Il veut vite le monde

le vert et le printemps
et un vent
à écorner les boeufs

un petit son country
et des fenêtres grandes ouvertes
sur un samedi ensoleillé
plus rien d’autre à vouloir, je dis
que des enfants qui se balancent
sur le début de leur histoire
d’une histoire qui leur sera tendre
cousue d’amour-accoutumance
et de grands tiroirs à l’envers
quand on s’en fait pas avec ça

une histoire obsolète
me dira-t-on peut-être
parce que le monde va vite
qu’il veut vite le monde
et que cette histoire-là est lente
et ne veut rien que de vivre

Photo : POUR LA SUITE DU RÊVE – Avril 2017, Montréal

Simone, la finalité et les ruisseaux

C’est pas souvent qu’elle parle autant, Simone. C’était hier, au café. Même qu’elle ruait dans les brancards, pis pas à peu près.

« Est-ce que t’embaucherais un historien, toi, pour enseigner l’éducation physique? Ou un joueur de football pour enseigner l’histoire? Non mais quand même. Dans un monde où la finalité n’est plus l’homme mais l’entreprise, on continue d’élire des clowns ambitieux. Ce que ça me dit moi, c’est qu’y a plus grand monde qui sait réfléchir. Et qu’il est grand temps de donner le pouvoir aux philosophes et aux poètes. Et même là, seulement à ceux d’entre eux qui aimeraient mieux ne pas l’avoir.

En attendant, ça fait longtemps qu’on aurait dû rayer de la liste certains prétendants. T’as fait une émission populaire où tu vendais du rêve? Tu peux pas. T’es à la tête d’une sorte de cartel médiatique? Tu peux pas. T’as une entreprise florissante qui fait travailler des Cambodgiens ? Tu peux pas. Et ainsi de suite, tu vois le genre.

Au final, pas besoin d’éplucher le monde. Il va nulle part, de toute manière. Par chance, ses printemps valent toute l’existence. Et les ruisseaux continuent de couler. Certains même jusqu’à nous. Comme si on était la mer. Un peu naïfs peut-être, mais toujours beaux, les ruisseaux. »

Elle perd jamais tout à fait espoir, mon amie Simone.

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HIER, SOUS LA PLUIE

Tomber, tombe et retombera

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N’attends pas l’or, lui dit-elle.
Viens rire avec moi à la place.
Sur les trottoirs craqués.
À l’orée des vieux boulevards.
On lira au pied des arbres.
Et on tombera amoureux fous.
Tomber, tombe et retombera.
Rappelle-toi le bruit de nos pas.
Et la tête de chat sous la pluie
par la fenêtre de l’autobus
au mois d’avril de l’an dix-sept.
N’attends pas l’or, mon amour.
Viens rêver un peu avec moi.

Photo : LE CHAT DE LA RUE PAPINEAU – Avril 2017, Montréal

Les larmes du printemps

On se méfie de la beauté peut-être.
On avance en regardant autour, partout, pour ne pas tomber.
Comme si les habitudes étaient condamnées d’avance.
On y perd sans doute quelque chose, dit-elle.
Que veux-tu dire?
Rien, je n’ai rien dit.
Le désert est grand et moi je suis petite.
Par chance, c’est avril. Je vois les crocus. Et je croque.
Mieux.
Plus fort qu’en février.
C’est l’histoire qui se répète. Mais sa répétition m’est douce.

J’ai cent mille raisons de t’aimer.
Cent mille raisons d’aimer le monde.
Et j’en ai encore plus au printemps.

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REGARDER LES PIGEONS – Hier, dans le Mile End

Le début et la fin

Faut pas t’en faire avec ça, lui dit-elle. 
Toute ta vie, tu ne seras qu’un début de poésie.

Comme une fleur qui se contente de vivre. 
Un bourgeon qui éclate. À l’entrée, jusqu’à la fin du jour.
Comme la gueule grande ouverte d’un loup qui sait tout.
On est immenses, et toi aussi.
Ta nature n’y fait rien, même si elle y fait tout.

Sois ce début de poésie. Ce morceau, ce départ, cette danse.
Et tu seras la poésie entière.

Photo : MONANDRE – Il y a deux jours, sur l’avenue De Lorimier

L’espoir des bateaux

Surtout n’oublie pas la délicatesse. On s’en sortira. Nos amours sont des anges troubadours. On s’en sortira. Pour voir derrière le mur, suffira de s’ébattre, de revenir en arrière peut-être, et de tourner sur nous-mêmes. Parce que l’histoire se répète, pour nous et les autres. Les désespoirs nous emportent comme des bateaux sur l’océan. Et puis ils nous ramènent pour la fin. Et la suite. On se réinvente, et puis ça y est. Les enfants nous font rire à nouveau. Nos cœurs battent, et ça suffit.

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LE PENCHANT – Hier, sur l’avenue De Lorimier

Entre trompette et parapluie

entre les branches de ton cœur
je me sens comme une histoire 
à peine commencée
c’est peut-être ce qu’on se dit
sans trop jamais rien se dire

y a moi qui aime le silence
et y a toi qui le sais
moi qui vis mieux dedans
sur les mots qui s’envolent pour mieux trouver le cœur
sur les sourires aussi
comme des berceaux de chenilles
y a rien qu’à s’y cacher l’instant d’un matin doux
le monde est cachotier et c’est très bien comme ça
je n’ai besoin de temps que pour être avec toi
avec un peu de chance il ne pleuvra pas trop
et on n’aura pas à choisir
entre trompette et parapluie

entre les branches de ton cœur
je trouve encore une histoire
où je peux me cacher le temps d’un matin doux
et si le monde est cachotier
on n’y peut rien et c’est pas grave
fais-moi ce que tu sais
en silence surtout
pour que les mots nous trouvent
comme ça peut-être
on n’aura pas à choisir
entre trompette et parapluie

Photo : DÉPANNE – Il y a deux jours, rue Beaubien

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