Les mots de l’amie

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Portland, Maine (États-Unis) – Environ 1885

matin de vent et de tristesse, me dis-tu
où ton monde se disloque et ta révolte
gronde, mais matin clair aussi
où tremble sous tes yeux une feuille
tranquille, accrochée à sa branche
sous le ciel de juillet

d’ici je pense à toi et à l’infâme qui
nous met en déroute, même toi, la belle
désarmée qui jure de le rester

les rancoeurs sont pesantes comme des lames
d’acier et le berceau des arbres libre et
mouvant comme nos âmes


Photo : INCONNUE / LE REFUS DE LA GUERRE (Pour A, qui lui ressemble.)
Vient de la même collection de photos trouvées dans un grenier de la Caroline du Nord.
Celle-ci a été prise à Portland, Maine, aux États-Unis, dans les années 1880.
Le photographe était un dénommé Albert McKenney. 

Et dans tout ça, qui est le loup?

Trois jours sur le bord du lac. À regarder l’eau répondre au seul souffle du vent. Trois jours à regarder le ciel. Et la forêt aussi, l’horizon, l’immensité. Dans leur mouvance immobile.

Et la rive. Et puis à travers l’eau, les milliers de petites pierres. Quelques-unes qu’on sort du lit. Pour les y voir autrement. Sans contraste ni brillance.

Et le silence qui devient vertigineux. Tellement on le voudrait toujours.

Ce monde qui veut tant. Alors que c’est si bon de n’y rien vouloir. Rien que ce qui est là dans la grandeur des jours.


Photo : L’INFINI TRANQUILLE – Au bord du lac Kénogami * Juillet 2017

L’âme suit

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New York, environ 1888.

Où l’humain va, l’âme suit, dans la folie comme dans le reste. Elle n’a qu’un seul jardin pour y fleurir le monde et elle y fait à sa mesure. Et quiconque se fait juge se condamne lui-même.


Photo : INCONNUE / LA QUÊTE – Tirée de la même collection de photos trouvées dans le grenier d’une vieille maison de la Caroline du Nord. Celle-ci a été prise à New York, entre 1883 et 1892, par Charles S. Rawson, Artist. 

Un peu rose aussi

sous le ciel orangé et un peu rose aussi
tout va doucement

devant le feu du jour
un signe sur ton visage
et puis l’ombre
cette ombre qui se forme
la blessure, la trace partagée

naître
et en être
sans jamais trop savoir
ou pourquoi ou comment
y poser l’âme pourtant, et le coeur
et continuer d’y croire
toujours au moins assez

et là, sur ton visage
ton regard vers l’infini
… searching for home through the infinite…
comme le chant qui se mêle au vent
et qui tend, bienheureux, à s’éteindre

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AU SEIN DU MONDE – Hier, dans l’arrondissement Ville-Marie

Le long du rempart

il y a l’ocre du rivage
et sa couleur qui pénètre

dans le jour fragilisé
on marche un peu peut-être

tout est si plastique sous le regard vivant

et l’aube qui façonne
en s’inspirant du vent et du roulement des vagues
nos pensées d’argile

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Photo : JOUER DU REGARD – Juillet 2017

La distance

J’écris comme je marche.
Pour avancer. Aller vers quelque part.
Sans savoir où. Mais avancer.
Être sensible au monde. Sans m’y enfoncer.
Le voir sans m’y perdre.
Garder cette distance où j’existe mieux.
Sans perdre pour autant la sensation de vivre.

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PERSPECTIVE – Le long de la voie ferrée – Juillet 2017, Montréal

La marque de l’intime

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Vienne, 1905

Les oiseaux chantent. Je tends mieux l’oreille qu’avant.
Et à voir vieillir et mourir, j’aperçois mieux le léger voile.
La nostalgie qui effleure mon émerveillement.
Ma peine, oui. De perdre un jour la beauté du monde.
Dans tout ce qu’elle a de résistance et d’abandon.

Je suis pleine de joie et de peine à la fois.
Vivante. C’est ça, je suis vivante.


Photo : INCONNUE / L’ESPOIR DES JOURS DEVANT – Prise à Vienne, en 1905, à l’atelier Sigmund Bing.
Tirée de la même collection de photos provenant du grenier d’une vieille maison de la Caroline du Nord.

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