Qu’en dirais-je, maman

un autre jour
et un autre encore
et ma mère qui m’avait dit
que j’devrais écrire ma vie
mais qu’en dirais-je, maman
de cette vie comme tant d’autres
faite de temps et d’amours
de fleuve et de détours

et mes yeux qui se tournent dehors
vers l’homme qui passe devant
ses yeux à lui qui se promènent
entre le trottoir et le ciel
je vois à sa manière de faire
qu’il fait beaucoup moins froid qu’hier

quoi qu’il en soit, j’irai marcher
c’est une de mes façons de vivre

Photo : ATTENDRE QUE LA LUMIÈRE CHANGE * Hier, en allant chercher du pain – Montréal 2018

Au bonheur d’un poème… rire et mourir

Aussi longtemps qu’un poème aura de beau de n’être qu’une fraction de celui que je voulais écrire, j’aurai le bonheur de chercher celui qui, je le sais, ne viendra jamais.

*

la neige tombera
la nuit viendra
et ô les jours, oui les jours
chacun qui cède à son tour

et pendant ce temps, mon cœur
oui mon cœur, ô mon coeur
fera bien ce qu’il peut faire
et mon corps pareil

la nuit viendra
la neige tombera
et ô les jours, oui les jours
à coups de pelle et d’amours

est-ce que vraiment je verrai
au fil du grand débarras
l’ombre claire à malmener
d’un tout petit petit choix ?

je sais pas, non ne sais pas
mais qu’il en vaille ou qu’il en soit
je vais coudoyer le vent
quitte à rire de temps en temps

la neige tombera
la nuit viendra
et ô les jours, oui les jours
je vais mourir à mon tour


Photo : QUATRE PASSANTS * Novembre 2018, Montréal

En regardant tes oiseaux

étrangement
ce qui m’est venu en regardant tes oiseaux
dans le près du loin
est que tu me manques

j’entrouvre le cahier
désarmée parce que je préfère

sans doute que dans la vie qui mène
je trouve plus de temps pour la vivre

bien sûr il y a cette eau salée
où mon piano flotte encore

demain comme ce matin
il y aura l’aube et les rumeurs
une brassée d’heures et des poussières
qui viendront me coller au corps

et un instant où quelque part
le lac sans préambule
viendra frémir sur ma mémoire

Photo : FEMME ET FENÊTRE DE PRESBYTÈRE * Décembre 2018, Montréal

Le blâme

On engraisse le loup.
Puis on blâme sa force.

Les temps sont à vouloir ailleurs.
Moins de choses. Plus du reste.

Photo : THE TIMES THEY ARE A-CHANGIN’ * Fin novembre 2018, Montréal

Et ce matin la neige

il est de ces nuits
où le vide explose
sous la poussée des corps
et le poids des temps

et ce matin la neige
qui attendrit l’image

j’y vois une fraction
un reflet

quelque vingt mille jours
en fragments sur ma route
vingt mille d’amour venté
neigé
en gouttes
et en trombes
d’amour tempête aussi

et là, 
te dire ma folie, mon désir
par-dessus tout
de verser et de boire
au libre et au tendre


Photo : IL SOUFFLAIT UN PEU, LE VENT * Fin novembre 2018, Montréal

De l’amour dedans

Ils venaient de parler
des heures durant. De leurs vies
et de l’étrangeté du temps. La
soirée avait filé. Il s’est levé,
a enfilé ses bottes, son manteau,
son foulard et sa tuque. Puis ils
se sont étreints. Avec plus de
chaleur que depuis des années.

En descendant l’escalier,
sans se retourner, il a lancé
ces mots : « On finira bien par
admettre que tout le monde cherche
la même chose : les yeux de l’autre
avec de l’amour dedans. »

Photo : NOVEMBER RAIN * Hier soir – Montréal 2018

La beauté d’elle-même

j’en ai déjà trop dit, lui écrit-elle
tout ça était bien vague, trop vague sans doute
c’est toute cette mer autour
jamais vraiment tranquille

attendons, veux-tu
que la beauté d’elle-même revienne
bercer le mystère

nos certitudes se lasseront
comme les feuilles
dans l’air cru de novembre

même les amours dans un désert
savent faire et défaire
il naîtra quelque chose
de nos coeurs enneigés


Photo : PENCHEMENT * Hier, dans ma ville

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