autres
où j’ai joué ma noix
ma p’tite tête de noix
à fouler le chemin
qui collait à mes pieds

Inspiré du portrait ci-haut, un dessin de J’y B.

Gorgées

tous les matins une gorgée d’eau
avec les yeux
vers le soleil ou l’ombre

et là deux hommes
sur le trottoir d’en face
ils refont un terrain, arrachent la clôture
l’un attrape sa gourde
une gorgée
de café sans doute

plus près de moi dans la platebande
le petit pommier pousse
les plus fragiles l’auront échappé belle
le gel de mai n’a rien tué

et puis les jours
comme d’habitude
la suite sera la suite

le coeur se cherche dans cette histoire
de temps arraché au temps


Photo – D’EN HAUT DU VIADUC * Mai 2020 – Montréal

Joli bordel

Je rigole, je rigole, mais j’ai le coeur qui saigne. Jules

Et l’abstraction, qui tant me va.
Je dirais même qu’elle me sied.
M’apporte douceur. Me rend plus tendre.

ainsi je danse
entre le corps et l’essence

En attendant, le ciel est magnifique. Filé de nuages blancs.
Les trottoirs m’attendent. Et les oiseaux et les feuilles.
Qui savent encore voler et pousser par eux-mêmes.

 


Photo – BEAUTÉ D’ACIER * Le 2 mai 2020 – Montréal

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