Le coeur dans la mire

Ce n’est pas pour rien que j’en appelle au lac.
Prise par le beau vertige, je l’ai un peu fait mien.
Comme le nous. Comme on aime un chien, un état de confiance.

Et il y a tous ces gens qu’on ne connaîtra jamais.
Cette jeune femme chaleureuse, croisée dans la ruelle, et qui me manque déjà.
Ainsi va la vie et les choses importantes.

*

Entre le crépuscule et le ciel ouvert, toute cette lumière.
D’entre les jours entiers jusqu’à l’envers du monde,
l’amour serti dans l’aube et les confins de l’heure.

On réagit à l’absence comme à l’enfance. Histoire d’aimer.
Et par toutes nos déroutes, le rêve qui se ramène. Boomerang.
Avec toujours le coeur dans la mire de l’âme.

Photo : ET POUVOIR REGARDER LE TEMPS –  * Août 2018, Montréal

Souviens-toi, tendresse

souviens-toi, tendresse
que ta ferveur n’est pas vaine

on s’est parlé des cigales
et de combien, chez toi
elles enterrent le chant des oiseaux

il y en a une, ce matin
qui pousse son long cri
juste au dessus de moi

elle
et le goût du café
et ce vent dans les feuilles
du grand érable à côté

la cour est encore verte
mais ma nostalgie y est déjà

il est comme le coeur, le temps
jamais fait prisonnier

et puis la lenteur qui m’appelle
l’eau, le lac
et la montagne aussi
on y retournera bientôt

en attendant, je suis là
sous la vigne et l’escalier
dans ce mois d’août qui s’achève
et toute la beauté du monde

Photo : LÀ, TOUT DE SUITE, EN LEVANT LES YEUX AUX CIEL – Montréal 2018

Le jour en lucarne

le jour en lucarne
et l’arbre
en miroir tranquille

moins de choses
pour plus de nous
avec le temps et la rivière
qui suffisent déjà

nos corps d’ambre
et nos âmes tendues
vers la saillie fertile

étreints quoi qu’on en dise
et jusqu’au dernier lien
de la nuit qui viendra

c’est qu’il y a l’azur
et la fleur
tellement de visages à ce monde

et le vent,
irrésistiblement

Photo : ET TOUTE LA MER EN NOUS – Août 2018, Montréal

Là où naissent les bézis

tous les instants y sont
sur la berge et ailleurs

le laid n’est pas sans belle trame
le blanc, le froid, le vent maudit
et j’aime tant qu’il ait écrit
grandir comme l’arbre
sans faire de bruit

quand le temps ne m’attrape pas
je danse au bord de la falaise
où vont les coeurs légers
car là où naissent les bézis
là où les bézis naissent
si souvent, je m’ennuie

j’erre mieux
tellement mieux que je ne cours

avec les pieds ou le coeur et sans chercher
juste un trottoir ou une rive et si je tombe
je tombe clair
au milieu du limon du fleuve
ou du beau grand limon de l’âme

ah! l’étrange
la si belle invention

Photo : OVER THE PARAPET – 9 août 2018, Montréal

Autant de moi, autant de vous

je rêve rose
au plus près des petites choses
du rond de soleil dessous l’arbre
à ce vent doux par ma fenêtre
je rêve tout
autant de moi, autant de vous
et tant me pénètre et me danse
de nos tendres extravagances

Photo : ET UN HOMME, DERRIÈRE ELLE, AVAIT LES YEUX AU CIEL – 7 août 2018, Montréal

Là où mon coeur s’empêtre

Quand il s’agit d’amour, je laisse parler les jours.

bien sûr parfois
je me le demande aussi
mais toi qui me connais
tu sais mieux que bien d’autres
ma solide indolence
devant ces choses-là
j’aime mieux mon errance
et le souffle du vent
là où mon coeur s’empêtre
je laisse faire le temps

Photo : LA CONFIANCE – Avant-hier, dans mon quartier * Montréal 2018

Attachée au jour

Je ne sais rien de l’infini.
Sinon que j’en suis.
Nue, attachée au jour.
Comme à un port.
D’où vivre le rêve.
Et tandis que j’écris, enfin la pluie.
Et l’orage qui gronde.
Et mon cœur qui se serre.
Pas trop. Juste assez pour que je me rappelle.
La beauté du monde. Quoi qu’il en soit.

Photo : FEMME ET BÉTON – Dans la Petite Italie * Montréal – Août 2018

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