Pianissimo-canicule

hier
j’ai fait queq’z’heures avec gaby
sur un gros bateau
sur l’eau, le fleuve, le beau fleuve
et plein d’autres beaux vieux
amochés
une sortie organisée
des vieux qui relativisent
beaux j’vous dis
pis j’suis revenue par st-laurent
j’l’ai montée comme on monte un fleuve
pour toute la beauté du monde
on aurait dit quarante à l’ombre
mais j’aime la chaleur
la grande
ç’aurait pu être une photo d’eux
tous autant qu’ils étaient
eux, les vieux
mais j’trip sur cet autoportrait
dans la vitrine d’une galerie d’art
j’ai marché lentement depuis l’port
c’était bon, j’étais bien
toute la journée depuis l’matin

AUTOPORTRAIT DE CANICULE - Devant la galerie du  Viaduc À travers la vitre, on distingue des fragments d'une oeuvre de Pierre Lamarche

AUTOPORTRAIT DE CANICULE – Devant la galerie du Viaduc
À travers la vitre, on distingue des fragments d’une oeuvre de Pierre Lamarche

T’as bien fait de venir

je passe mai dehors, les pieds dans le jardin
c’est à peine si j’en sors jusqu’à la mi-juin
en juillet je l’arrose quand il a besoin d’eau
si jamais tu venais…

y a ta joie et tes rires
et ta peine et tes larmes
comme un vent au matin sur la mer
et l’amour qui s’invente au tournant des rivières

ta joie et tes rires
et ta peine et tes larmes
comme une ligne de soleil sur un champ
et des feux de silence sur un grand ciel d’aurore

t’as bien fait de venir
et quand tu reviendras
je serai là encore

AU FIL DES CHOSES

AU FIL DES CHOSES

Tellement (la pleureuse)

… tellement la rivière a gelé
tellement sa rive s’est érodée
comme ce souvenir de toi
qui s’en va un peu malgré moi

j’oublie la forme de tes doigts
le son reposant de ta voix
tes grands yeux accrochés à moi
tellement que je n’voyais que toi…

Si cette chanson me tient à coeur, c’est beaucoup parce que j’y sens et j’y entends mes racines québécoises. Elle n’a mis que quelques heures à venir au monde, et c’était il y a quelques années déjà. En la composant, j’ai eu l’impression qu’elle existait depuis longtemps, quelque part dans l’univers.

Je vous l’offre aujourd’hui, aussi inachevée soit-elle, en la dédiant à mon père, qui est parti beaucoup trop jeune, un 24 juillet, il y a de cela vingt-cinq ans… Pour toi, papa.

UNE TOMATE POUR DÉJEUNER

Il s’éveilla reposé. La chambre était plongée dans le noir, sauf pour un filet de lumière qui traversait le plancher depuis la fente du rideau.

Il sauta dans la douche et finit avec un bon coup d’eau froide, content de pouvoir jouir d’un jet fort et vivifiant. Il s’habilla vite et fonça dehors. L’air chaud sur sa peau et la hauteur du soleil lui firent comprendre que le matin était déjà avancé. Ne voyant personne autour, il fit quelques pas sur l’allée d’ardoise, cueillit le premier gros fruit rouge qui s’offrait à lui, et le mangea avec bonheur en laissant son regard errer au hasard.

Le lieu était plus charmant qu’il ne l’avait cru la veille. Dans la lumière du jour, les murs de la chapelle délabrée prenaient une allure poétique. Deux arbres énormes se penchaient sur la moitié de la cour, comme pour la protéger. Quant au potager, savamment clairsemé de fleurs sauvages et d’herbes hautes, il semblait parfaitement exposé. On sentait partout la présence d’une main aimante.

Il arriva tranquillement au bout du bâtiment, où le terrain montait en pente. Une barrière était entrouverte, comme une invitation. Il la franchit et grimpa sans réfléchir. Enlacées dans un hamac tendu entre deux arbres, il reconnut la serveuse et la fillette du bistro. Les deux semblaient dormir paisiblement. Il sentit sa poitrine se serrer et, retenant son souffle, il recula d’un pas et s’enfuit comme un voleur.

Il retourna à sa chambre et s’étendit sur le lit. Au bout d’un moment, il alluma son cellulaire et vit qu’on lui avait laissé plusieurs messages. Il allait les prendre, mais se ravisa. Il attendrait quelques heures encore avant de réintégrer sa vie.

LA BUTTE

LA BUTTE

Juillet sur un dimanche

il a plu cette nuit
de longs longs filets
qui tombaient en musique
entre les grondements de l’orage

ainsi par deux éveils
au coeur de la noirceur
j’ai pu tendre l’oreille
comme aux vagues de la mer
et au grand coulant des rivières

et là, ce matin
un filet de soleil frappe la maison d’en face
et dessine de l’espoir sur le trottoir mouillé
le ciel se dégage on dirait

j’ai moins l’cœur à vouloir que je l’ai à donner
le temps m’ayant fait voir que j’ai raison d’aimer

AU BOUT DE LA RUELLE - Hier, Mile-End, Montréal

AU BOUT DE LA RUELLE – Hier, Mile-End, Montréal

L’annonce de l’orage

mon amour pour la terre
la mer et les rivières
comme mon amour du vent
me prêtent mille fois raison

près de la fenêtre
la brise me parle de l’orage
et du bel arbre aussi
ses longues branches qui retombent
et ses feuilles qui se replient
tout doucement et simplement
tandis qu’il vit tout ce qu’il est
dessous le ciel qui change

j’ai moins l’cœur à cueillir que je l’ai à semer
le temps m’ayant donné tant de belles choses à voir

UN SOUFFLE ENTRE LES FEUILLES - Mont-Royal, juillet 2015

UN SOUFFLE ENTRE LES FEUILLES – Mont-Royal, juillet 2015

La rondeur du temps

comme un grand cercle dans l’instant
un endroit où me vivre
sans rien perdre de l’écho des heures

vain de vouloir m’accrocher
et vain de les vouloir parfaits
aussi bien les faire fuir

les mots les gens les jours

j’ai moins l’cœur à changer que je l’ai à me vivre
le temps m’étant précieux comme l’eau des rivières

MARCHEUR DE JUILLET - Montréal

MARCHEUR DE JUILLET – Montréal

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