Possession simple

Quand la notion de propriété permet les gestes les plus immondes,
qui va pleurer de simples guêpes?

Un nid gros comme un ballon de football.
S’il n’en avait tenu qu’à moi, je l’aurais contourné.
Jusqu’au grand froid, qui l’aurait décimé.
Mais je ne vis pas seule. Alors.
J’ai tué des guêpes.
Laissé tuer des guêpes.
Ravagé une colonie accrochée dans la cour.
Trop près de nos têtes, m’a-t-on dit. C’est risqué.

Et puis surtout, pourquoi donc se méfier d’un contentieux territorial?

Photo : VIVRE * 18 août 2019, Montréal

Le pesant doux

le vent frais sur mon bras
et mes orteils moins chauds qu’hier

les yeux sur le rideau qui flotte
je sens août qui décline

et nos pas qui se mêlent
s’emmêlent
et nos corps hésitants

qui de qui
de nos âmes danseuses

j’en aurais pris encore
du pesant doux de juillet
encore de ces jours lourds
qui me prennent à moi-même

le temps n’arrête pas sa danse
même sur l’été d’après
le dernier printemps d’elle

 


Photo : UN QUELQUE CHOSE D’AVANT – Dans le chalet du mont Royal * 16 août 2019, Montréal

Les belles oubliées

devant l’insaisissable
le solide et l’impénétrable
se payse l’art de la fuite
bienheureuse

d’un seul doigt la lumière
qui s’allume
et l’ombre devient rose

et ma peau, c’est vrai
qui se rapproche du papier
je n’avais pas remarqué, tu vois
ou j’avais oublié

c’est qu’il y a tant de choses belles
et tant de choses que j’oublie

Photo : VIVRE EN DESSOUS DU CIEL – Rue St-Laurent, Mi-août 2019, Montréal

Jours d’aronia


t’avais vu juste, oui
arrivés au bout d’une terre
la mer qui s’étend devant nous

et l’aube
qui ouvre le chemin

depuis hier, j’ai équeuté
des centaines de grappes d’aronia
que j’ai dû cueillir hâtivement
parce que des branches devenues lourdes
pendaient jusqu’à la rue
à hauteur de tête d’homme

pendant ce temps, la rivière
coule belle à en pleurer
vers ce qu’elle sait déjà

comme les vagues et l’horizon
nos finitudes qui se déploient

entre la lie et le liant
ce qui nous tient et nous sépare

en attendant, la nuit se donne
et le jour pareil

 


Photo : COULURES (autoportrait) – 13 août 2019, Montréal

Cerises et roses

j’aime encore les roses
aussi fort les roses
et t’aurais dû me voir hier
m’incliner devant elles
pour humer le cru
de leur rose dentelle

par chance que mon nez
compense un peu nos idioties

et après les roses d’hier
y a eu les cerises sauvages
qu’on a faites en coulis
puis sa voix tranquille qui m’a dit
j’espère qu’il y aura des cerises
quand je serai grande

Photo : LA VIE DEVANT ELLE – Le 9 août 2019, Montréal

Un cri quelque part

ne sachant pas de voix
ou laquelle écouter
je tends l’oreille au ciel
et à l’été qui passe

et là, tout de suite
à l’asphalte noirci par la pluie
et aux feuilles devant
presque parfaitement immobiles

encore ce grincement de la douche
qu’on a continué d’endurer

son double cri matinal
parce qu’il faut bien, semble-t-il
un cri quelque part

l’air est lourd comme je l’aime
et va savoir pourquoi je l’aime
un bonheur chaque été teinté
de mélancolie
sachant que rien ne dure

 


Photo : VILLE – Début août, Montréal 2019

A Sunday Morning Paradox

m’essuie à moitié et m’habille, fais mon café à toute vitesse
les mots se bousculent dans ma tête et je cours les écrire…

dans la douche – je pensais
aux gestes banals oubliés

je me souviens
des gens
des endroits où j’étais
des batailles
à se vivre

mais la matière des jours
les gestes de l’instant
le présent ordinaire

où avais-je
la tête ?

Photo : BEAU SOIR – 2 août, Montréal 2019

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