L’outil des jours

je me suis lancée dans l’instant
ce n’était pas moi, mais oui
et puis le temps a filé
nous étions deux
et pourtant des milliards

je trafique et je mens
et pourtant non

quant aux certitudes
je n’en ai moi-même que très peu
n’en ayant pas trouvé encore
qui soient vraiment utiles

Dans la foulée des heures

je pleuve
et hier j’ai plu
mon vertige m’a fait
y monter sous la pluie
où des gouttes
se sont mêlées aux miennes
et mon corps tout entier sur l’écorce d’un géant
je lui ai demandé
et puis j’ai entendu
calme ton cœur, c’est tout ce qu’il a dit
et là ce matin
tandis que je l’écris
le soleil qui dessine
un rond blanc dans le gris
et voilà que le temps
change encore
et puis là dans la rue
sur le trottoir d’en face
une maman pousse
une poussette
et une fille au long pas
la dépasse
les deux mains dans les poches

carolinedufourpluhiv3

PLUIE D’HIVER ou QUAND MON COEUR S’EMBALLE – Hier, sur l’avenue du Mont-Royal

Au bord de l’immensité

J’ai marché sous la lune, hier. Presque pleine.
Je l’ai regardée au-dessus de moi, je l’ai photographiée à travers les branches.

À cinq heures ce matin, debout dans ma cuisine, j’ai pensé à elle.
Je la sentais là, au-dessus de ma tête. Sa grande présence. Son immense beauté.

Cette nuit, à cinq heures du matin, j’ai pensé à la lune.
Difficile de décrire l’impression que j’ai eue.
Je la sentais vivante, penchée sur moi. Enveloppante et bien-aimante.
Et pendant un court instant, j’ai goûté un sentiment qui m’est rare.
Quelque chose qui s’approche d’une réelle humilité.

carolinedufourlunejanv

HIER SOIR, DANS LE CIEL DE JANVIER

Humeur vive

Des rues brunâtres. De neige sale.
Auxquelles on s’habitue.
Pourquoi pas.
J’suis pas du genre à trop vouloir.
Autre chose, j’veux dire.
Et je m’en porte mieux, peut-être.
Ou je m’emporte mieux, qui sait.
L’homophonie me plaisait.
Puis l’autre chose vient toujours.
Du moins, elle est toujours venue.
Quand l’autre chose ne faisait plus.
Alors, je laisse faire les choses.
J’y peux si peu de toute manière.
Tout ça, ou presque, pour les mots.
Le simple plaisir de la chose.
Et une pause entre deux choses.
Le vrai, le faux, comme une danse.
Et si c’était mon jour de chance.
Chose certaine, l’humeur y est.
Et là, dehors, une fille déneige sa voiture.
Avec un tout petit balai, et un manteau rose.

carolinedufourfirube

MA VILLE EST UNE DÉNEIGEUSE – Il y a deux jours, rue Beaubien

Pour la suite des choses

ma voix n’est celle de personne
et ma route – raboteuse
est celle de l’âme qui s’abandonne
à son errance singulière

elle est mieux éclairée ma route
depuis qu’il m’est venu
qu’à prendre ombrage des autres
je la perdais de vue

carolinedufourrachcou

RÊVE D’HIVER – Il y a deux jours, rue Rachel

Cette beauté qui attrape

J’ai pris, hier soir, l’une des plus belles marches blanches de ma vie.
Un air d’hiver parfait. La neige qui venait d’arrêter de tomber.
Je l’ai pas choisi, c’est arrivé comme ça, je revenais d’une rencontre.
Et vu l’heure, j’aurais sans doute pris le bus s’il n’y avait eu cette extase.
J’ai mis le pied dehors dans des rues souverainement blanches.
Comme elles ne peuvent l’être que la nuit, avant l’assaut du matin.
J’ai traversé le quartier dans un éclairage réverbère adouci par la neige.
Des rues presque vides aussi. Un spectacle immensément tranquille.
Le vent a bien choisi son moment pour s’absenter.
C’était digne d’un rêve.

carolinedufourtrme3Cvi

IVRESSE MONTRÉALAISE – Hier, dans le Mile-End

J’aurai marché

J’suis allée voir Gaby, hier.
L’air était extrêmement doux.
Évidemment, tout est relatif.
Mais j’étais bien, le manteau ouvert, à respirer l’air.

J’aurai marché dans les vingt dernières années.
Pas loin de tout mon soûl.
S’il fallait que demain, je ne puisse plus le faire
j’aurai des souvenirs à ressasser.

Si on me demandait ce qui m’apporte le plus de paix
je répondrais que c’est la marche.

Le vent a soufflé très fort toute la nuit.
La température a chuté de vingt degrés.

carolinedufourmarf2

Le mal-aimé

la culture dominante
ne l’aime pas trop
lui qui fait rêver d’autres lieux
fait prendre d’autres chemins
en beau grand débridé qu’il est
il tire l’âme hors du rang
vers des ailleurs sauvages
où l’amour et la gloire
prennent d’autres formes

carolinedufourfibusma

UN BUS LA NUIT (L’imaginaire) – Montréal, il y a deux jours

Morsures

du moment que je goûte aux morsures du vent
j’me rirai tant que j’peux des morsures du temps

moi qui m’aime légère
et qui me cabre
encore
quand je sens s’enfuir les vents chauds
si vous l’aviez vu 
ce manteau
beau manteau blanc des derniers jours
venu abrier ma ville

et là maintenant
ce matin de froid polaire
dessous le ciel
qui a bleui
et les pans de lumière
sur les rues déjà sales

j’entends le bruit d’la déneigeuse
et je pense à la montagne
où la blancheur pourra vivre

et la fournaise qui repart
ça fait combien d’fois aujourd’hui
et moi tout à l’heure
et quand même
j’irai mettre le nez dehors
vers le frimas dans mes narines
les brûlures sur mes joues
et le soleil qui danse

et pour la femme au manteau noir
c’était hier dans le métro
sur l’autre quai
j’la trouvais belle assise là
et je résiste pas
j’essaie même pas

Mon chemin d’espérance

Je viens de penser à ce bel oiseau blanc, ce grand cacatoès qu’on s’arrêtait pour regarder, sur une belle rue de Paris, dans la vitrine du garage où il passait ses jours. Je me souviens de lui mieux que de moi à cette époque, si ce n’est que déjà je n’en avais que pour le beau.

Encore aujourd’hui, je creuse. Je creuse mon âme et mon coeur, dans l’espoir de m’approcher toujours plus près de la liberté. La vie est un mystère, mais je n’y pense pas trop. Je vaque avec ce coeur, de plus en plus petit à mesure qu’il se densifie, et que les années passent. Un jour, quand il ne restera que lui, que tout autour aura cédé, il implosera mon coeur, ou il explosera.

En attendant, je creuse. Et je donne à la beauté, qui promet tout encore.

carolinedufourfite3r

PÉPITE DE TEMPS – Il y a quelques jours, dans mon quartier

No more posts.