Courants

Il est de ces délires qui naissent des mans de songe,
des cécités qu’on déguise en combats.

Ne te demande pas si ma peine est trop longue.
Elle vague, ma peine.
Elle bouge comme les pierres dans l’eau, portée par des courants humains.

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Photo : DANS LES BRAS DU MONDE * Juillet 2021 – Montréal

De langue d’aube

Tes yeux qui vont du rideau blanc, qui pend là depuis tant d’années, à cette toile étrange achetée un jour de pluie battante et appuyée au mur dans la petite bibliothèque. Les plantes, les livres et le chat de papier mâché. Et le petit bouddha offert par l’ami tendre.

C’est vrai que tout se voit, comme là, le matin, les oiseaux. Le temps ne sait pas faire semblant. Ni ce vent d’âme, toujours en fugue. À force de valser d’errance, de langue d’aube et de rivière, de n’y sentir jamais vraiment que la seule eau du coeur.

Photo : EN ALLANT VERS LE SOIR * Juillet 2021 – Laurentides

Qui de l’ombre ou du miracle

la saison reste troublante
mais il y a encore sur juillet de quoi bercer la fuite

je ne sais qui de l’ombre ou du miracle
se suspend à nos âmes comme à des radeaux d’or

Et là mon voisin qui se penche sur le p’tit jardin de sa mère, partie depuis longtemps. Le temps de deux étés, je me suis bercée avec elle dans sa balançoire qui grinçait. C’était tendre et facile. Et je ne parle pas l’italien.

Un jour, un autre voisin m’a dit d’elle qu’elle était folle.

Folie.

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Photo : À BRAS L’ESPOIR – Juillet 2021 * Montréal

Aboiements

Un coup d’eau indécent, si la chose se peut.
Toujours est-il que j’ai oublié quelques pages au milieu du jardin.
Pas regardé le ciel. Pas vu venir l’orage.

Quelques lignes perdues. Des aboiements de plume.
J’y sublimais le gros des revers mondains.

Par chance le jour s’écrit même au mouillant du monde.
Et au plus fort des gouttes, j’ai marché vers chez toi.
Et j’ai laissé exprès mon parapluie chez moi.

Photo : LA FEMME CHAT * Juillet 2021 – Montréal

Le bracelet bleu

Le quartier latin en juillet.
J’y aurais marché avec toi,
et ça malgré la pluie.
Il y a de ces lieux sous le ciel
où les souvenirs ne bougent pas.

En attendant, même s’il est lourd,
il m’arrive encore de porter
le bracelet bleu qu’elle m’a donné.

Et tandis que tu cherches une assise solide
d’où prendre les vents de l’époque,
je me suis rappelé où j’étais
le matin du dernier solstice.

C’est remonté comme ça.
Au milieu de la nuit.

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Photo : UN VENT CHAUD * Juillet 2021 – Montréal

Nos beaux remparts

le piano
en pointe du pied au matin

et de rouler encore
quand même échevelées par la route

comme l’ortie, qu’on s’est dit
l’amour jusqu’aux os

et d’oser ∼ juste assez
en repensant à lui

et ce tour qu’on fait tranquilles
de la cour et des roses

Photo : EN CONFIDENCE * Juillet 2021 – Montréal

..et vers toi, vers tes cafés, ma tendre amie..

Le jour et la rose

c’est un lieu – tu me dis
mais il y en a tant, tu vois
et mon errance qui me colle à la peau

passé le rêve d’une clé perdue
et d’un amour moribond
tout est encore là au matin

la rose tranquille
et le profil dans l’ombre
du jour resté près de la nuit

Photo : LA BEAUTÉ D’UN PASSAGE * Hier – Montréal

Les mots comme la pluie

Ce plongeon dans les mots
pour leur caresse vive.

La vie, les amours, l’écriture.

Il est devenu si difficile de dire les choses telles qu’on les sent. Sans se censurer quelque part. On ne peut plus contester grand-chose. On nous impose une manière de voir, et c’est censé aller. Par chance, il y a la vie. Et encore de la dire, tenacement. D’y trouver le plaisir des mots. Et de les faire tourner jusqu’à s’en étourdir.

Et ce bonheur que j’ai quand ils font à leur tête. Tant ils savent être beaux d’eux-mêmes, les mots.

Comme une pluie de juillet quand on n’a pas son parapluie.

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Photo : LA JOUISSANCE * Juillet 2021 – Montréal

L’errante

de ce désir
d’être tout à la fois
d’irriguer les fleuves lointains
et les rivières d’ici
parle-moi, Marguerite
qu’un peu mieux je me vive
dis-moi, comment
t’as laissé faire le temps?
et elle de répondre :
au fil des élégances et des enfargements
avec mon sourire narquois, et ma tête posée
tout près des branches mortes
c’est l’histoire qui se fait, comment lui en vouloir
d’autant que dans l’errance, j’ai pu bercer son âme
mais la sincérité
les corps
comment sait-on qu’on aime?
quelle importance, me dit-elle
tout va tellement vite
dans le sang et dans la beauté

Photo : MONDES * Juin 2021 – Montréal

La caresse du temps

par chance les mots
qui étaient beaux d’eux-mêmes
il y a longtemps déjà

quand bien même muettes
la lumière et la brise dans le ciel qui se penche

je ne suis pas rosier – mais j’aime

et la fusion (peut-être)
qui s’écrit en vacarme avant d’être aspirée

tout se sent

après vient la délicatesse
les grands bras de l’amour

son empreinte

ne reste plus qu’à convier la caresse –
celle du temps qui sait

et nos âmes
cambrées jusqu’au coulant du fleuve

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Photo : SOUFFLE TENDRE * Juillet 2021 – Laurentides

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