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D’épices et d’espoir

Entre deux jours de grand froid, le mercure a grimpé solide pour quelques heures et l’air s’est rempli d’odeurs. Aucun relent d’ordures ou de merde, juste des filets de parfums suaves et sucrés sortant des restos de ma ville. De quoi m’enivrer absolument. J’ai étiré ma marche et respiré plus fort.

Rue St-Denis, au milieu de la foule, j’ai pensé à l’autre, à celui qui approche. Et comme chaque fois – c’est pour ça que j’évite – j’ai ressenti une certaine nausée.

Et puis je les ai vus, là devant. En plein coeur du monde, sans peur. Un rêve clair, un espoir lumineux. Des années plus loin, passé un long sommeil. Il m’a semblé qu’ils voyaient mieux à travers les menteries et les leurres. Et qu’ils savaient mieux aussi la douceur du temps et de tout ce qui sent bon.

Photo : LA RUE – Avenue du Mont-Royal * Janvier 2017

Mais un matin

un matin blême
mais un matin

et le monde continue à faire
comme si les oiseaux et le vent
avaient peu d’importance

un grand président a fait ses adieux
et sa peine était grande

je pars marcher
j’irai voir Gaby en passant
je serai ici quand tu reviendras

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UN VENT D’AUTOROUTE – Sur la 20, vers Québec – Janvier 2017

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Travaux d’hiver

quand le soleil s’est levé sur la brume
la lumière était belle
et j’étais certaine du monde

dans les refrains blancs de la neige
j’ai vu le fleuve dans sa glace

et dans son désir et ses états d’hiver
la branche alourdie
porteuse d’autant d’amour

Photo : MATIN D’AUTOROUTE – Hier au lever du soleil, sur la 20, entre Montréal et Québec

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Ensemble

Premier jour de l’année. Selon notre calendrier.

J’écoute Glenn Gould. Qui joue Bach. Avec la lumière vive et le ciel bleu de l’autre côté de la fenêtre, j’ai envie de dire que l’ambiance est religieuse. 

Devant les rues blanches, je pense à nous. À ce monde qui se cherche.

Pour balayer la tristesse, je me dis qu’on est tous là-dedans ensemble. Qu’on se cherche ensemble. Qu’on est liés. Soudés. À ceux qui rient et ceux qui pleurent. Ceux qui haïssent et ceux qui s’aiment. Ceux qui vivent et ceux qui meurent.

Et pour balayer un autre bon coup, je me dis que comme le battement d’aile du papillon, comme l’argon qui se promène entre nos poumons d’Afrique, d’Amérique, d’Europe et d’ailleurs, chaque petit geste d’amour rebondit sur l’ensemble.

Je nous souhaite de la paix. Pour en éclabousser le monde.

Photo : AU DERNIER SOIR DE L’AN, TROIS AMIS QUI RIGOLENT- Hier soir, à quelques pas de chez moi, ils attendaient l’autobus 

Le désir et la neige

libres
dans le sens de l’arbre et la nuit

de toute manière le monde
est flou
et fou

je nous rêve
libres

Il neige des flocons de neige et un homme marche vers sa voiture avec sans doute sa femme et sa fille. Ils se sourient un peu. Je sais que leur vie n’est pas la mienne. Et pourtant nous sommes tous liés, et ça me semble clair.

Je n’ai pas choisi grand-chose, si même quelque chose dans ma vie. J’aurais pu être eux, et eux moi. Je trouve aussi irrationnel de s’attribuer un mérite que de s’appesantir d’un blâme. 

Mais c’est surtout qu’aux flatteries et lamentations, je préfère le désir et la neige.

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DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA RUE IL Y A QUELQUES INSTANTS

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Le fou d’envol

d’où je suis, je vois les îles tendres
où les coeurs boivent à la source des songes

je vois l’oiseau aussi
le libre le beau
le fou d’envol qui sait l’espoir

berce-nous
que nos peaux et nos âmes se souviennent

Photo : ARBRES, NEIGE, CIEL, FEMME – Il y a deux jours, sur le mont Royal 

C’est vrai, Louise

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jours de serrements
la gratitude s’use
sur le tissu des jours présents
et de notre impotence

comment le dire sans la nommer
la pale en anagramme
la ville faille
miroir ultime de nos laideurs

ils ne peuvent qu’être morts déjà, des morts-vivants
ceux qui dans leur délire assassinent les tendres
leurs ailes nécrosées
leurs âmes gangrénées

la gorge, le coeur
fureur et paralysie
si seulement les mots
tels des bombes larguées sur les barbaries
et des baumes
versés sur les blessures

˜

Photo : Décembre 2016, Montréal

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