Petit bonheur de pluie

la pluie cogne fort sur le métal
et assourdit le bruit
comme dans la chambre de mon enfance

n’empêche j’ai mal à mon silence – quand
je devine qu’il te dérange

vois-y ma faim
mon désir d’errance
certainement l’endroit d’où je viens
un jardin saturé de cris
où déjà je rêvais
de marcher seule dans le temps
tranquille parmi le monde

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Photo : VENDREDI SUR LA ROUTE – Dans la Petite Nation

L’odeur de la pluie

en arrière-plan, la nuit
l’autre précieux d’un monde fou
la même histoire qu’on répète
et le même ciel en toile de fond

ça pourrait être ce jour-là
le même sourire tendre
un piano qui se donne
pour une musique à mourir

dans l’exigu du temps qui passe
et la pluie qui sent bon
l’amour qui cherche une façon
on y sera ensemble

Photo : PRINTEMPS DE VELOURS – Hier – Montréal

Chapeau gris

j’ai beau vouloir en rire
en faire un poème drôle
l’en est pas moins que Mam O’Rose
m’a cousu un chapeau

c’est un grand chapeau gris
fait pour les jours de pluie

le problème, vous voyez
c’est qu’ par les temps qui courent
je l’ai toujours, même sous le soleil

dites-moi Mam O’Rose
pourquoi il me colle à la tête
votre grand chapeau gris?

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Photo : BELLA – Mai 2021 – Montréal

Dessus le jour

L’oiseau fait encore son chemin sur un espoir savant. Là où résonne le chant de l’humble, celui d’avant qu’on s’aliène la mort. Et tout ce temps dessus le jour, le poids des coeurs ne change pas.

Vous dire combien je l’ai vue belle malgré nos vaines prétentions. Là où le vent sait l’arbre, ses saisons et ses danses, on joue encore d’orgueil, de pouvoirs futiles. Jusqu’à perdre le pas, la tendre cadence.

Photo : ET TOUJOURS LA BEAUTÉ – Hier – Montréal

L’amélanchier

Charles vient de se lever. Debout à la fenêtre, il regarde la cour, le vieux lilas en fleurs. Lou s’approche de lui et glisse une tasse entre ses doigts.
– Ton café, my love.
– Merci.
– T’as bien dormi?
– Oui. Par morceaux, mais j’ai dormi.
Elle retourne à son livre. Lui reste là, sans bouger ni boire.
– À quoi tu penses?·
– À ma mère. Je suis content qu’elle soit partie. Qu’elle ait pas eu à vivre les brisants de cette dérive.
– I know.

Il fait plus doux depuis deux jours. La journée sera belle. Ils ont loué une camionnette pour aller chercher deux petits arbres à la pépinière.
– What do you say we plant the shadbush first? Comment on dit en français déjà… l’amélanchier?
– Oui… Tu voulais qu’on le mette dans le fond de la cour, c’est ça?
– J’aimerais ça, oui. Là où était le magnolia.

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Photo : D’ARBRE ET DE MUR – Samedi – Montréal

Danser avec les tendres

en écoutant l’heptade
le tendre qui chante comme un fou

la souche sous le bleu
et vos lèvres – perdues à mes yeux

tous les bâtons, les tâtons sous le ciel
et tout ce qu’on étend sur les corps pétrifiés

quand même c’est beau dehors – la pluie
et les branches de l’érable qui me disent le vent
et de danser encore avec les tendres fous

Photo : ELLE ÉTAIT BELLE – Hier – Montréal

Ça et tout

Encore le bruit de nos silences.
Assourdissants qu’ils sont, jusqu’à en oublier
l’immensité d’avril.

Étais-je plus habile dans le ventre de l’aube?
Et la chaîne et l’ardeur, et nos coeurs et nos âmes.
Tout ce qui reste pris et qu’on cherche à déprendre.

Et tu me dis doucement d’être ce que je suis.
Puisque c’est ça et tout
ce qu’il nous appartient d’oser.

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Photo : PORTES VITRÉES – Montréal * Mai 2021

Sous des ciels symphoniques

Pour M.

une dérive
petite ou grande
des moulins qui tournent carré

et cherche-t-on seulement
le roulant d’une eau tendre

j’écris sous des ciels symphoniques
en m’habituant à la musique
d’une note tordue
d’une envolée qui change

et nos corps dans l’histoire
qui s’aiment sans se le dire

après d’y jouer sur le temps
une escale à se vivre
avec de quoi, sur l’harmonique
trembler du soleil jusqu’à l’âme

Photo : LES TROUPEAUX SILENCIEUX – Route 327 – Avril 2021

Belle mule

deux heures belles
deux belles heures
à marcher dans la bruine
ô pluie tiède et divine
tant la beauté, en belle mule qu’elle est
sait faire fi de nous

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Photo : L’AIR LIBRE – Vendredi – Montréal

S’attarder ensemble

j’y pense
comme à un amour clair

un champ où les oiseaux
peuvent passer la nuit
ou s’attarder ensemble
dans les montagnes autour

et la lune qui se penche
si seulement j’étais la lune

tu dis qu’il y en aura encore
la vie regorge d’amours clairs

Photo : BORD DE BROUSSAILLE – Avril 2021

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