Tendre vers l’autre

et ces âmes qui s’égarent
dans l’immensité de leur chair
sur la planète comme dans un corps
des cellules viles qui en détruisent d’autres
on sait bien peu aimer encore
on ne maîtrise pas le tendre
et ici, sous la pluie
l’écureuil court sur un fil électrique
et aussi gris que soit le ciel
l’apitoiement reste un manque
absolu d’intelligence
j’entends le bruit des voitures
on part travailler comme d’habitude
dans cette ville tranquille

carolinedufourfichchdes

LE SOURIRE – JuIn 2016, Montréal

Amour organique

Les mots me fuient depuis trois jours. Drôle, c’est depuis que t’es parti. D’habitude, j’me vis bien sans toi, mais là, un peu moins on dirait. Bref, tout à l’heure, je cherchais sans trouver, en regardant dehors. De l’autre côté de l’allée, un homme étendait sur la corde, soutien-gorge et pantalon, sans se presser. J’y ai vu la douceur du monde. Et la lenteur aussi.

Tout ça pour te dire que j’ai mis de côté mes pages et entrepris de réchapper la vieille table qu’on a ramassée dans la ruelle l’an dernier. Je la trouve trop belle pour la jeter, malgré les pluies qu’on a laissé faire. J’ai sablé pour enlever les petites poches qui s’étaient formées, et là je lui mets des couleurs avec un vieux pinceau. J’essaie d’imiter quelque dieu, ou les gestes de Nathalie, pour donner l’impression de lichens d’arbre ou de pierre. Avec un peu d’imagination, j’y vois déjà des semblances d’usnée. Et de parmélie par endroits.

J’espère que tu vas l’aimer.

Photo : BOUT DE TABLE – Juin 2016, Montréal

Chaque morceau

j’ai pris le temps
de toi
comme d’un vent de mer
une caresse vague
qui déferle en silence

il y a l’errance et le mystère
et pour chaque morceau du jour
je veux
n’avoir besoin de rien
que de confiance et d’amour

carolinedufourfuanhp2e

CHALEUR ROSE – Juin 2016, Montréal

Douces fugues

Un pique-nique. Une petite foule rassemblée sous un gros arbre. En lisière du parc, un terrain désaffecté où une fillette déambule, juste assez loin des autres, le nez dans son livre.

C’était hier. En la voyant là, qui faisait les cent pas dans son monde à elle, je me suis souvenue de moi à son âge, qui lisais partout, envers et contre tout. Au point qu’un jour, à l’insu de mon père qui grognait de voir de la lumière sous ma porte aussi tard le soir, ma mère m’a offert une lampe minuscule, faite exprès, que je pouvais pincer à mon livre et qui me permettait de lire sans qu’il le sache, cachée sous les couvertures. Du bonheur pur.

Cliquez pour vous approcher d’elle…

Merci m’man.

La route

on se perd
à chercher la mesure de l’amour
qui ne peut en avoir

we get lost
in searching the measure of love
which cannot have any

Photo : TRANQUILLE – Printemps 2016, Montréal

Près du rêve

souffle-nous
comme ce matin la brise

je me rêve et nous rêve
en coulance vers la mer
dans le salin des âmes
où le cœur cicatrise

mène-nous
que le cri se désarme
avant que le corps chute
de trop d’isolement

et porte-nous
toujours plus tendrement
comme ce matin le vent

carolinedufourauttab3sd

ENSEMBLE – Hier, au centre-ville de Montréal (à 2 312 km d’Orlando)

Le temps d’un retard

et si c’était la ville
qui m’arrive en plein cœur
comme un souffle manquant
et toi qui prends ton temps
et moi qui aime attendre

le café
les gens
les sourires qui s’emboîtent
et les mots qui s’enfilent

et j’entends qu’on se dit
les perles d’un chagrin
quelqu’un qui se souvient
de sa peau de ses bras

et puis le bruit du vent
et du ventilateur
c’est un petit café
trop petit mais ça va
on y sera bien quand même

Ah, te voilà… Mais non voyons, pas du tout. J’étais bien à t’attendre.

carolinedufourfiasrdna2r

L’ENTREDEUX – Juin 2016, Montréal

No more posts.