Désir de fleuve

le sens donné à tant de choses
pour l’ordre et l’imparti

dans cette histoire où je m’évade
jouant du désir d’un fleuve
je n’en finis plus de trouver
ce que j’oublie
infiniment

la vague est longue
et j’y songe
comme à un souvenir courbé
un retour
semblable à celui des oiseaux

 


Photo – LA PART DU SOURIRE ET DES LARMES – Montréal * Février 2020

Là reviennent les brumes

c’est moi qui ne veux rien
vraiment que d’y être
ni éclat ni carcan

et là, les brumes
celles d’un fleuve
comme ces choses endormies
qui ornent nos batailles

un souffle de neige et de jour
sur un fil qui se tend
et souvent, flanquées là
les amours annoncées

le labour, le temps
et le sang
qui férocement s’en mêle

sous le ciel
au plus près du poème
la poussée qui dérive
de l’hiver boréal

Photo – LES POCHES (2) – Même matin, Terrasse Dufferin * Ville de Québec

Ombilicus expositum

dans ce rêve d’y voir le jour
j’erre
tête au milieu

c’est si souvent come on 
et le pas en aveugle
à m’en cacher l’aube
et le ciel

bienheureusement le chant est fort
et la lumière vive

 


Photo – LES POCHES – Avant-hier, début de jour, Terrasse Dufferin * Ville de Québec

Poudrure

le vent a chahuté la nuit
et poussera jusqu’à tard ce soir
son air sifflant et soufflant
de poudrure de croches et de blanches

alors ce sera l’autre noirceur
qui nous emportera
c’est dans sa ouatée de silence
qu’on se rendra là-bas

Photo – DANSER LA TEMPÊTE – Ce matin * Montréal 2020

Vulnérable

sur ma rue, d’immenses flocons
tombent sans y sonder le vent
et dans mon ventre, l’afflux persiste
devant ce qui se joue

on s’éloigne et revient
sans vraiment d’autre lieu
que les jours
et cette même impuissance
à stopper la rivière

mais d’y goûter le ciel et
la nuit qui s’éclipse
et le clair de la neige
dans l’asphalte brisé

de mourir et renaître
cassés et à refaire
d’entre nos draps froissés, de vivre
nos histoires commencées
qui finissent déjà

 


Photo – PRÉSENCE – 1er février 2020, en revenant vers Montréal

Le lac était tout blanc

Certains grandissent au pied d’une montagne. Pas moi. Moi j’ai grandi en ville, entre le fleuve et la voie ferrée. Un temps qui m’apparaît court et dont je garde peu de souvenirs. Comme du reste, d’ailleurs. Les souvenirs m’échappent vite. Et ma nature est telle que je ne les cherche pas.

Ce matin, le ciel de ma ville est gris.
Ou plutôt blanc. Mais moins que la neige.

Les choses prennent le temps qu’il faut.
Pendant ce temps, la lune s’assoit pour nous y voir.
La lune belle d’entre les nuits.

Et la flétrissure qui nous guette. Depuis rien qui ne soit très grave.
La vie, la mort, comme en rivière. Autant de gouttes vers la mer.

Elle est partie, le lac était tout blanc. C’est si paisible là-bas.

Photo – J. EST PARTIE – 1er février 2020, en revenant vers Montréal

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