Souffle d’automne

je suis de cycles et de vent
du premier au dernier matin
je l’imagine et je le dis
jusqu’à le porter dans mon souffle
je vis la mort de mes saisons
dans leurs envers et leurs ardeurs
des feux qui détruisent mon corps
à ceux qui enflamment mon coeur

mon chemin s’est tracé tout seul
je n’ai eu qu’à rester debout
la nuit bleutée me le répète
quand je lui tends un peu l’oreille
dans les états des jours changeants
rassasie-toi

LES DERNIÈRES MUSIQUES D'AUTOMNE - Fin novembre sur le mont Royal

LES DERNIÈRES MUSIQUES D’AUTOMNE – Fin novembre sur le mont Royal

Mouvances

J’attendais sous la pluie, au même feu que lui. Tu ressembles à un amant que j’ai eu quand j’avais vingt-sept ans. S’il avait eu un garçon, j’aurais juré que c’était toi. Dans l’instant, j’ai seulement imaginé et je l’ai écrit dans ma tête. Il pleuvait fort, on n’avait pas de parapluies. Autrement, je l’aurais sûrement dit, pour le plaisir d’un regard et d’un bout de vie partagé. C’était pas banal, il lui ressemblait tant. Et puis je suis comme ça.

Je m’accroche à l’espoir parce qu’ainsi je suis faite, et à la vie parce qu’on n’a pas le choix. Et je reste empressée comme au premier désir, au souffle chaud des premiers soirs qui nous attelle à nos amours, peu importe nos mouvances et les musiques de la nuit. J’ai de la chance. Et s’il faut qu’un jour je découvre qu’au vrai je n’ai fait que souffrir, j’en comprendrai que j’ai trouvé comment endormir le malheur dans les bras du bonheur, et me saurai privilégiée de voir mes rêves pour ce qu’ils sont et de n’en rien demander d’autre. 

Sur mon sentier de bohème, où l’on me croit errer parfois dans les galoches de la défaite, je continue de m’endormir en rêvant du prochain matin, qui me verra nomade encore dans tous mes lieux de permanence, courant les chemins sans barrières de mes plus belles solitudes, voulant larguer dans mes errances, aussi minuscules soient-elles, quelques poussières de noblesse, au travers les souillures et toute la bêtise alentour.

Qu’on me démasque, je n’ai rien contre, tant qu’on me laisse bercer mes songes comme il me plait de les bercer.

 

Comme ça

dire comme les arbres juste assez rien de trop
et faire comme les feuilles qui tombent à bon propos
le ciel qui neigera sans me voler ma vie
chez moi l’hiver s’en vient et je l’attends tranquille

je voudrais chanter comme ça
berçant l’oubli sans fêler les âmes
chanter comme ça
et conquérir le coeur d’avant
pour le coeur de devant
connaître la musique
celle où l’arbre monte toujours
sans jamais rien brandir pourtant
avec toute sa sève

éclater de rire en pointant
vers l’horizon qui s’ouvre
au milieu des lointains murmures
et entendre les mots portés
par les grands vents de l’âme
sur tous nos courants de tendresse
vouloir en couler de légers
qui chantent aussi forts que doux
et n’en verser pourtant qu’un peu
qui tremblent
si frissonnante je suis
de tant vouloir te dire
combien j’aime quand on se regarde
à travers les yeux de l’espoir
et tous les desseins de l’amour

S'AIMER, ET LE CHANTER FORT DANS LE VENT

S’AIMER, ET LE CHANTER FORT DANS LE VENT

Je t’aime et je t’aimerai, Paris

Souvent, et plus fort ces jours-ci bien sûr, je pense à elle qui m’a bercée et inspirée pendant cinq mois. C’était il y a douze ans. L’empreinte qu’elle a laissée ne pâlit pas, et Paris reste à ce jour l’une de mes plus belles errances.

Je dépose ici des extraits d’un recueil où sont réunis les courriels que j’ai fait parvenir à mes proches, durant ou tout juste après mon séjour privilégié dans cette ville. J’ai choisi quelques passages qui disent plus particulièrement mon amour pour elle.

Mes mots paraîtront naïfs à certains, mais l’amour fou me fait ça. Et c’est avec toujours le même amour que je les dédie à mes amis là-bas, et à tous ceux qui, comme moi, ont connu et aimé Paris. Et qui continueront de l’aimer et d’avoir envie d’elle malgré tout.

