Dire le feu

d’y voir céder la foudre
pour y libérer l’os
et la main qui s’avance
depuis le plein milieu
pour y dire le feu
l’esprit et le coeur divisés

Photo : LIBRE D’ERRANCE (autoportrait) – Hier * Montréal

Le rugueux et le tendre

D’abord cette main. Où s’est écrit le temps dans la forme des jours, le soleil des matins et le pesant du monde. C’est encore pour y voir, et de tous les côtés, la perle, qu’on tourne entre ses doigts. Le rugueux et le tendre, pour une vie à défendre.

Et ce dos, qui embrasse mes pas. Sur les trottoirs brisés et les sentiers de neige.

Et mes yeux, qui voient là les oiseaux. Chaque matin, par la grande fenêtre.

Photo : L’OISEAU, LA VIGNE ET LE LILAS * Hier – Montréal

Pas plus que la rosée

de la tâche impossible
d’y être comme le vent dans
les feuilles

du désir infini
de t’aimer comme la rivière
le seuil

du grand cassé de nous
à ne pas réparer
pas plus que la rosée

et de mes doutes
infiniment grands
qui n’ont de fin de moi

l’amour est un mystère
et j’y reste à errer

·


Photo : RACINES * Hier – Montréal

À la p’tite heure

et l’aube qui revient
dans un ciel sans regret

la lumière comme de l’eau
sur l’escalier de vignes

les oiseaux au soleil
dessus le toit de tôle

à la p’tite heure qu’il est
ce qu’encore j’aurai vu

que je n’sais rien de rien
ni de l’amour non plus

Photo : HERBAGES * Hier – Montréal

Le mutisme d’un temps

tu n’avais jamais vu d’écueil
à ce que je m’empare du matin
des fleurs qui roussissent
et des pluies qui avalent
et là d’y sentir sans le dire
un fanage du monde
d’y toucher les parois
plus opaques des jours
comment parler du beau
sans y parler du lourd

·


Photo : BELLE D’HIER * Montréal

Crépuscule

levée pour de l’eau dans la chaleur humide
j’ai attrapé à la fenêtre le suave des roses

ces nuits que d’autres trouvent lourdes
déjà enfant je m’arrangeais bien avec –
l’intensité peut-être, ce poids du corps
qui me sort de ma tête

quatre heures vingt-cinq
un nuage rose dans la clarté montante

il y a deux jours, je t’ai fait une tresse
que tu as trouvée belle

quelque part un oiseau

Photo : DE NOS ENTRELACEMENTS – Juin 2021 * Montréal

Ma rivière tranquille

c’est l’absence, diras-tu
l’absence d’elle tendre
ton ventre qui lui ressemble
d’où toucher l’ombre et le silence

˜

Le matin est derrière. Des heures, déjà, que mon désir et ma rigueur se bousculent au bout de mes doigts. Et voilà que remontent les mêmes voix sous le ciel, chargées, trop près dans mon été. Le jour y fait au mieux, mais mon corps se bute, mon enfance peut-être. Je n’entends que ce bruit qui fait fuir les oiseaux. J’en perds ma rivière tranquille.

Et c’est là, souvent, que je pars marcher. Marcher pour élargir le monde. Pour aborder le soir dans un air diffus. Où ma ville m’enveloppe de flou et de voix inconnues.

·


Photo : BOUT DE RUELLE – Hier à 16:00 * Montréal

Venu l’été

des roses partout
sur mon chemin de ville
leurs parfums comme des mots tendres

et la voisine d’en face
qui lit chaque jour sur son balcon
toutes ces années sans un sourire

et là ton téléphone
ça sonne et tu ne réponds pas
tu roules à vélo je suppose

peut-être qu’une rose
la dériderait

Photo : NOS LIEUX – Juin 2021 * Montréal

Au fond la terre

c’est bon
j’accepterai

je ramasserai des bouts de bois

au fond la terre ne reprend rien
qu’on ne puisse trouver

c’est toujours ça
et de mourir un peu

et jamais l’arbre
ni la rivière belle

·


Photo : LA PROFONDEUR DES ROSES – Juin 2021 * Montréal

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