Éloge de la profondeur

le douze septembre
la rosée brille sur le feuillage bas
le soleil a franchi la montagne d’en face
et doucement il réchauffe ta joue

le trente du même mois
une photo pour ton cerveau plastique
tes yeux qui ne savent pas faire le vent sur ta peau
ni l’odeur de la brume dans l’air

Photo : DANS UN DES CREUX DE L’AUBE – Septembre 2018, Lac Kenogami

Chimie d’automne

midi versant de poésie
je chassais l’ombre entre les lignes
quand un rayon
furtif comme il s’en peut
a transformé le gris en or
et que le jour
jouant de sa magie
m’a appelée dehors

Photo : TERRE D’OXYDE – Hier, sur le mont Royal * Montréal 2018

Dans l’intimité

dans l’intimité du matin
et de la pluie d’automne
tu l’aperçois soudain

ton désir plus vivant
au seuil des petits gestes
et des petites choses

dans l’intimité du matin
et de la pluie d’automne
quand se fane la rose

Photo : TRANSPOSER LE JOUR – Septembre 2018, Montréal

Faux de rat

samedi de vent sur ma ville
et la lumière qui dore tout
ça y est, le temps bouge
faux de rat mi-fer

le secret des ombres
l’âme qui recèle
jusqu’au corps muet
le doigt sur les lèvres du jour

ce grand silence qu’on interprète
le monde est quantique
avec un c aussi
et je l’aime comme ça

Photo : MI-FER – Hier, sur le Plateau * Montréal 2018

Au lendemain, mon coeur

Je ferme les yeux. L’eau. Le ciel. Y être encore.
Il y a les fleurs pourtant. Et elles sont restées belles.
Je marche de la cour à ma table de travail. Vers mes mots de là-bas.
Façon de regagner la rive.

petite branche d’hier
carbonisée
et l’herbe mouillée du matin

les nuages glissent, paisibles
rien qui ne résiste aux caresses du vent
ni moi non plus

et la brillance qui dure
entre le ciel et l’eau

tout ce temps à vouloir
et pourtant
tout ce déjà qui se donne

petite marée
jusque dans mes veines

et le rire du huard
de l’autre baie, peut-être
difficile d’être sûre
c’est si vaste ici
et l’écho est trompeur

l’écho
mais pas mon coeur

Photo : LES PIEDS DANS L’ONDE VIVE, 15:30 – Lac Kénogami * Septembre 2018

Piano tendre et nuit noire

piano tendre et nuit noire
nouvelle lune
et les notes qui déferlent sans souci du tempo

perchée haut dans les aulnes, l’épervière se repose
l’été a presque fait son temps

je m’arrêterais ici, tu sais
dans l’éclatée dansante
quelque part entre la froideur de l’air
et la chaleur du sang

ici parce que ça tourne
au vent de l’onde claire

et cette corde, encore, qui tient la note comme l’aigle
liant nos envolées, nos échappées rebelles

j’embarque, tiens-moi, on montera ensemble
le jour connaît la route
et l’aube n’attend après personne

Photo : MATIN DE SEPTEMBRE, 8:22 – Lac Kénogami

Caïeu et calembour

On avait pourtant sorti tous les petits boyaux célestes. Mais les gouttes, trop éparses, ne changeaient rien à rien. La terre restait sèche et l’air aussi chargé.

Puis la pluie, torrentielle, a ciselé le sol et atteint le caïeu durci. Et tout ça, comme tous les cris d’amour, sans aucun tort en ciel.

Photo : ARRÊT D’AUTOBUS, FILLE ENCEINTE, MAIN SUR SON VENTRE – Tout à l’heure, rue D’Iberville, Montréal

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