Pour y bercer le rire

je nous ai vus
qui courions loin de l’aube
vers des miroirs éclatants et de grands paravents
et puis je nous ai vus nous aimer comme des fous
sous un ciel aussi vaste que nos yeux devenus
à rêver d’un monde où le tendre
ne se lasserait pas

et partout il y avait le temps
qui jamais ne se perd ni jamais n’est perdu
qu’importe le lit ou la rue, le beau ou l’ordinaire
le temps
pour y bercer le rire jusqu’au bout de la nuit
tant qu’il y reste un coeur encore ému à prendre

Photo : LE ROSE D’I * Sur le mont Royal – Octobre 2018

Stupeur et froissement

L’esprit disloqué par le poids.
Le poids de rien, surtout.

Puis un froissement de désir.
Pour le corps dans l’espace.
Sa lourdeur et sa gravité.

Dans des bras, peut-être.
Mais aussi.
Sur le plancher d’une ville.
Ou par le ciel d’une fenêtre.
À regarder le temps.

Un froissement de désir.
Et le monde t’a réapparu.

Photo : IMPRESSION D’OCTOBRE – Hier, rue Laurier * Montréal 2018

Par petits matins

hier on a poussé à droite
encore la peur qui a parlé
un peu plus fort que la veille

vivre
par petits matins, petites heures
jusqu’à plus rien
jusqu’à plus d’air ni de temps
plus de ciel ni de vent
déjà
pouvoir en être
infiniment

Photo : LES SANS-GUERRE – Montréal * Septembre 2018

Éloge de la profondeur

le douze septembre
la rosée brille sur le feuillage bas
le soleil a franchi la montagne d’en face
et doucement il réchauffe ta joue

le trente du même mois
une photo pour ton cerveau plastique
tes yeux qui ne savent pas faire le vent sur ta peau
ni l’odeur de la brume dans l’air

Photo : DANS UN DES CREUX DE L’AUBE – Septembre 2018, Lac Kenogami

Chimie d’automne

midi versant de poésie
je chassais l’ombre entre les lignes
quand un rayon
furtif comme il s’en peut
a transformé le gris en or
et que le jour
jouant de sa magie
m’a appelée dehors

Photo : TERRE D’OXYDE – Hier, sur le mont Royal * Montréal 2018

Dans l’intimité

dans l’intimité du matin
et de la pluie d’automne
tu l’aperçois soudain

ton désir plus vivant
au seuil des petits gestes
et des petites choses

dans l’intimité du matin
et de la pluie d’automne
quand se fane la rose

Photo : TRANSPOSER LE JOUR – Septembre 2018, Montréal

Faux de rat

samedi de vent sur ma ville
et la lumière qui dore tout
ça y est, le temps bouge
faux de rat mi-fer

le secret des ombres
l’âme qui recèle
jusqu’au corps muet
le doigt sur les lèvres du jour

ce grand silence qu’on interprète
le monde est quantique
avec un c aussi
et je l’aime comme ça

Photo : MI-FER – Hier, sur le Plateau * Montréal 2018

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