Presque à l’envers. Maintenant que je revois le vieux bain près des arbres et que tu n’es plus là pour en rire ou pleurer. À mort les amours qu’on se garde pour les saisons tardives. Et les beaux bateaux qu’on se monte.
Ici les plantes les plus fragiles ont trouvé leurs chambres d’hiver. Le bout de bras était facile. Des pots. Rien que des pots. Même la tiédeur s’en va.
Photo : LES GRANDS ÉCLATS DE JOUR * Septembre 2026 – Montréal
Il y eut une tristesse, la certitude qu’avec l’été, autre chose s’achevait. Michèle Desbordes, La demande
La vérité ne peut être atteinte qu’en rassemblant une grande variété d’erreurs. Virginia Woolf
quelqu’un a dit que tous les chevaux étaient fous mais je ne l’ai pas cru
quand je l’ai aperçue, D partait au théâtre elle est descendue en vitesse, on a jasé un peu, puis elle est remontée pour finir de se préparer j’ai traversé le parc en écrasant des feuilles mortes dans ma main sur le long banc de l’aire de jeux, la mère de Rose tricotait pendant que sa fille chantait en se balancignant il était question de malheurs, de temps qu’on voudrait arrêter et de chapeaux de laine
le chant des cigales s’est éteint les vieux gants de jardin n’ont presque pas servi
depuis une semaine déjà je guette les élans du froid dans le ciel de septembre et dans le vent qui se rend à mes pieds
Photo : OÙ LES ÂMES SE CROISENT * Septembre 2026 – Montréal
Memory, like a shoebox full of ocean. Laura Kasischke ∼
Il pleut à boire debout. Deux filles courent sur le trottoir en se tenant la main. Les deux en noir, des pieds jusqu’à la tête. Et je les aime à mort.
Dans mon rêve, ma mère était sauve. Et j’étais soulagée. Le tendre soldat à ses pieds a fait ce qu’elle a demandé, respecté ses voeux à la lettre en mettant de côté ses désirs outre-guerres. Mais l’autre pleure encore.
Écrire. Dans l’ardeur et la peine de ce qui est encore vivant. L’eau folle qui nous sépare et nous tient à la fois.
Photo : OÙ VONT LES JOURS, MAMAN, OÙ VONT LES JOURS ? * Septembre 2026 – Montréal
Dans la bonté des heures, la vie fait ce qu’il faut. Au fond, dit Laure, on ne change que peu. Avec le temps, l’horizon s’élargit et on apprend à vivre sans essayer de vivre.
Pendant ce temps, les feuilles se laissent tomber. Le ciel de septembre s’installe. Le vent d’hier était prenant. On ne verra jamais, dit Maude, qu’une infime partie de l’autre.
Et mon errance. Et les regrets que j’admets mieux en vieillissant à force de prendre la vraie mesure des jours.
Le ciel est noir et décidé. Du moins il en a l’air. C’est la désescalade, dit Laure. Ne reste qu’à espérer que les chiens connaissent la route.
– Et l’ambulance dans la nuit, t’en as eu connaissance ? S faisait les cent pas sur le trottoir. C’était pour madame M… Monsieur M est monté aussi… S les a suivis en voiture…
Le temps doux continue et je le prends au mot. Les rues de Montréal sont belles. Si vertes à la fin de l’été. Et mon amie a du chagrin. Du moins elle en avait hier.
les feuilles sur le métal et le long corridor permets-moi de rester béate malgré la bêtise infinie des amours insouciants tout ce qui s’échappe sans fin chaque fois sans bavure ou tombe sans qu’on ramasse
le soleil est venu sur ce mercredi de faim douce j’irai avec l’amie arrondir les coins de la table y faire trembler les petits murs de la cour d’école