La sobre abondance

longtemps
à marcher dans nos pas
et le jour
solide
dans la caresse du silence
et fort
d’être si plein de tant
de nuits
sans réel vacarme
nous sommes riches
simplement
d’autant de quiétude

carolinedufourcadmrcous

DIMANCHE D’ENCRE – Mars 2016, Montréal

Le beau lointain

j’ai les yeux sur le ciel
le vent qui s’y attache
et le soleil aussi

je m’habille à l’instant
besoin de vêtements chauds
et d’une laine de courage
parce que c’est froid dehors
malgré le presque avril

une laine légère
pour un rien de courage
puisqu’il s’agit
de rien
que ma peau et mon âme
devant ce qui s’achève
et ce qui recommence

je pars sur la montagne
avec quelques questions peut-être
pour elle et pour les arbres
sur les cœurs gangrenés
et sur la vie qui passe
sans qu’on la voie toujours

en attendant
il reste beau le ciel
et dans tous ses états

+

Photo : CIEL, LA BALLERINE !
Hier, dans la vitrine de la galerie BBAM!
(Sur le chevalet, une oeuvre de Carylann Loeppki)

Plus vive de vous

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Tresser avec vous ce lien et cette délicatesse
vous mes amis d’hier et d’aujourd’hui
cette amitié dans la continuité
un mot un regard un silence un sourire une lettre
« L’âme à la tendresse », Pauline Julien

J’ai une amie, une belle amie. Et hier, tandis que je trimballais ma peine, que même le soleil et les arbres n’arrivaient pas à m’en distraire, voici ce qu’elle m’a dit : « Ne prends pas la douleur des autres, n’ajoute pas la tienne à la leur… donne-leur de la joie, de la force… Si on se laisse aller à trop réfléchir sur la douleur qui nous rentre dedans, on ne va plus vivre et on donnera raison aux barbares… »

Quand j’ai su pour Bruxelles, j’étais en train d’écrire, je nous parlais de nous. Nous tous autant que nous sommes, du moins je veux le croire… Nos coeurs comme des fleuves rêvant d’une même eau… Et là, la haine, vlan ! La haine qui revenait me toucher de plus près, comme en novembre. Et ma tristesse et ma colère devant autant de douleur, autant de peine encore.

Mais tu as raison, mon amie. Si j’ai pleuré un peu, je te promets, je serai vive demain.

Parfum de saison

J’ai appris à aimer l’hiver. Appris, oui.
Car c’est froid l’hiver. C’est dur l’hiver. C’est exigeant l’hiver.
L’hiver te demande de t’abandonner. Ou tu le fais, ou tu perds.
Pour le printemps, j’ai rien eu à apprendre.
Quand il revient, c’est l’odeur de la liberté qui monte.
Et c’est gagné d’avance.

I learned to love winter. Yes, learned.
Cause winter is cold. Winter is hard. Winter is demanding.
Winter asks that you surrender. Either you do it or you loose.
As for spring, there was nothing to learn.
When it comes back, it’s freedom I smell.
And I win, no matter what.

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PLUS PRÈS DE LA PEAU / CLOSER TO SKIN – Mars 2016, Montréal

Simone, Maslow et les moineaux

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je serai folle, mon amour
comme la feuille qui tombe sans savoir où elle va
comme le ciel qui s’ouvre sans demander la permission
comme le jour qui se lève sans penser à demain
comme la nuit qui s’étend sans demander pardon
je serai folle, c’est tout

L’air était doux. J’étais assise sur le banc, adossée avec Simone au mur de l’ancienne bibliothèque. J’ai toujours aimé ça flâner au soleil avec Simone.

On regardait les moineaux qui se vivaient tranquilles dans un gros arbre, quand on s’est mises à parler de haine, et de besoins aussi. On aime ça philosopher, Simone et moi. On aime ça digresser aussi. Tout ça pour dire que ce midi-là, j’ai demandé à Simone si elle avait des ennemis.

« Des ennemis, moi? Vraiment pas. J’ai pas de temps à perdre là-dessus. Si tu veux savoir, ça fait longtemps que j’ai mis ça dans mon tiroir d’insignifiances. Juste à côté des besoins à la sauce Maslow, le gars à la pyramide, tu vois de qui je parle? Ça tient pas debout son histoire, fie-toi sur moi. C’est juste bon à faire consommer le monde, ça swingue en plein dans le sens de la culture dominante. Celle des grosses business, si tu vois ce que je veux dire. Bref, je suis encore plutôt jeune tu me diras, mais j’ai décidé de vivre comme s’il me restait deux ans devant moi. Ni plus ni moins deux ans. Je m’applique à ça, pis je laisse la vie s’occuper du reste. En passant, si tu y penses, tu serais fine de regarder sur internet pour moi… j’aimerais ça savoir combien de temps ça vit, un moineau. Tu me le diras la prochaine fois. »

C’est là qu’elle s’est levée, m’a servi un sourire grand comme le monde, a repris son carrosse rempli de bontés, pis s’est changée en citrouille. Ou en grenouille, je sais plus. Elle est comme ça. Simone.

*Photo : LE POÈTE À VÉLO – Montréal (Mars 2016)

Le rapprochement

je sais toujours que t’es pas loin
quand j’me réjouis du brun des rues
du blanc gris sale des parterres
des odeurs âcres de l’enfoui
et la lumière le matin
et mon coeur qui se serre
las de calmer son désir
c’est aussi ça mon coeur
tout entortillé dans ma peau
ni l’un ni l’autre qui n’oublie
le souffle tiède qui me rend ivre
et tout le tendre qui se gorge
en d’sous des dernières froideurs
en attendant de fendre enfin
éperdument la terre

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L’ALLÈGEMENT – Mars. Centre-ville

Petite gêne

assise ici à écrire
j’ai les orteils gelés
le bout des doigts aussi
de si petits, mais si petits tourments
c’en est parfois gênant

sitting here writing
my toes are getting cold
and my fingertips too
such huge torments
can get embarrassing

*Photo prise au pied de la montagne, il y a deux jours

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