Le temps d’une bourrasque

Elle était belle dans le blizzard.
Et quand la rafale a soufflé,
j’ai voulu attraper le vent
qui jouait dans ses cheveux.
Mais il était déjà trop tard.

carolinedufourtignassefeuc3Rue Cherrier, Montréal, 27 janvier 2014

Une vie plein la tête

Son cerveau génère des images
mais ses yeux ne voient plus, madame.

Après 91 ans, d’un coup,
à cause d’un peu de sang
là où le cerveau sait y voir,
ma tante ne reverra sans doute plus le monde.
La même chose, de l’autre côté,
s’était produite il y a cinq ans.
Ça y est donc des deux côtés.

C’est arrivé il y a dix jours.
Elle a le coeur gros.
Mais elle a continué de rire.
Et de me faire rire.

Elle est où ma main, ma tante,
la voyez-vous?

Deux ou trois secondes s’écoulent
où ses beaux yeux bleus cherchent en vain.
Puis elle saisit l’occasion.
Accrochée après ton bras…

Et moi qui éclate de rire.
Et elle qui sourit de triomphe.
carolinedufourcor2 1000PLUS HAUT PERCHÉE – Sur le toit de la Maison Smith (Mont Royal, Montréal, novembre 2013)

Une montagne, des citrons et du chocolat

Une montagne.
Pour y être et marcher.
Seule ou pas.

Et sur une île déserte,
je voudrais du millet, des oignons, du miso et des citrons.
Je sais, je sais, c’est grano, mais c’est ça.
Et des pommes aussi.
Des spartan ou des cortland.
Pour le reste, j’ai en masse de stock dans ma tête.
Euh, à bien y penser, peut-être aussi quelqu’un à aimer de temps à autre.
Et un morceau de chocolat noir.

carolinedufourmontvertc3CHEMIN DE GLACE – Mont Royal, janvier 2014

Avec le temps

Je fantasme sur une vie plus tribale
où tout se ferait sans qu’on y pense autant.
Moins de cérébral. Pour plus de coeur.
Plus de gestes. Vers la terre et vers l’autre.
Et à chacun son temps.
De naître.
De prendre soin.
D’être soigné.
Et de mourir.
Ce serait simple. Et plus aisément heureux, il me semble.
Un monde où le temps serait de l’amour.
Plutôt qu’on sait quoi.

Tout plein d’enfants qui jouent
près de vieillards qui chantent.

J’appartiens à l’espèce prétentieuse.
Trop certaine de faire mieux que les chiens et les singes.
Et souvent oubliante qu’avec le temps, de toute manière, tout s’en va.

carolinedufourbelvedereLE PASSAGE – Mont Royal (Janvier 2014, Montréal)

Lecture et bottes de pluie

Il était beau à voir.
La tête appuyée contre la cloison de métal,
complètement absorbé par son roman.
La tuque enfoncée bien bas
et le menton enfoui dans un énorme foulard rouge.

Et elle, tout aussi belle.
Ses longs cheveux roux détachés.
Sur un audacieux mélange de couleurs.
Et sa désinvolture tranquille qui venait couronner le tout.

La liberté sait y faire, je trouve.
Et je n’ai pas pu résister.

carolinedufourjambesmetro2scadQUELQUE PART SUR LA LIGNE ORANGE – Montréal, janvier 2014

Dépouillement de saison

Je suis éblouie chaque fois
par la force-nature qui bat
au coeur de ma ville.
Ce doit être un secret pour plusieurs,
car par rapport à la masse urbaine
toujours si peu de gens y sont, il me semble.
C’est tant mieux pour moi.
Mais pour la conscience à long terme,
c’est peut-être pas très payant.

carolinedufourdeuxmarcheursLI3-3LE BEAU SECRET – Montréal, janvier 2014

Un lundi sur la terre

La neige a tellement fondu ces derniers jours.
Il ne reste d’elle que des amoncellements souillés
et de longs trottoirs glissants.

Je me répète sans doute, mais j’aime les traces que laisse le temps qui passe.
Peut-être de la même manière que j’ai un penchant pour les vieux,
pour cette histoire qu’ils portent en eux.

Ce mur, rendu plus beau encore par cette jeune femme venue attendre l’autobus.
Le vivant, qui insuffle l’âme. La raison d’être de ces ouvrages.
Ici, sur cette planète belle et solide qu’on bardasse trop.
Et plus près, dans cette ville où continue de régner la paix.
J’y pense de plus en plus souvent. C’est comme ça.

carolinedufourviaddelstj5Croisée de viaducs, Rosemont (Montréal, janvier 2014)

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