***

EXTRAITS CHOISIS, Journal de Paris, Courriels à ceux que j’aime, 2003-2004

MONTRÉAL, mars 2004 – (préambule du recueil)

Après deux mois à Paris, j’ai commencé à en écrire plus long à ceux que j’aime pour leur parler de mon quotidien là-bas. Le hasard et la chance ont voulu que je passe cinq mois au pied de la butte Montmartre, versant nord. Cette partie du dix-huitième est populaire; n’y circulent vraiment que ceux qui y vivent. Et selon Arnaud, mon gentil poissonnier de la rue Damrémont, les seuls touristes qui s’y aventurent parfois sont ceux qui se perdent en s’éloignant un peu trop du Sacré-Cœur.

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Mon cri

Ici, c’est la première neige. Y a une fine couche sur la table de la cour. C’est beau, tellement beau, mais je pleure. J’ai de la peine pour l’espoir, de la peine pour l’amour, pour la beauté des choses, pour la douceur de vivre.

Le poison du monde, la haine qu’on nourrit, les virus de l’esprit, nos cœurs qui se gèlent ou qui s’enflamment jusqu’à tuer.

Il y en a pour tout le monde ici-bas. Du ciel, de la terre, de l’eau.

Arrêtons de nous battre. Aimons-nous. Aussi fort qu’on le peut. Sans avoir peur.

Droit au coeur, le piège

je m’abrite contre la nuit
et je sais les amants transpercés pour toujours
mais la vie belle encore

s’il était que la terre craignait l’avalanche
je m’astreindrais moi
à craindre la guerre
en attendant j’aime couler
y a tant de rumeurs qui m’échappent
dans ce grand cinéma
les petits sièges
de haut en bas
les mains grasses des malfaisants
et la fortune des amants

et s’il était que l’air craignait les nuages
je pleurerais la fin de nous
et me tuerais heure après heure
à les pousser
vers tous les déserts oubliés
mais elle
ne peut n’être que piège
la vie
trop cynique ce serait
n’était-elle que manège
pour le seul plaisir des véreux
et des ingénus

AINSI PARLAIT LA RIVIÈRE, ET MÊME MOI PEUT-ÊTRE Hier, rue Ste-Catherine

AINSI PARLAIT LA RIVIÈRE, ET MÊME MOI PEUT-ÊTRE
Hier, rue Ste-Catherine

L’écrivain imaginé

Je sentais son regard se lever dans ma direction et retourner à sa feuille pour y écrire quelques mots. Je n’avais qu’une courte fenêtre de temps pour agir, et dès que je le voyais pencher la tête, j’enlevais mes doigts de devant l’objectif sous la table et je mitraillais un coup.

Je me suis plu à nous imaginer dans une même histoire, où l’on s’inspirait l’un de l’autre. L’écrivain qui écrit sur l’inconnue qui lit devant lui contre le mur d’en face, et elle qui guette les occasions de voler son image. Qu’elle rendra floue de toute façon, et qu’elle sait déjà belle, ce qui l’excite.

Entre chaque tentative, elle replonge distraitement dans un petit livre bleu presque noir – s’il a d’assez bons yeux, il en aura distingué le titre, Jean-Bark. Et si ce qu’elle a aimé croire est vrai, il aura sûrement écrit quelque chose sur ses yeux à elle, c’est ce qu’on remarque le plus souvent dans son visage.

Ce qu’il n’aura pas pu écrire, c’est que le long foulard enroulé trois fois autour de son cou a été fait par son amie Anna, qui le lui a offert quand elle lui a dit qu’elle le trouvait beau. Pas plus qu’il n’aura écrit que le cache-col qui s’y emmêle, une dentelle de laine gris-bleu, lui vient d’une autre amie, Anne, qui l’a fait expressément pour elle. Ni non plus que depuis très longtemps, dès que la température se refroidit de quelques degrés, elle en met plus que moins sur sa gorge sinon elle se sent nue. Ni enfin combien porter des choses faites par des femmes qu’elle aime lui inspire le bonheur.

Si ça se trouve, c’était un maître d’école qui notait des copies d’élèves. Mais c’est sans importance pour elle, l’imagination étant une si tendre maîtresse.

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