La douceur montante

Hier, sur toute la montée, j’ai dû croiser dix personnes.
Il mouillassait, ça fait fuir.
Mais la bruine crée aussi des images qu’on ne voit pas souvent.
Des contrastes forts. Une grisaille enveloppante.
Et la neige qui recouvre encore tout.

Beau, beau, c’était beau.
À peine arrivée au pied de la montagne,
j’ai tiré mon p’tit appareil de ma poche
pour découvrir que la pile était à plat
et que je n’avais pas apporté de rechange.
Constat heureux ou malheureux?
Disons que j’ai une forte tendance à regarder le monde
en fonction de l’image que je pourrais capturer.
Hier, j’ai dû le regarder autrement.
Et j’ai respiré plus profondément, il me semble.
L’air humide. Qui s’adoucit au fil des jours.
C’était bon. Heureux, oui.

LENTEUR DE MISE - Il y a quelques jours, sur le mont Royal, Montréal

LENTEUR DE MISE – Il y a quelques jours, sur le mont Royal, Montréal

Jouissance commune

Le fond de l’air se réchauffe.
Et la neige fond tranquillement.

On est tous dans ce bateau.
Des saisons, des humeurs.
Celles du temps et des âmes.
Dans ma ville, après l’hiver qu’on vient de vivre,
beaucoup d’entre nous auront en commun,
pour quelques jours ou quelques semaines,
de jouir consciemment du beau temps.
D’y penser le matin en ouvrant la porte.
Et d’en être heureux pendant au moins un instant.

ALLÈGEMENT TEXTILE - Hier, sur la rue Laurier

ALLÈGEMENT TEXTILE – Hier, sur la rue Laurier

Le sens de l’air

vrai je préfère le sens de l’air
le sens de l’espace et du vent
celui précieux des gens de chair
des âmes qui connaissent mon corps

à tous ceux dont je tiens le bras
si on m’attrape l’autre jambe
du côté où vous n’êtes pas
sans que je sache à qui la main
aurai-je raison d’avoir peur
d’échapper dans le fil des heures
le sens de l’amour et de l’air
de perdre dans le fil du temps
celui de l’espace et du vent

LUI QUI LA REGARDE Mars 2015, Montréal

LUI QUI LA REGARDE
Mars 2015, Montréal

Le bruit de l’averse

j’insiste, dit-elle
je vais faire attention au temps
même sous la pluie
même dans le froid
au mien du moins
et lui qui répond
t’as raison mon amour
je vais faire pareil
au cas où un jour
je n’en aurais plus

L'HOMME, LA FEMME ET LE PARAPLUIE Coin St-Denis et Maisonneuve, mars 2015

L’HOMME, LA FEMME ET LE PARAPLUIE
Coin St-Denis et Maisonneuve, mars 2015

La crème

Elle m’a téléphoné. La préposée a fait le numéro pour elle.
Tu viendras quand tu veux. Je serai toujours contente de te voir.

Dans l’après-midi, elle se souvenait plus de m’avoir parlé.
On a mangé au St-Hubert, à deux pas de la résidence.
Il fait noir, ça a pas de bon sens, qu’elle me dit.
C’est parce que vous voyez plus, matante.
Ah oui, c’est vrai,
qu’elle me répond.

Vous souvenez-vous… l’AVC… aveugle… l’hôpital… le déménagement…?
Non, pas pantoute. Mais faut dire que j’oublie ben des affaires.
En passant, tu serais fine de m’apporter des biscuits feuille d’érable
la prochaine fois que tu viens. Pas les gros, les petits.

Ok matante. J’vais faire ça.

Bye matante. J’suis contente de vous avoir vue.
Moi aussi. Pis pour les biscuits, finalement, tu prendras les gros.
Y ont pluss’ de crème.

UNE FEMME ET SON CHIEN Le mont Royal, à l'approche du printemps - Montréal

UNE FEMME ET SON CHIEN
Le mont Royal, à l’approche du printemps – Montréal

Plaidoyer de saison

Mars. Avril.
La neige sera sale.
Le bord des rues et des ruelles avec.
Et moi je marcherai heureuse dans le vent qui se réchauffe.
Et si je suis encore la même, il m’arrivera d’avoir un peu honte.
De tous les débris qui se cachaient sous l’hiver.
Honte à l’idée que ma ville soit vue ainsi
par des gens qui ne la connaissent pas.
J’aurai envie de la défendre.
De crier à quel point elle sera bientôt la plus belle.
Verte et tendre. Débordante de lumière et de vie.
Et si pleine de tous ces coeurs battants
qui sortent glorieux de l’hiver.

ET LA LUMIÈRE FUT - Mars 2015, Montréal

ET LA LUMIÈRE FUT – Mars 2015, Montréal

Non, je t’aime

comme l’eau et le vent
il abreuve et inonde
caresse et ravage
redessinant nos paysages intérieurs
et le monde change

Est-ce que tu m’aimes parce que
j’écoute les consignes?
Non, je t’aime.
Les consignes, c’est pour aider la danse,
pour pas qu’on s’marche sur les orteils.
L’amour, lui, suit son propre chemin.

LA QUESTION - Février 2015, Montréal

LA QUESTION – Février 2015, Montréal

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