J’ai dessiné un éléphant sur un bout de papier en pensant que tu le verrais. Mais tu étais déjà parti.
C’est chaque fois l’histoire qu’on s’invente, celle qu’on trouve à imaginer parmi toutes les histoires pensables. Ce matin par exemple, je pensais au grand lac près des huards et des becs-scie. Où tout nous arrivait sans penser à rien d’autre parce que tout existait sous le ciel de l’instant.
Mais j’invente sûrement là aussi. J’oublie tellement de choses de mes histoires d’avant.
On pendait dans le vide. Et je pèse mes mots. Mais on riait à mort pour faire rire les autres.
Merci pour les oiseaux au bord de la rivière – ceux de Chicago, je veux dire. Et pour tous les autres oiseaux. Tout à l’heure en les regardant, j’ai repensé aux jours où je me glissais sous un lit ou sous le balcon d’en avant pour m’inventer mon propre monde.
Je vis sans trop penser à l’endroit où je vis. Ma ville est calme comparée à bien d’autres. Et mon café est bon. Je cultive le rêve tranquille.
Photo : ET LE VERBE TROUVÉ * Fin mai – Montréal 2026
Je suis l’autre que je deviens, dit Laure. C’est toute l’habitude du manque, comme les autres habitudes. Je sais quand je respire que l’eau a traversé.
Au fond de la piscine, je reste spectatrice jusqu’à la remontée. Ça donne du poids au silence.
Au propre encore, j’ai de quoi m’abrier et me tenir au chaud. Des mots comme des rivières où me mouiller les pieds. Basculer les choses et le temps.
Photo : AMOUR DE PISSENLIT * Fin mai 2026 – Montréal
qui suis-je sinon que cette hésitation aussi incessante que le monde une vue obstruée par les os empilés et les ombres sur le bord de l’ongle pendant ce temps la cour n’a jamais été aussi belle
Je t’ai conté la fois où devant le pommier fleuri dont on ne voyait plus les feuilles, mon amie J m’a dit qu’il s’agissait sans doute de son dernier été ?
Hier, par un beau grand hasard, j’ai vu mon amie S. Les jours sont ainsi faits que je ne sais jamais. Que d’errer dans ma ville et d’en toucher le tendre.
Si un jour encore on m’y prend, je vivrai forever.
Du temps où naissait le poème, il sortait de toutes leurs bouches comme autant de langues à la fois.
Les petites bouches, me dit Laure. Ou comment se forge l’oreille.
Elle posa un pied dans la barque sans penser que le temps faisant, vu que rarement la mer sèche, à moins que la mort fasse avant, elle pourrait finir par couler.
Il nous restait d’en rire. Ou bien d’en pleurer.
Photo : ENTRE L’ARBRE ET LE VENT – Avant-hier * Montréal 2026
Malgré froideurs et froidures, l’hiver a traversé. On peut se permettre d’en rire. Aucun ciel n’est tombé et nos coeurs battent encore.
Mon père laissait des sous sur le coin du bureau et j’étirais parfois mon bras dans l’ouverture de la porte pour prendre une part du butin. Il n’a jamais rien su, ou n’a jamais rien dit. Et j’en ai peut-être gardé une sorte de courage.
Quoi qu’il en soit, l’écureuil court sur le fil, le roselin chante, et le vent souffle tiède.
Et le pommier qu’on a planté donne ses premières fleurs à vie.
Photo : DE L’AIR CHAUD SUR LA PEAU – Avant-hier * Montréal 2026
Je n’ai pas choisi qui je suis, c’est la vie qui m’a faite. Et je mets du temps à me voir, du temps à me reconnaître. Une chose m’apparaît claire, c’est que la beauté me nourrit. C’est elle que je remarque, plus que l’amour sans doute. C’est elle que je cultive aussi, quitte à perdre en chemin de grands morceaux du reste.
Photo : JUSQUE DANS LA SALETÉ * Hier – Montréal 2026