Dans la neige

aimons-nous dans la neige
et oublions ensemble
ce qu’il faut oublier

les petits marécages
où cuvent nos tristesses
ne se sauveront pas

viens, viens avec moi
tandis que tout est là
qu’on s’aime dans la neige


Photo : MA VILLE BLANCHE – Dimanche soir, dans mon quartier

Les feuilles roses

hier soir, presque tout avait fondu
deux jours ont suffi
de chaleur et de pluie

et mon coeur qui pousse le vent
et s’amuse de mes illusions

sur janvier d’entre tous les mois
comme un rivage où je m’échoue
avec les mêmes rêves d’exil

la neige m’emporte et je la suis
à la fois soumise et rebelle

je penserai à celui-là
comme à l’hiver aux feuilles roses
restées accrochées à leur bois

est-ce qu’on ressemble tant aux choses

l’automne n’a pas joué la note
celle qui les aurait fait tomber

encore le temps qui gagne
sans mérite ni blâme
et nos coeurs qui résonnent
autant qu’ils déraisonnent

et ce matin la neige
sublime
retombe sur ma ville
et moi qui l’aime
autant que je la fuis


Photo : LA FONTE – Hier, dans ma ville

Un certain silence

devant le froid de certains vents
le silence me porte refuge

souffle ce que tu es
on dansera comme on danse
et je dirai seulement
que dans mon ciel d’errance
quand l’aquilon arrive
j’embrasse le silence


Photo : L’ADOUCISSEMENT – Hier soir, dans mon quartier

Mouvement matinal

Mes jours sont pleins. Si pleins de mots.

J’écoutais Mahler en prenant mon café. Piano solo. J’y entendais un poème, une virée, un désir de sentir et de faire ressentir.

La neige souffle en tempête ce matin. C’était cruellement froid hier. Ce le sera encore aujourd’hui. Le visage contre le vent, il fallait plus que braver. Il fallait savoir qu’il y aurait une fin.

Je suis gras dur dans la chaleur de cette maison. D’autres se sont donnés, corps et âme, pour que ce pays de neiges et de vents devienne ce qu’il est : un endroit où les saisons sont ressenties, au pire comme un combat passager, et au mieux, comme un voyage, une fenêtre sur le monde. Un angle de plus d’où rêver l’existence.

Photo : LA TRAVERSÉE – Hier, près de chez moi, dans un ressenti qui frôlait le -40

Amour atomique

j’aime que tu sois
opaque
et ta lumière dense
tes atomes assez près
que je puisse te savoir
te voir
te toucher

j’aime l’illusoire et fabuleuse
densité du monde

je sais, oui, c’est malgré tout

alors j’aime, et malgré tout
avoir des atomes à aimer

les tiens
et d’autres
bref, y a en masse à aimer dans cette existence
c’est bon, j’arrête
grrr  brrr  grrr… et le big et le bang
pas mal quand même, non?
ç’aura pas été pour rien, avoue
c’est bon, c’est bon, j’arrête!


Photo : FUSAIN D’HIVER – Avant-hier, même saison, même ville

Le blanc velours

par ma fenêtre, là ce matin
des flocons si légers qu’ils tombent au ralenti

et cette sensation que le monde s’arrête
derrière la maison devant
comme un tableau
un vase clos

et les voilà qui dansent
dans ce souffle invisible qui les meut
et les rend malgré eux
imprévisibles
et nos vies et nos morts
dans ce passage où l’on est
sans le voir ou si peu

elle est si belle la neige
là dans l’arbre devant
qui enveloppe ses branches
comme un gant de velours blanc

et je sais à peine
prendre le monde aussi fort qu’il est beau
et ses flocons qui tournoient
légers, si légers


Photo : BLANCHEUR ATOMIQUE – Hier, sur le Plateau

De ce qui nous réchauffe

J’ai marché dans le froid polaire, hier. Parce que tous les jours, je marche. Peu importe le temps qu’il fait. J’ai trois paires de bottes d’hiver, dont deux paires très chaudes, faites pour les moins trente. Et même si j’avais mis les plus chaudes des deux, je suis rentrée à la maison avec les orteils froids. Ç’avait été, disons, supportable. Quoique mon corps, lui, m’ait exprimé tout du long un désaccord assez clair. Mes épaules étaient tendues, quelque chose résistait. T’en as pas eu assez, hier? T’en veux vraiment encore?

J‘aime faire face aux éléments. Ça nourrit mon désir de vivre. Reste quand même qu’hier soir, je ne suis pas allée à cette fête où je pensais me rendre. Je suis restée au chaud chez moi. On a mangé des sushis, peut-être les meilleurs en ville. Avec un verre de vin.

Mais si je me suis assise devant mon écran, c’était surtout pour vous offrir mes souhaits.

Je vous souhaite tout le meilleur, bien sûr. Mais là, plus précisément, j’ai envie de vous souhaiter le bonheur de vivre. Et des amitiés. Comme les décrit mon ami Christophe dans ses voeux du Nouvel An… des amitiés vraies, celles qui ne demandent rien et qui réchauffent à leur seule pensée.


Photo : UN MORCEAU DE L’HISTOIRE – Il y a deux jours, au coeur de ma ville, dans ce même froid intense

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