L’outil des jours

je me suis lancée dans l’instant
ce n’était pas moi, mais oui
et puis le temps a filé
nous étions deux
et pourtant des milliards

je trafique et je mens
et pourtant non

quant aux certitudes
je n’en ai moi-même que très peu
n’en ayant pas trouvé encore
qui soient vraiment utiles

Dans la foulée des heures

je pleuve
et hier j’ai plu
mon vertige m’a fait
y monter sous la pluie
où des gouttes
se sont mêlées aux miennes
et mon corps tout entier sur l’écorce d’un géant
je lui ai demandé
et puis j’ai entendu
calme ton cœur, c’est tout ce qu’il a dit
et là ce matin
tandis que je l’écris
le soleil qui dessine
un rond blanc dans le gris
et voilà que le temps
change encore
et puis là dans la rue
sur le trottoir d’en face
une maman pousse
une poussette
et une fille au long pas
la dépasse
les deux mains dans les poches

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PLUIE D’HIVER ou QUAND MON COEUR S’EMBALLE – Hier, sur l’avenue du Mont-Royal

Au bord de l’immensité

J’ai marché sous la lune, hier. Presque pleine.
Je l’ai regardée au-dessus de moi, je l’ai photographiée à travers les branches.

À cinq heures ce matin, debout dans ma cuisine, j’ai pensé à elle.
Je la sentais là, au-dessus de ma tête. Sa grande présence. Son immense beauté.

Cette nuit, à cinq heures du matin, j’ai pensé à la lune.
Difficile de décrire l’impression que j’ai eue.
Je la sentais vivante, penchée sur moi. Enveloppante et bien-aimante.
Et pendant un court instant, j’ai goûté un sentiment qui m’est rare.
Quelque chose qui s’approche d’une réelle humilité.

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HIER SOIR, DANS LE CIEL DE JANVIER

Humeur vive

Des rues brunâtres. De neige sale.
Auxquelles on s’habitue.
Pourquoi pas.
J’suis pas du genre à trop vouloir.
Autre chose, j’veux dire.
Et je m’en porte mieux, peut-être.
Ou je m’emporte mieux, qui sait.
L’homophonie me plaisait.
Puis l’autre chose vient toujours.
Du moins, elle est toujours venue.
Quand l’autre chose ne faisait plus.
Alors, je laisse faire les choses.
J’y peux si peu de toute manière.
Tout ça, ou presque, pour les mots.
Le simple plaisir de la chose.
Et une pause entre deux choses.
Le vrai, le faux, comme une danse.
Et si c’était mon jour de chance.
Chose certaine, l’humeur y est.
Et là, dehors, une fille déneige sa voiture.
Avec un tout petit balai, et un manteau rose.

carolinedufourfirube

MA VILLE EST UNE DÉNEIGEUSE – Il y a deux jours, rue Beaubien

Pour la suite des choses

ma voix n’est celle de personne
et ma route – raboteuse
est celle de l’âme qui s’abandonne
à son errance singulière

elle est mieux éclairée ma route
depuis qu’il m’est venu
qu’à prendre ombrage des autres
je la perdais de vue

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RÊVE D’HIVER – Il y a deux jours, rue Rachel

Cette beauté qui attrape

J’ai pris, hier soir, l’une des plus belles marches blanches de ma vie.
Un air d’hiver parfait. La neige qui venait d’arrêter de tomber.
Je l’ai pas choisi, c’est arrivé comme ça, je revenais d’une rencontre.
Et vu l’heure, j’aurais sans doute pris le bus s’il n’y avait eu cette extase.
J’ai mis le pied dehors dans des rues souverainement blanches.
Comme elles ne peuvent l’être que la nuit, avant l’assaut du matin.
J’ai traversé le quartier dans un éclairage réverbère adouci par la neige.
Des rues presque vides aussi. Un spectacle immensément tranquille.
Le vent a bien choisi son moment pour s’absenter.
C’était digne d’un rêve.

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IVRESSE MONTRÉALAISE – Hier, dans le Mile-End

J’aurai marché

J’suis allée voir Gaby, hier.
L’air était extrêmement doux.
Évidemment, tout est relatif.
Mais j’étais bien, le manteau ouvert, à respirer l’air.

J’aurai marché dans les vingt dernières années.
Pas loin de tout mon soûl.
S’il fallait que demain, je ne puisse plus le faire
j’aurai des souvenirs à ressasser.

Si on me demandait ce qui m’apporte le plus de paix
je répondrais que c’est la marche.

Le vent a soufflé très fort toute la nuit.
La température a chuté de vingt degrés.

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