Tomber, tombe et retombera

carolinedufouraupls.jpg

N’attends pas l’or, lui dit-elle.
Viens rire avec moi à la place.
Sur les trottoirs craqués.
À l’orée des vieux boulevards.
On lira au pied des arbres.
Et on tombera amoureux fous.
Tomber, tombe et retombera.
Rappelle-toi le bruit de nos pas.
Et la tête de chat sous la pluie
par la fenêtre de l’autobus
au mois d’avril de l’an dix-sept.
N’attends pas l’or, mon amour.
Viens rêver un peu avec moi.

Photo : LE CHAT DE LA RUE PAPINEAU – Avril 2017, Montréal

Les larmes du printemps

On se méfie de la beauté peut-être.
On avance en regardant autour, partout, pour ne pas tomber.
Comme si les habitudes étaient condamnées d’avance.
On y perd sans doute quelque chose, dit-elle.
Que veux-tu dire?
Rien, je n’ai rien dit.
Le désert est grand et moi je suis petite.
Par chance, c’est avril. Je vois les crocus. Et je croque.
Mieux.
Plus fort qu’en février.
C’est l’histoire qui se répète. Mais sa répétition m’est douce.

J’ai cent mille raisons de t’aimer.
Cent mille raisons d’aimer le monde.
Et j’en ai encore plus au printemps.

carolinedufourfipilgb2

REGARDER LES PIGEONS – Hier, dans le Mile End

Le début et la fin

Faut pas t’en faire avec ça, lui dit-elle. 
Toute ta vie, tu ne seras qu’un début de poésie.

Comme une fleur qui se contente de vivre. 
Un bourgeon qui éclate. À l’entrée, jusqu’à la fin du jour.
Comme la gueule grande ouverte d’un loup qui sait tout.
On est immenses, et toi aussi.
Ta nature n’y fait rien, même si elle y fait tout.

Sois ce début de poésie. Ce morceau, ce départ, cette danse.
Et tu seras la poésie entière.

Photo : MONANDRE – Il y a deux jours, sur l’avenue De Lorimier

L’espoir des bateaux

Surtout n’oublie pas la délicatesse. On s’en sortira. Nos amours sont des anges troubadours. On s’en sortira. Pour voir derrière le mur, suffira de s’ébattre, de revenir en arrière peut-être, et de tourner sur nous-mêmes. Parce que l’histoire se répète, pour nous et les autres. Les désespoirs nous emportent comme des bateaux sur l’océan. Et puis ils nous ramènent pour la fin. Et la suite. On se réinvente, et puis ça y est. Les enfants nous font rire à nouveau. Nos cœurs battent, et ça suffit.

carolinedufourpeload.jpg

LE PENCHANT – Hier, sur l’avenue De Lorimier

Entre trompette et parapluie

entre les branches de ton cœur
je me sens comme une histoire 
à peine commencée
c’est peut-être ce qu’on se dit
sans trop jamais rien se dire

y a moi qui aime le silence
et y a toi qui le sais
moi qui vis mieux dedans
sur les mots qui s’envolent pour mieux trouver le cœur
sur les sourires aussi
comme des berceaux de chenilles
y a rien qu’à s’y cacher l’instant d’un matin doux
le monde est cachotier et c’est très bien comme ça
je n’ai besoin de temps que pour être avec toi
avec un peu de chance il ne pleuvra pas trop
et on n’aura pas à choisir
entre trompette et parapluie

entre les branches de ton cœur
je trouve encore une histoire
où je peux me cacher le temps d’un matin doux
et si le monde est cachotier
on n’y peut rien et c’est pas grave
fais-moi ce que tu sais
en silence surtout
pour que les mots nous trouvent
comme ça peut-être
on n’aura pas à choisir
entre trompette et parapluie

Photo : DÉPANNE – Il y a deux jours, rue Beaubien

D’âme et d’errance

carolinedufourgesarscc

plus tard j’irai marcher
dans l’air qui se réchauffe

et au milieu de tout
j’entendrai mon âme
me parler de nous

ma précieuse
ma constance nécessaire
ma rivière de bohème

au printemps comme ailleurs
dans la soif de mes jours
je bois à la rumeur du monde

Photo : LES INSTANTS DE PASSAGE – Hier, sur l’avenue du Mont-Royal

L’espoir nu et vivant

Ça sent tellement le printemps. Malgré la petite neige qu’ils annoncent encore, y a pas de doute, on y est. Tout le dit. La lumière du soleil, le sourire des gens. Et mon corps, oui mon corps. Il s’allège mon corps. Il se détend mon corps. Il s’ouvre au renouveau. Bref, il bourgeonne, ça se sent.

C’est beau dehors. Malgré toute la saleté qui se découvre sous la neige qui fond. Les manteaux sont ouverts, les épaules et les têtes sont plus hautes. On se protège moins. Ah, printemps. Te voilà.

Et moi, j’espère. Chaque année, quand le printemps arrive, je me mets à espérer plus fort. Rien en particulier. J’espère, c’est tout.

carolinedufourrueshs

LA DÉTENTE – Hier après-midi, rue Sherbrooke

No more posts.