La lisière amoureuse

Et le temps qui reste fidèle. Comme les coquillages. Pareil aux amours oubliés, aux étoiles semées, et au souvenir d’autres désordres.

Il n’y a de vent vraiment nouveau que dans les filets et les voiles. Les feuilles boivent encore les déversées du ciel. Et les marais de joncs, au large des frayères, redeviendront des champs à s’y prendre plus fort.

L’aurore est revenue. La clameur frileuse se réchauffe. La lisière amoureuse, étreinte à bras le corps, ne court pas en vain. Il lui reste l’espèce, et sa peine à mourir. Ses envolées sont sauves, dans le silence ou le fracas.

On y porte et on aime. L’homme s’est fait concasseur de graines, concasseur de chagrins. Et l’arbre se prononce sous un ciel gris et blanc, l’espoir montant de lui comme d’un grand clair d’âme. D’où ne se briserait rien du coeur de nos enfants.

La neige d’avant-hier était tout aussi féérique. Les sillons délaissés, l’instant reste tendu. Nos désirs liés aux souches et au grand printemps de l’attente.

On s’avouera les choses un jour, le trop de nous et du reste. Pour autant et encore, il y restera l’aube.

 


Photo – LA LUMIÈRE EST PATIENTE – Montréal *  Mars 2020

Les fines immobiles

peu de pas dans la neige
ma ville
qui se vit autrement

de quoi s’éprendre peut-être

et mon café devant la fenêtre
la blanche sur les branches
les fines immobiles

toujours que l’instant
en repère

Photo – ET LA NEIGE A NEIGÉ –  Hier, le long de la voie ferrée *  Montréal 2020

Le jour fidèle

la parole prend tout le corps
les lèvres avec
et l’homme déploie sa lumière
comme sa noirceur
son vent, sa faille
et sa rivière
les arbres insoumis l’ont vu faire
l’amour qui verse jusqu’à la moelle
et son eau bonne
et quand il se noie dans des flaques
le jour lui reste fidèle

Hier matin

Le jour quand même qui se lève.
La blanche, de nuit, a repris le trottoir.
Et là le vent, qui fait tourner plus fort la neige.
Un drame aussi beau qu’un radeau dans une baie tranquille.

On y joue de coeur et de corps, chasseurs de maisons tendres.
Et nos âmes qui ne veulent rien sinon jamais que d’en être.
Toujours aussi bien de rester. Et regarder venir le ciel.

 


Photo – ET LE PRINTEMPS QUI S’AMÈNE –  Mars 2020 – Montréal

Corollaire

l’art du fil corollaire
du filé fin qui nous redit
l’indémêlable nous

un seul et même

et le printemps dehors
de tellement de manières
sa lumière

toujours le temps
qui file comme il veut


Photo – RUELLE DE SAISON –  13 Mars 2020 – Montréal

Le poème en violon

Je me méfie des certitudes.
Ce qu’elles savent souvent faire de mieux, c’est rétrécir le monde.

Il y avait ton flanc. Et mon coeur.
On se remet des choses. Oeuvre l’oubli.
Les saisons passent.
J’ai ouvert mes yeux mécaniques
devant le poids de certaines heures.
Le corps rejette et prend.
Il fait tout à la fois.

Bien sûr, le vacarme des ondes.
Toutes ces histoires qui saignent le jour
et les douces moiteurs matinales.
Autant de pieux détournements
greffés de censure rampante. Surtout
ne pas être imputé de trop d’insouciance.

Et toujours le poème. En violon.
Comme un havre. Une liberté tenue.
Sans désastre veineux. Juste des horizons.

 


Photo – LES MOTS À L’AUTRE –  13 Mars 2020 – Montréal

Sinon ma chance

C’est un de ces matins où je ne crois rien
d’autre que le ciel bleu, les cotons blancs dessus,
le soleil sur ma rue, et mes pieds tièdes
sur le plancher moins froid.
Un de ces matins où je ne crois rien
sinon ma chance. Et le printemps
qui s’en revient.

Photo – DE RÊVER À L’ABRI –  Mars 2020 – Montréal

Ces jours-là

En périphérie de nos âmes, tous les lendemains. Les jours qui suivent ceux où c’est lourd, de par tous les idiots et dignités usées. Les vengeances inutiles, les millénaires de cervelles gaspillées. La pensée en cristaux d’armes et le courage éteint.

Ces jours-là, je sors la liberté. Le reste va dans une boîte que le désert délave. C’est que le destin reste nous, nos charpentes, nos détresses et nos rires. Nos dérisions qui brument et nos corps qui labourent. Nos poèmes grands ouverts, clairs sur l’horizon. Les prières en venue et les vagues abondantes. Les collines posées comme des arpèges d’aurores. Et l’errance toujours, pour y toucher l’espoir. Tout le meilleur devant, et derrière à la fois.

Et à la fin, tout ce qui sort de terre comme une porte en néant. À reconnaître encore. Comme l’orage qui passe dans le ciel généreux. Et l’âme qui abdique au devant du matin.

Photo – JUSTE LE JOUR –  Février 2020 – Montréal

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