plus désarmée qu’hier
je traîne autour des roches
un coeur qui sait encore se fendre
devant le cruel et le beau
le vent qui sent la mer
et les nuées d’oiseaux

Photo : MÊME ROUTE, MÊME SOIR – Octobre 2026 – Là-haut, le long du fleuve
plus désarmée qu’hier
je traîne autour des roches
un coeur qui sait encore se fendre
devant le cruel et le beau
le vent qui sent la mer
et les nuées d’oiseaux

Photo : MÊME ROUTE, MÊME SOIR – Octobre 2026 – Là-haut, le long du fleuve
Figure-toi ce qu’il en serait
de remettre de l’ordre dans la passion,
dans toute cette fragilité et cette ardeur.
Ce serait comme vouloir mettre de l’ordre
dans l’expérience vécue du soleil.
Normand de Bellefeuille, Notte Oscura
je me souviendrai du matin
du soleil aveuglant
de la route grande ouverte
et de ce sentiment que tout était parfait
et plus tard dans le soleil couchant
des oies blanches à grande marée basse
et du parfum
hallucinant des algues

Photo : BORD DE NUIT – Octobre 2026 – Là-haut, le long du fleuve
Bâtir à force d’étonnement. Et dans tout l’intime et le rire, sur le point de partir, dit-elle, regarder passer les passants. Qu’avais-je trouvé de mieux à faire?
Dans l’histoire des signes distinctifs, il y a ceux qu’on déteste aussi fort qu’on les aime et qu’on voudrait voir disparaître, mais auxquels on tient étrangement sans trop voir pourquoi.
Et puis l’envie peut-être aussi de prendre la vie comme elle est, d’accepter les imperfections et tous les aléas qui en font ce qu’elle est.

Photo : PETIT PARAPLUIE – Octobre 2026 – Montréal
Laine, soie. Même penchée, faudrait sans doute être un oiseau. En attendant, je déguise mes confidences pour à la fois les mots, à la fois le silence. Et ça même sans chevaux ni secrets de ruelles.
Le rideau s’est ouvert sur des feuilles presqu’immobiles. La cour est immensément belle et ma ville, tranquille. Quand bien même déboussolée, elle a tout gardé de l’automne.

Photo : AMOUR DE BANC – Octobre 2026 – Montréal
À force de mois et de pluie, le bain s’est vidé de ton eau. Une fois de plus, le temps a eu raison. L’histoire que tu imaginais n’a pas trouvé sa forme mais tes arbres sont là au milieu du grand champ.
En attendant, j’ai les orteils mouillés d’être sortie nu-pieds et d’être restée là, debout sur le trottoir, à me gaver de vent et de parfums d’automne. Si j’ai un libre arbitre, il loge dans mon nez et n’en sort jamais. J’écris ces mots avec les pieds qui sèchent.

Photo : Y SENTIR L’AUTOMNE – Octobre 2026 – Montréal
Dans la seconde où je m’assois, je revois la station-service du beau chemin de Saint-Armand, ses bornes à essence rouillées laissées là comme des oeuvres d’art sur le bord d’un grand champ. L’état de liberté que m’inspirait l’image tout droit sortie on aurait dit d’un film américain du temps où le rêve était doux.
Un an que des rats pillent la folle de mon logis. D’abord des rats américains, maintenant des chinois. Allez, dansez, tous autant que vous êtes, moi je m’occupe ailleurs.
Et puisque c’est l’automne, vous me trouverez surtout sertie dans la lumière chaude. Le doré en dit long et Irène l’aime tant. Je respire sans penser au monde. Plus ma route s’allonge, plus l’errance me rattrape.

Photo : RAYONS * Octobre 2026 – Montréal
aucune porte n’a claqué
aucune porte de bois
je n’aime pas le bruit pour le bruit
j’étais chez Z hier
où j’avale des doses hygiéniques
de résistance à la bêtise
et à la mienne aussi
et là qu’on fait comme d’habitude
et que rien n’a l’air de bouger
les câbles pendent entre les arbres
et la grisaille teinte les heures
de toute manière je sais
qu’on ira là où ça s’en va
j’entrouvre le même rideau
sans penser à la suite
quand je m’assois dans l’autre sens
la frange est longue, beaucoup trop longue
le temps fait toujours ce qu’il fait
et ça fait longtemps qu’on le sait

Photo : TELLEMENT MA VILLE * Septembre 2026 – Montréal
Faudra rivaliser d’humanité,
dit Jeanne. N’est-ce
pas, de toute manière, toujours
la chose à faire ? Peu importe
l’époque, le défi
semble être le même :
humaniser l’espèce.

Photo : DÉBUT DE PENTE RAIDE * Septembre 2026 – Montréal
How we spend our days is, of course, how we spend our lives.
What we do with this hour, and that one, is what we are doing.
Annie Dillard, The Writing Life
La nuit approche.
On a fait entrer les deux chiens par la porte de côté.
On reste là comme des pêcheurs au clair de lune –
on verra bien où ça s’en va.
Avec la mer gonflée à bloc à force de vents et de large,
on peut toujours imaginer.

Photo : AUX DERNIERS JOURS D’ÉTÉ * Septembre 2026 – Montréal
Presque à l’envers.
Maintenant que je revois le vieux bain près des arbres
et que tu n’es plus là pour en rire ou pleurer.
À mort les amours qu’on se garde pour les saisons tardives.
Et les beaux bateaux qu’on se monte.
Ici les plantes les plus fragiles ont trouvé leurs chambres d’hiver.
Le bout de bras était facile. Des pots. Rien que des pots.
Même la tiédeur s’en va.

Photo : LES GRANDS ÉCLATS DE JOUR * Septembre 2026 – Montréal