Chacun sa pioche

Et mon cœur qui se serre.
Et mon ventre qui se tend.
Et mes yeux qui se mouillent.
Je suis vivante.
Quoi qu’il m’en coûte, je suis vivante.
Et il m’en coûte.
Pas tant qu’à d’autres, mais quand même.
Alors, laissez-moi vivre jusqu’au bout de moi-même.
Laissez-moi être celle que je suis.
Chacun sa pioche, n’est-ce pas.
Chacun son mur.

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Photo : GABY QUE J’AIME – Hier, dans l’arrondissement Ville-Marie

L’oubli du jardinier

l’éclat est tel qu’on en oublie
ce qui a engraissé la terre

dans le sable sous l’opulence
les racines puisent le synthétique

or l’âme n’est pas divisible
pas morcelable

la fleur rutile
mais sa tige est vide
de ce qui crée la réelle splendeur

où le coeur implose
le monde explose

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LA BELLE SUR LA MONTAGNE – Mai 2017, sur le mont Royal

Folle d’elle

C’est vrai que je suis amoureuse d’elle, que je l’espionne presque jalousement dans ses recoins, ses bouts de ruelles, ses fenêtres, ses arbres, son multimonde, tout ça toujours plus beau que partout ailleurs à mes yeux, et que si on me parlait d’elle en mal, si on la qualifiait de moins que belle, je risquerais de m’énerver. Tout comme c’est vrai que j’aurais du mal à dire si je l’ai aimée d’abord et m’y suis attachée ensuite, ou si à force de vivre accotée à ses humeurs, j’ai fini par devenir folle d’elle. Quoi qu’il en soit, si certains jours refroidissent mes ardeurs, je retombe en amour chaque printemps. Et par-dessus la tête.

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Photo : SORTIE DE RUELLE – Hier, sur l’avenue du Parc

Le vent dans les feuilles

J’ai ouvert le livre au hasard. Il s’y trouvait une feuille rouge. Je ne me souviens pas de l’y avoir glissée.

Les branches de l’arbre d’en avant s’alourdissent. Les plus basses sont à la hauteur de mes yeux maintenant. Je le regarde tout l’hiver cet arbre, avec les fils électriques qui le traversent et qui disparaitront bientôt de ma vue, cachés par son feuillage.

Après une première moitié de mai brutalement froide, le ressenti a grimpé autour de trente-cinq pendant deux jours. Il fait de nouveau froid ce matin, avec un ressenti de huit. Je viens quand même d’ouvrir la fenêtre. Pour laisser entrer l’air, mais pour voir surtout si déjà j’entendrais le bruit du vent dans les feuilles. 

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Photo : LA FEMME AU LOIN – Mai 2017

Sous les hautes branches

Je lève les yeux vers le bel érable, celui de la cour du deuxième voisin au nord, qui étend ses hautes branches jusqu’au-dessus de la nôtre. Le sol est plein de ces minuscules fleurs jaunes qu’il laisse tomber depuis une semaine.

Le jardin s’éveille lentement cette année. J’écris en posant les yeux sur lui de temps à autre. Et voilà qu’il me semble un peu triste. Comme s’il voyait déjà sa fin. Mais bien sûr c’était moi, en train d’y voir la mienne.

Cette vie, qui passe comme un été.

En contemplant le jardin et la tristesse qui est venue, je me dis qu’au fond, où qu’on se trouve sur la planète, la vie ne sert qu’elle-même. Et à rien d’autre qu’à vivre. 

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LE GRAND ÉRABLE – Ce matin, vu de la cour

Ce qui tombe sans nous

y a la grâce
qui passe et s’en va
comme une guitare au loin
j’en ai l’âme légère ou lourde
les cerisiers sont en fleurs
c’est ça, mai
le mois qui parle sans rien dire
qui nous chante les mains tendues
la transparence à venir
et les mots qui bercent ou font mal
on s’en ira sans qu’on y pleure
avec de gravé que l’amour
le monde tombera sans nous
et se relèvera encore
on aura mal avant
et après
et puis encore il y aura
la grâce
et tout ce qui balance
entre le beau et le laid
on pleurera, on s’aimera
et on recommencera
le temps gardera l’essentiel
le vent et ce qui lui ressemble

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Photo : LA FILLE ENTRE LES ARBRES, sur le mont Royal – Mai 2017

Le désir vivant

tout ce qui tarde
dans nos jardins gelés
pour chaque jour
qui promet tout encore

en attendant
je ne demande rien
que le désir vivant
d’un autre jour qui vient

Photos (diptyque) : À MANTEAUX OUVERTS
Il y a deux jours, au coeur de la ville

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