La vie se crée, la vie s’invente. Elle se fait, se défait. On ne s’y trompe pas.
On serait bien fin de comprendre que chez l’homo modernus, les corps et les âmes sont sculptés à coups de pensées et de mots. Ceux qu’on retient et qu’on oublie. Ceux qu’on entend et ceux qu’on lit.
Il était une fois un matin où le ciel était bleu. J’ai perdu mon chapeau de laine. La boule rouge tourne encore. La vie est un mystère.
Photo : LA FILLETTE BOTTÉE * Février 2026 – Montréal
Le retranchement du coeur dans un lieu immobile serait d’être avalée par ce qu’on ne sait pas, ne sait jamais d’avance. Ne me demande pas qui je suis, je m’y enfermerais moi-même. Fais-moi l’amour de ne rien dire que ce que le jour délivre. Des terrains vastes et habités. Qui ne sont à personne.
On était là, peut-être dix, j’oublie combien exactement. Mais je me souviens de la nuit, de la senteur de l’air, du silence des oiseaux. Et de mon regard plus perçant sur les aléas de la vie. Combien d’erreurs et pourtant combien de beauté.
Tu viens ? dit Laure. Où ça, dis-moi ? Au coeur du reste.
Même l’aube dérive. Alors d’y voir mes pensées mourir de leur plus belle mort. Les voir se faire une saison au milieu des pensées perdues.
Photo : EN HIVER, LA BEAUTÉ S’ÉBOURIFFE * Avant-hier – Montréal 2026
Un garçon s’en va à l’école. Il a pelleté l’escalier avant de prendre le trottoir. Il faudra dégager le nôtre. L’aube est venue comme d’habitude sans hésitation ni murmure. Et on voudra encore trancher d’entre le beau et le laid, le cruel et le bon, et le bien et le mal, et le vrai et le faux. Tracer cette ligne invisible qui raconterait le monde. Et moi qui suis faite de doutes avec un trou dans mon veston. On a perdu un autre fil au coulant des saisons. Mais c’est pas les fils qui manquent au filant de l’espace.
Si la poésie loge dans l’esse d’une lampe, le rebord d’un trottoir, le revers d’une histoire, elle s’échappe aussi vite qu’un gros rat de ruelle.
L’hiver est encore froid. Il est dur cette année, semble long de chez long. C’est le temps sur le temps. En attendant, on ne sait rien de plus qu’hier. On reste ignorant du mystère et quiconque prétend le contraire s’amuse à sa manière.
J’espère dans les simples gestes. Ceux qui sans doute changent le monde.
Photo : LES BLANCS EMPILEMENTS * Hier matin – Montréal 2026
La lignée reste souveraine. Et à défaut d’un penchant dur pour les versants ésotériques, on arrive surtout d’où l’on vient. On parle toujours ici de pente, bien sûr. En ce qui me concerne, je brode en bonne brodeuse, et je file en fileuse. Et je t’entends déjà me dire combien je fuis aussi, en bonne fugueuse que je suis.
La suite est mon histoire. Celle que je me raconte.
Photo : LE BEAU VIEUX PORT DE TÊTE * Janvier 2026 – Montréal
La boule rouge tourne souvent, c’est l’air chaud qui décide. Dehors, le ciel triomphe. J’ai une sonate dans les oreilles, comme hier sur la rue pour voir avec la neige. Rien n’est pire que rien et c’est ça depuis le début. Les âmes suivent la pente, de ce temps qui reste du temps.
Photo : LE SENS DES JOURS * Janvier 2026 – Montréal
– Laisse-moi à la Gare du Canal, me dit Vincent. – … Pourquoi ? – Parce que c’est pas la Gare LaSalle et que la Gare LaSalle me rappellerait un souvenir qui fut heureux mais qui mena au mauvais sort qu’est peut-être ma vie. – T’es sérieux ? – Pas du tout. – Alors pourquoi ces mots, dis-moi ? – D’abord parce qu’ils sont beaux. Et puis pour voir où ils iront et si tu les croiras. – Et toi tu les crois pas ? – Pas une seconde. J’ai trop d’intelligence pour nourrir des regrets. – Pourtant, s’ils te viennent à l’esprit… c’est que quelque part ils existent ? – Évidemment qu’ils existent. Le monde est plus vaste que moi. Et puis c’est vrai que j’ai coulé plus souvent qu’à mon tour sans doute. Mais je suis encore là. J’ai donc eu assez d’air pour survivre aux grandes profondeurs. Que devrais-je regretter, dis-moi… d’avoir osé, d’avoir été naïf, trop magnanime peut-être, de pas avoir eu assez peur ?
Photo : DANS LA PART DES JOURS * Avant-hier – Montréal 2026