Tant qu’on aura le ciel et l’eau

et ce vieux bateau troué
qui s’amuse à prendre l’eau
dans la nuit qui s’achève

t’en fais pas, s’il le faut
on nagera jusqu’au désert
en glissant sur la peau de l’âme

on fendra le jour dans la vague
avec le vent derrière

il peut vaciller le bateau
frémir dans le souffle de l’aube

tant qu’on aura le ciel et l’eau

Photo : LA TRANSPARENCE DES JOURS – Au bord du lac Kénogami * Juin 2018

Ce matin pourtant

J’ai pris une dernière empreinte, celle d’avant le départ.
Pour que la beauté subsiste au-delà de l’instant.
Qu’elle me suive un peu.

J’ai pris le temps de prendre.
Par mes yeux, la montagne et le lac.
Par ma peau, le vent et le soleil.
Par mon nez, les pins et le sable mouillé.
Mes oreilles, le bruit de l’air et de la vague.

Et ce matin pourtant, sous le ciel bleu,
et avec dans la cour les roses, les sauvages,
celles au parfum qui m’enivre,
ce matin pourtant, j’y retournerais en courant.
Malgré l’empreinte. Ou à cause d’elle.

Photo : AU COEUR DU TEMPS – Au bord du lac Kénogami * 12 juin 2018

Morcellement

laisse-toi prendre, me dit-elle
sois l’eau et le bruant
dans le murmure de l’aube
il ne t’arrivera rien
que l’instant qui se meurt
et renaît au néant

et devant elle encore
ma béatitude

elle qui s’appartient
sans prière ni lieu
si entière et tranquille
dans son morcellement

Photo : MÉMOIRE DU VENT D’HIER – Ce matin, aux premières lueurs du soleil, au bord du lac Kénogami

Devant et toujours

devant toutes les heures 
qui succombent
criblées 
de nos histoires 
mondaines
puissent toujours 
le ciel 
et le vent
venir à bout de nous
et la nuit 
nous ramener
dans les bras de l’aube

Photo : L’ARDEUR DU TEMPS (combien de verts encore) – Mai 2018, Parc Lafontaine, Montréal.

Devant l’invisible

Un silence de trop peut-être.
Une eau qui chante, malgré le vertige.
J’attends que le jour me reprenne.
Dans le balancement de la feuille.

Le parapluie. La marche lente sous l’orage.
Un matin où les gouttes tombent plus fort que les pensées.
Comme une île qui se tait, je n’ai rien dit.
Je n’avais pas, sur le coup, le vent nécessaire.
Le chemin m’a portée ailleurs.

Un sentier. Le long d’une falaise.
Et en bas, là-bas, le fond.
Avec un rêve. À nourrir.
Devant l’invisible.

On en a tous un.
Celui-là était le mien.

Photo : LA PENSÉE – Vient de la même collection de photos trouvées dans une grenier de la Caroline du Nord. Celle-ci aurait été prise à Christiania (maintenant Oslo) en Norvège, quelque part entre 1898 et 1910.

À pareille solitude

parle-moi
dis-moi ce que je sais déjà
que je l’entende mieux

vois mes terres
jusqu’aux plus basses
qui émergent
doucement
par tes mots, les vrais
et mon cœur qui sort de l’eau

touche-le
prends-le que je sache mieux
l’arbre qui se donne au vent
et nos coeurs sur la rive


Photo : FILLETTE DANS LA PORTE * 30 mai 2018, Montréal

Jamais que le rêve

il y a la feuille, qui tombe ou se détache
et moi, qui ne suis jamais que le rêve
que je fais de moi et du monde
jamais que le rêve

Photo : GLISSER DANS LE JOUR * Fin mai 2018, Montréal

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