Grands bouts

On a lissé la face de l’ange. Lui qui chante pourtant sans qu’on n’y perde rien. Son chemin comme la lune sur un grand bouleau blanc. Une chanson d’amour où on entend le vent.

J’ai trouvé votre histoire, monsieur, au détour d’un chemin à l’abri des grands mots. Et aussi votre coeur, madame, au tournant d’un espoir qui ne rime qu’à vous. J’en ai pris de grands bouts pour m’en faire une robe.


Photo : LA FILLETTE – Février 2021 * Montréal

Le poids de l’écureuil

Charles regarde le voisin d’en face qui tire lentement ses rideaux. Au même moment, celui d’en bas sort de chez lui, il s’en va travailler peut-être. Il vient d’emménager, il a le pas léger.

Lou s’avance derrière Charles et appuie la tête sur son dos.

– Tout ce temps à se taire, dit-il, dans un film à se dire.

Une femme passe avec son chien. Puis plus rien, on dirait. Un monde mis sur pause.

Les secondes s’écoulent immobiles jusqu’à ce qu’arrive l’écureuil, dans sa vie d’écureuil. Il saute du fil électrique vers la branche de l’érable, qui ploiera sous son poids pour compenser le lourd.

·


Photo : POUR LE TRAIT DE SOLEIL – Février 2021 * Montréal

L’incertain

Le silence de la cour, sous la lune montante.
Et ce qui change sans qu’on l’y voie.

C’est l’incertain qui encore me rassure.
N’avoir rien à tenir, rien à quoi s’accrocher.
Que ce qui reste là, fidèle à l’invisible.

Dans mon sommeil déjà au large, c’est tout
le fracas de mon corps que je sens sans savoir.
Et tous nos amours qui se mêlent.

En attendant, sur le bureau,
depuis qu’on lui donne plus d’eau, le papyrus s’éclate.

La maison est tranquille.
Et tout ce vent autour, comme si c’était nous.

Photo : SOUS LE VIADUC – Février 2021 * Montréal

Adhérence

avec les larmes d’après l’amour
ce même désir d’errance

et la neige si bleue
d’être si blanche sous le soleil

déjà qu’on en a peu
de ce ciel

je ne rêvais jamais de New York
et là j’irais
y passer quelques jours

tout ce temps qui retient
l’adhérence du vent

seulement
c’est ce qu’on aurait fait

·


Photo : BIRDS – Février 2021 * Montréal

Un courant chaud

J’y réponds vers le jour. De quoi faire une tache
sur le même tableau. Un poids fragile, de patience
et de roche, pour détourner un courant chaud jusqu’à
ton corps à la dérive, et trouver dans les vents qui changent
nos regards qui se mêlent. Le bel obscur qui se faufile
au détour des montagnes. Et l’âme qui tient du néant,
du chaos germinal. De quoi embrasser l’aube
au dernier soupir de la nuit.

Photo : BONTÉ D’HIVER – Février 2021 * Montréal

La glace et les moineaux

La cuisine est encore sombre. L’aube achève et la neige rend le dehors plus clair qu’il ne le serait l’été.

Je me demande souvent ce que tu dirais. Pour redonner au vent ce qui lui appartient. Je te parle la nuit dans l’espoir de t’entendre.

Depuis que je suis levée, aucun oiseau n’est venu dans les branches du lilas.

Hier, il a fallu verser plusieurs seaux d’eau chaude sur les marches du balcon avant. La neige qui glisse du toit avait rempli l’escalier et on a trop attendu, tout a gelé. Une fois la glace accrochée au tapis de jute, la pelle ne suffit pas à la tâche. Il va faire de plus en plus froid dans les jours qui viennent et ça n’allait pas fondre tout seul.

Je viens de voir deux moineaux. L’un d’eux ébouriffait ses plumes. De l’espace pour plus de chaleur.


Photo : LAUGHING WATER – Février 2021 * Montréal

Le désir qui tient

Ces mots où tu parles du lac.
De la terre, et du désir qui tient.

L’hiver ici bat son plein.
Les jours ressemblent à la neige, soumis à tous les vents.
Chaque matin qui relance le sens à la dérive.

Par la fenêtre, les flocons dégringolent.
Les uns contre les autres. Le sublime qui s’accroche.


Photo : SOIR D’HIVER – Février 2021 * Montréal

Où qu’elle aille

il est revenu tanguer
le vent
avec la neige folle
le piano et les mots
dans le sommeil de l’ourse

tu la vois
qui s’enferme pour échapper au bruit
dans l’ombre de la neige – parce qu’elle n’a pas fondu –
le visage est resté de la femme en colère

à quoi sert d’engranger le soleil?

quand tu la vois trop propre, redis-lui la manière
celle de l’aube restée amoureuse du temps


Photo : AU PIED DU JOUR –  Janvier 2021 * Montréal


Janvier qui se ressemble

et ce grand noir et blanc sur le mur de la chambre
un Salgado que j’aime toujours autant

mon café est parfait

et devant les maisons
la neige qui reste là

janvier qui se ressemble

t’as raison que le temps n’arrête pas la danse

Photo : SE PARTAGER LA ROUTE – Janvier 2021 * Montréal

Et pareil les corps figés

pour une fois c’est toi que j’entends
qui chantes la neige /
de mon côté de la grande eau
je trouve aussi dans la blancheur
le beau sens des jours / et pareil les corps figés
devant le champ de ronces / la même peur
de la déchirure / et tous ces dos tournés
à la forêt qui brûle

Photo : LUMIÈRE DU SOIR – Janvier 2021 * Montréal


À deux pas
Mais t’es où? Météo
Du port, on voit
D’abord le vent qui frise la mer
Les rives sont désertées
Quand arrive le grand air des tempêtes.
La nuit noire souffle alors en bourrasques
& les jours, qu’on croyait se répéter sans fin,
prennent un gout de naufrage.
Ici, le temps n’arrête pas la danse & on vit le climat.
De l’eau, de l’air & les vagues qui claquent.
La nature qui s’accroche en lichens
& les arbres poussent adossés au vent.
La neige est très loin dans les mémoires
Le gel, le grésil, la grêle, quelquefois.
⚪️⚪️⚪️⚪️
🌬Amical mirliton
🌑🌑🌑🌑
No more posts.