Évidemment que je t’aime

L’essor est lent, la montée paresseuse. Les fleurs du magnolia restent campées dans leur enveloppe. Non, l’hiver n’a pas fini de passer. L’ombre froide finira bien par céder sa place à celle chaude de l’été, mais elle se fait lente la sortie des marais gelés, et grande la hâte de chanter la liberté retrouvée et de sentir l’air qui court entre les fenêtres ouvertes.

C’est que le cycle est si intense dans ce morceau du monde. Tellement qu’encore, malgré autant de saisons à y faire, quand j’avance contre le fouet d’un vent glacial, mon cerveau a du mal à me croire si je lui raconte qu’en ce même lieu dans peu de temps, l’air sera lourd et tropical. Puis quand juillet s’installe et que je m’abandonne dans mon hamac aux vents torrides de quelques nuits, l’idée du froid géant qui parfois nous traverse semble tout aussi irréelle.

La caresse du chaud se fait attendre. Comme celle d’un amant parti loin qui serait revenu dans la nuit sans faire de bruit. Et qu’on regarde se réveiller au matin, tandis qu’il bâille et s’étire pour un peu trop d’éternité avant même que d’ouvrir les yeux.

Dis-moi printemps, mon bel amour, m’aimes-tu encore?

Mais évidemment que je t’aime.

Photo : SOUVENANCE D’UN JOUR D’AUTOMNE – Sur le mont Royal * Octobre 2015

Pendants de vie

tourner dans les heures
le fer de la beauté
sinon quoi faire de ces amours
où l’on se jette éperdument

QUATRE INSTANTS DANS L’ORDRE – Hier, Montréal

Le passage (des fleurs pour Germaine)

les états du soir, les lumières
les gens qui marchent doucement, le vent tiède
c’est tout ça qui s’en vient
j’aime l’été, la lenteur, la langueur
l’immobilité des choses
le temps vidé de l’urgence de bouger ou rentrer

il fait soleil ce matin
et tout à l’heure je me rendrai
à la célébration pour ma tante Germaine
l’une des dix sœurs de ma mère
une autre des femmes d’où je viens
une famille québécoise pleine d’amour et de bonne volonté
c’est de là que je viens

je viens de l’amour et la bonne volonté

bon passage ma tante
et un vent de sympathie et de tendresse
vers ceux et celles qui vous ont tant aimée
vos enfants surtout
Diane, Monique, Guy, Nicole, François
et vos soeurs encore là
Yolande, Hélène et Louise

Pour l’amour du ciel !

coulée intime au milieu
du monde
elle, bleue
d’encre et de soleil
le bruit des arbres
et des âmes
dans l’infini et l’ici
pour l’art
celui de vivre et de créer
l’exister par et pour
la vie et rien d’autre
apprendre le
se fondre sans y penser
pour rejoindre le souffle

juste une vie
une danse à s’accorder
le temps qu’elle dure

alors dansons pour ne pas
être tristes
dansons pour que
la joie existe
dansons
pour l’amour du ciel !
et surtout
pour la beauté du monde

carolinedufourdanenfho

L’HOMME, L’ENFANT ET LA DANSEUSE – Hier, dans le Mile End

Ouverture matinale

le ciel se jette sur nous
couverture bleutée picotée de bourgeons
mes yeux se posent

de l’autre côté de la rue
la lumière colore ses cheveux
tandis qu’elle descend les marches

le métal des voitures a l’air presque chaud
je respire
mes épaules baissent

elle remonte l’escalier en vitesse
un oubli sans doute
il l’attend dans la voiture
la portière ouverte

bonjour printemps

*Photo : LA FILLE SUR LE BANC – Hier, sur le mont Royal

Si belle, la neige

mamie, mamie, je n’ai pas de filet
s’il fallait que je tombe, mamie
s’il fallait que je tombe…

« tu n’en as pas besoin, jolie
la vie t’attrapera
et s’il venait qu’on te propose
le bonheur à jamais
ne le prends pas, ma rose
tu t’y endormirais »

quand elle est un peu triste, mamie
elle ne s’en fait pas
« car la neige est si belle, o gué
et puis le temps, tu sais
on sait jamais le temps
on sait jamais »

carolinedufourneifili

IL NEIGEAIT QUAND LA PETITE FILLE REVINT DE L’ÉCOLE – Avril 2016, Montréal

Les blancs silences

ah la neige qui fond
et le froid qui s’en va pour que les choses changent
par chance qu’on n’y peut rien

et en dessous
regarde
ce qu’on avait laissé
un peu exprès peut-être
parce que l’été souvent
rend les choses plus faciles

les belles soirées dehors
la douceur de l’air tiède

ce matin en marchant
je me disais le temps et ce qu’il fait de nous
et à force de lui
ce qu’on arrive à taire et à ne plus se faire

je pensais entre autres
aux silences alizés
qui ont soufflé sur nos soirs
au bout des jours trop froids
et à ces heures passées
à laisser chanter l’habitude

mais quand même
le grand blanc cette année
aura eu plus que son tour
et je me souviendrai de lui
comme d’un boqué à mort
barbouillé de sautes d’humeur

* Photo – LE TEMPS DE LA RAPAILLE
Avant-hier, dans une ruelle de Rosemont Petite-Patrie, Montréal

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