Fabulosus

Le ciel est bleu et blanc. La boule rouge oscille encore, les jours continuent de neiger. L’hiver n’a pas l’air de comprendre que le temps est venu pour lui de plier bagage.
     Et encore d’autres bouts d’histoire. De ce tissage mêlé, qui s’amuse à se démêler, à faire croire à des choses.
     Ma mère a aimé un poète et a marié un commerçant. Mon père aimait les poètes et a été un commerçant. On ne se voit qu’à bout de peines, à bout de rires, à bout de temps.

PHOTO : LE CORPS PENCHÉ PAR EN AVANT * Hier – Montréal

Protegere

quand un haut lieu
s’effondre
ou dans ces matins froids où viennent
quand même les oiseaux
le coeur rêve encore de peindre
les ailes et le duvet des anges

et la neige tombe si belle
et ce vide entre les flocons –
combien de choses qui nous séparent
comme pour veiller sur un miracle

PHOTO : MOINEAUX, BALCON ET CORNOUILLER * Février 2026 – Montréal

Cosutura

t’es si mal, dis-moi ?
c’est comme l’envers d’un jour, dit Laure
quelque chose qui cloche
ou de dire qu’on se cherche encore
nulle part ou jamais

si on savait à quoi ça tient
on recoudrait les manches
et les instants perdus

on dit souvent de l’hiver qui décline
qu’il a été trop long

PHOTO : LE VENT QUI RESTE FROID * Hier – Montréal

Possession

quelqu’un passe dans la pénombre
de la rue avant l’aube
on pourrait en faire une histoire, il
y aurait sûrement de la neige
la lumière prendrait
le chemin qu’elle prendrait
et les oiseaux sauraient des choses
qu’on ignore
je ne sais toujours pas si on perd
vraiment à se perdre
je ne sais rien sinon peut-être que
l’absolu finit toujours par bifurquer
et ces silences qu’on fait nôtres
cet instinct de se taire comme une
peur de mourir
et toute la peine aussi, si immense
en dessous
qu’on partage malgré tout
mais on a les châteaux qu’on a, m’a
dit un jour un petit roi –
déjà de pouvoir être tendre dans
ces jours qui nous appartiennent

Photo :  ET LE PRINTEMPS S’EN VIENT * Avant-hier – Montréal

L’ennui

un matin clair avant la suite et
tu dis que tu ne sais rien
sinon que quand dedans t’enferme
dehors est une revanche, un lieu
loin du tapage –
d’être la branche et puis l’oiseau
ça reste ton coeur et ton âme

les mains sur le tableau, c’était déjà
le même voeu de débouter l’ennui comme on
fait d’une peine

je ne sais pas je ne sais rien sinon
qu’on a encore le temps

Photo : ÉTAT DE FONTE * Hier – Montréal

Une autre histoire

C’est février. Et j’aime encore ma ville même si les rues sont crottées, que les moineaux sont fatigués, et que même les arbres n’ont plus l’air d’y croire.

Tout s’en va vers une autre histoire.

L’hiver a été blanc. Et rude. Mais rien n’arrête de changer.

Photo : TRAVERSER LE SOIR * Hier – Montréal 

Les sept lieues

La vie se crée, la vie s’invente. Elle se fait, se défait. On ne s’y trompe pas.

On serait bien fin de comprendre que chez l’homo modernus, les corps et les âmes sont sculptés à coups de pensées et de mots. Ceux qu’on retient et qu’on oublie. Ceux qu’on entend et ceux qu’on lit.

Il était une fois un matin où le ciel était bleu. J’ai perdu mon chapeau de laine. La boule rouge tourne encore. La vie est un mystère.

Photo : LA FILLETTE BOTTÉE * Février 2026 – Montréal

Deliberare

Le retranchement du coeur dans un lieu immobile serait d’être avalée par ce qu’on ne sait pas, ne sait jamais d’avance. Ne me demande pas qui je suis, je m’y enfermerais moi-même. Fais-moi l’amour de ne rien dire que ce que le jour délivre. Des terrains vastes et habités. Qui ne sont à personne.

Photo : FLEURS DE NEIGE * Février 2026 – Montréal

Au coeur du reste

On était là, peut-être dix, j’oublie combien exactement. Mais je me souviens de la nuit, de la senteur de l’air, du silence des oiseaux. Et de mon regard plus perçant sur les aléas de la vie. Combien d’erreurs et pourtant combien de beauté.

Tu viens ? dit Laure. Où ça, dis-moi ? Au coeur du reste.

Même l’aube dérive. Alors d’y voir mes pensées mourir de leur plus belle mort. Les voir se faire une saison au milieu des pensées perdues.

Photo : EN HIVER, LA BEAUTÉ S’ÉBOURIFFE * Avant-hier – Montréal 2026

Valse d’hiver

Un garçon s’en va à l’école. Il a pelleté l’escalier avant de prendre le trottoir. Il faudra dégager le nôtre.
L’aube est venue comme d’habitude sans hésitation ni murmure.
Et on voudra encore trancher d’entre le beau et le laid, le cruel et le bon, et le bien et le mal, et le vrai et le faux. Tracer cette ligne invisible qui raconterait le monde. Et moi qui suis faite de doutes avec un trou dans mon veston.
On a perdu un autre fil au coulant des saisons. Mais c’est pas les fils qui manquent au filant de l’espace.

Photo : ATTENDRE AU FEU * Hier – Montréal 2026

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