Neige et parapluies

La première neige sur la ville.
Y a toujours une certaine fébrilité dans l’air.
Qu’on soit né ici ou pas.
Ceux qui arrivent d’ailleurs doivent vivre un rêve.
Du moins, c’est ce que je vivrais, j’en suis sûre.
Si je n’avais jamais connu ça.

Celle-ci était mouillée.
Tellement qu’elle invitait les parapluies.
C’est beau la neige et les parapluies ensemble.

carolinedufourNParcorPREMIER SOIR DE NEIGE – 27 novembre 2013, Montréal

Le plus subtil

L’odeur des feuilles, des peaux,
des écorces, de la terre qui gèle.
Là encore, j’y mettrais bien une vie.

Ce matin, le nez contre son dos,
je me suis dit que si un jour je meurs,
les odeurs dans leur forme subtile me manqueront
et feront partie de ces choses qui m’auront trop souvent,
tant pis pour moi, passé sous le nez.

Mais bon, c’est seulement si un jour je meurs.

carolinedufourodeur3cBELLES D’AUTOMNE – 2013

Nourritures terrestres

La montagne est un peu délaissée à ce temps-ci de l’année.
N’y viennent plus que les sportifs, et les très amoureux comme moi.
Et quelques touristes aussi.

Les arbres nus, la ville surgit plus souvent entre les branches.
Le sol est abrié d’un grand tapis rose orange. Et d’une boue.
Rien ne craque plus sous les pieds. Le travail nourricier est déjà commencé.
Et la lumière est belle.

Après mon moment parmi les arbres,
il arrive que je pique vers le centre-ville.
Quand j’y ai un certain rendez-vous, le mardi.
En quelques pas, je passe de la montagne à la foule.
Je ressens toujours une sorte d’excitation quand j’arrive en bas.
Là où m’attend une autre forêt, une autre extase.
Qui regorge, elle aussi, de promesses et d’espoirs.

carolinedufourcycrogppcarolinedufourcampus3ENTRE MONTAGNE ET VILLE (diptyque) – Montréal, le 19 novembre 2013

Trench-coat et pleine de grâce

Ils sortent souvent, tous les jours je dirais.
Prennent le temps, toujours, de se mettre beaux.
D’apparaître aux yeux du monde dans toute leur noblesse.
Ils sont très vieux. Je devine près de quatre-vingt-dix.
Les deux ont un beau regard. Bon et sans aigreur.
Elle lui tient le bras, toujours.
Ils marchent lentement. Plus que vous ne l’imaginez.
Prennent le temps qui leur reste.
Et continuent de jouer le jeu de la vie.
Et ce faisant, ils m’inspirent. Même si d’eux, je ne sais que ça.
Parce que la noblesse est belle.
Et sur fond de vieillesse, elle le devient encore plus.

carolinedufourVIECOUP7C’était avant-hier, tout près de chez moi.

Un vent de folie

Ma vie
Si seulement j’en avais deux.
Une où je pourrais faire.
Et l’autre où je pourrais être.
Mêler les deux me la complique.
Même si mon corps a pris racine
j’aime les hautes altitudes
et les longs vols d’observation.
Je ne me pose jamais très longtemps.
Sauf pour l’amour, le court me va.

Le vent
Pendant que je peux rêver
de voir se dédoubler la mienne
voilà que des milliers
d’uniques au monde
sont arrachées là-bas, emportées sans tendresse
par un mauvais coup du vent.
Lui qui n’a été pour moi
toujours et seulement que musique.
Encore ma chance.

carolinedufourventautre4Montréal – Novembre 2013

Et tandis que ça sent l’hiver

J’ai lu ce matin la belle lettre à la mer qu’a écrite Mylène Paquette
après son long périple sur la grande eau.
J’ai ressenti une pointe d’envie à l’idée d’une telle traversée.
À l’idée de poser mon regard sur la vie et l’infini, loin de tout pendant autant de jours.

Ma vie est faite d’estuaires. Et d’autant de détroits.
De jours où l’espace se referme. Et d’autres où il s’ouvre grand.
Alors, vogues-y mon âme. Puisque tu le peux.

carolinedufourfleuveqc3Québec, sur les rives du fleuve – Janvier 2013

Mon âme n’est pas dupe

Cette ville.
Autant je l’aime, autant elle me rebute parfois.
Et c’est sa grande folie qui suscite, je le sais,
tant mon attachement que ma résistance.
Sa folie, et aussi tout ce qu’elle me cache encore.
C’est ce qui la rend si captivante. Et vidante aussi.

Et puis y a cette délicieuse envie qu’elle éveille si souvent en moi.
De capturer les choses et les moments, de les immortaliser.
Comme dans ce viaduc avant-hier, avec tous ces néons braqués sur l’heure de pointe.
Impossible de garder mon autre oeil dans ma poche.

Mais peu importe la poésie que j’y trouve,
elle y côtoie quand même toujours une certaine violence.
Une violence certaine. Pour mon âme.
Et s’il n’y avait pas quelque chose de royal en son coeur,
il y a longtemps sans doute que je l’aurais quittée.

carolinedufourviadstl3 orig 750Viaduc St-Laurent, à la tombée du jour – Novembre 2013

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