autant de fadeur de bleu de quoi faire un beau ciel d’hiver d’hiver près du printemps du printemps qui s’amène on s’y mettra à trois comme sur un jour de veine comme à ces biscuits de carême que ma grand-mère nous tendait malgré les creux du monde et les immenses peines et tout ce temps comme elle on se retiendra de tomber à l’envers de l’amour à l’envers des jours
PHOTO : ET LA LUMIÈRE QUI BOUGE * Hier midi – Montréal
Il y a toujours le train et les petits matins, la liberté trouvée à s’assoir tranquille. Et la neige qui s’apprête à fondre, il en reste encore tellement. Puissent la pluie et le soleil y aller doucement, ne pas trop inonder les caves. Et puis il y a ce qui survient et ce qu’on a du mal à faire sans qu’on sache toujours pourquoi. Les pensées qu’on promène entre la ville et la montagne. Les cailloux qu’on met dans ses poches pour les trier le soir. On pense souvent à celle qui voudrait mieux comprendre. Et on cherche une explication autre que celle de la broussaille et des mollets égratignés, celle des bosquets épineux qui prennent des bouts au passage. Bien des jours se sont écoulés. On aura glissé sur l’asphalte et cru mourir un peu. Mais le printemps s’en vient adoucir le vent.
Chaque jour je fraye avec le doute. Celui-là même qui semble vous laisser tranquilles, si épris de vous-mêmes, si certains de vos cibles et de vos ambitions. Si insensibles, voilà.
Bienheureuses les heures, qui coulent de rivière. Comme les gouttes qui se perdent et qui se laissent être perdues.
On m’a élevée naïve, dit Maude. Une forme de bénédiction peut-être mais aussi une condamnation à ne jamais vraiment saisir d’où vient la cruauté.
Ce matin, le ciel est laiteux et le jour étrangement sombre. La rue est brune et sale. Il reste plein de neige blanche. Il y a de la pluie sur la vitre. Et mon café est bon.
Et le monde qui reste le monde. Avec sa bêtise et ses guerres. Son besoin petit de pouvoir.
PHOTO : ET DE LONGER LA VOIE FERRÉE * Hier – Montréal
Le ciel est bleu et blanc. La boule rouge oscille encore, les jours continuent de neiger. L’hiver n’a pas l’air de comprendre que le temps est venu pour lui de plier bagage. Et encore d’autres bouts d’histoire. De ce tissage mêlé, qui s’amuse à se démêler, à faire croire à des choses. Ma mère a aimé un poète et a marié un commerçant. Mon père aimait les poètes et a été un commerçant. On ne se voit qu’à bout de peines, à bout de rires, à bout de temps.
PHOTO : LE CORPS PENCHÉ PAR EN AVANT * Hier – Montréal
quand un haut lieu s’effondre ou dans ces matins froids où viennent quand même les oiseaux le coeur rêve encore de peindre les ailes et le duvet des anges
et la neige tombe si belle et ce vide entre les flocons – combien de choses qui nous séparent comme pour veiller sur un miracle
PHOTO : MOINEAUX, BALCON ET CORNOUILLER * Février 2026 – Montréal
quelqu’un passe dans la pénombre de la rue avant l’aube on pourrait en faire une histoire, il y aurait sûrement de la neige la lumière prendrait le chemin qu’elle prendrait et les oiseaux sauraient des choses qu’on ignore je ne sais toujours pas si on perd vraiment à se perdre je ne sais rien sinon peut-être que l’absolu finit toujours par bifurquer et ces silences qu’on fait nôtres cet instinct de se taire comme une peur de mourir et toute la peine aussi, si immense en dessous qu’on partage malgré tout mais on a les châteaux qu’on a, m’a dit un jour un petit roi – déjà de pouvoir être tendre dans ces jours qui nous appartiennent
Photo : ET LE PRINTEMPS S’EN VIENT * Avant-hier – Montréal
un matin clair avant la suite et tu dis que tu ne sais rien sinon que quand dedans t’enferme dehors est une revanche, un lieu loin du tapage – d’être la branche et puis l’oiseau ça reste ton coeur et ton âme
les mains sur le tableau, c’était déjà le même voeu de débouter l’ennui comme on fait d’une peine
je ne sais pas je ne sais rien sinon qu’on a encore le temps
C’est février. Et j’aime encore ma ville même si les rues sont crottées, que les moineaux sont fatigués, et que même les arbres n’ont plus l’air d’y croire.
Tout s’en va vers une autre histoire.
L’hiver a été blanc. Et rude. Mais rien n’arrête de changer.