Là où on dort

on dort là où on dort
et on oublie ce qu’on oublie
et c’est sans blâme

on couche l’amour inassouvi
avec la beauté qui s’y trouve

et le feu qui scintille
par tous ces ébats qui nous brûlent
les notes endormies
et les enfants qui illuminent

nos pays sont nos antres
par les minutes derrière nos heures

et les eaux, sans regret
nous portent là où elles s’en vont

et voilà que je m’y berce
que j’y reviens à petits pas

dans cette aurore où je m’endors

Photo : CHALEUR – Montréal * 30 Juin 2018

Je sais seulement que tu y étais

J’essaie de me souvenir.
De ce à quoi je pensais. Mais j’oublie.
Je sais seulement que tu y étais.
Dans cette pensée, je veux dire.
Et qu’une bouffée d’âme m’a prise. M’a surprise.
Je me suis assise. Sur le rempart.
Et j’y suis restée.
Longtemps. Sans bouger.
Tellement tout était clair.

Photo : LONGER LA GRÈVE – Juin 2018

Au bout de la route

ma main dans le vent
et le ciel
si totalement libre

si seulement
comme l’arbre et la rivière

et voilà qu’on y est

ah! le sabot resté
l’aimé de la louve

et le café
meilleur que d’habitude
et la brume, la brume
qui ne fait pas semblant

et nos rires qui éclatent
plus souvent que d’autres jours
l’amour plus léger
d’être parfois plus lourd

et ce matin, le bruant
et sa belle nostalgie

et le lac, et le vent

Photo : SANS TITRE – Lac Kénogami * Juin 2018

Nos amours confiants

et encore la musique
qui franchit la distance
entre la nuit et moi

le plus long jour
et face à lui
je change mais je reste la même
d’un rêve de m’abandonner
à la beauté du monde

et gravé sur ce rêve
le même chemin d’errance
où les amours confiants
contrastent dans la brume

la rivière reste large
et ses berges mouvantes
et le vent continue
de faire danser la mer

Photo : ET L’ÉTÉ QUI SE DONNE – Montréal * Juin 2018

Tant qu’on aura le ciel et l’eau

et ce vieux bateau troué
qui s’amuse à prendre l’eau
dans la nuit qui s’achève

t’en fais pas, s’il le faut
on nagera jusqu’au désert
en glissant sur la peau de l’âme

on fendra le jour dans la vague
avec le vent derrière

il peut vaciller le bateau
frémir dans le souffle de l’aube

tant qu’on aura le ciel et l’eau

Photo : LA TRANSPARENCE DES JOURS – Au bord du lac Kénogami * Juin 2018

Ce matin pourtant

J’ai pris une dernière empreinte, celle d’avant le départ.
Pour que la beauté subsiste au-delà de l’instant.
Qu’elle me suive un peu.

J’ai pris le temps de prendre.
Par mes yeux, la montagne et le lac.
Par ma peau, le vent et le soleil.
Par mon nez, les pins et le sable mouillé.
Mes oreilles, le bruit de l’air et de la vague.

Et ce matin pourtant, sous le ciel bleu,
et avec dans la cour les roses, les sauvages,
celles au parfum qui m’enivre,
ce matin pourtant, j’y retournerais en courant.
Malgré l’empreinte. Ou à cause d’elle.

Photo : AU COEUR DU TEMPS – Au bord du lac Kénogami * 12 juin 2018

Morcellement

laisse-toi prendre, me dit-elle
sois l’eau et le bruant
dans le murmure de l’aube
il ne t’arrivera rien
que l’instant qui se meurt
et renaît au néant

et devant elle encore
ma béatitude

elle qui s’appartient
sans prière ni lieu
si entière et tranquille
dans son morcellement

Photo : MÉMOIRE DU VENT D’HIER – Ce matin, aux premières lueurs du soleil, au bord du lac Kénogami

Devant et toujours

devant toutes les heures 
qui succombent
criblées 
de nos histoires 
mondaines
puissent toujours 
le ciel 
et le vent
venir à bout de nous
et la nuit 
nous ramener
dans les bras de l’aube

Photo : L’ARDEUR DU TEMPS (combien de verts encore) – Mai 2018, Parc Lafontaine, Montréal.

Devant l’invisible

Un silence de trop peut-être.
Une eau qui chante, malgré le vertige.
J’attends que le jour me reprenne.
Dans le balancement de la feuille.

Le parapluie. La marche lente sous l’orage.
Un matin où les gouttes tombent plus fort que les pensées.
Comme une île qui se tait, je n’ai rien dit.
Je n’avais pas, sur le coup, le vent nécessaire.
Le chemin m’a portée ailleurs.

Un sentier. Le long d’une falaise.
Et en bas, là-bas, le fond.
Avec un rêve. À nourrir.
Devant l’invisible.

On en a tous un.
Celui-là était le mien.

Photo : LA PENSÉE – Vient de la même collection de photos trouvées dans une grenier de la Caroline du Nord. Celle-ci aurait été prise à Christiania (maintenant Oslo) en Norvège, quelque part entre 1898 et 1910.

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