Et de nos corps

Furtive poésie.
Mon désir d’elle qui me sauve.
De sa rivière où nager plus nue que la veille
dans les courants du monde.

quand même la source est gorgée
de fracas et de gloires
et de blanc contre noir

un détour de plus dans le rêve
qui reste maladroit
de ces amours sans fard
et de nos corps sans y penser

et le vent qui garde la flamme
aussi brûlante que belle

Photo : UN MORCEAU DE JANVIER – Montréal 2021

Du temps de se taire

De nos corps électriques, le tien l’était le moins.
Si elle s’arrêtait là, l’histoire finissait bien.
Du moins, il m’a semblé.

de ma fenêtre
le ciel
le blanc de la neige
les voitures givrées
et le vide dans l’air

il paraît que l’amour
tiendrait à l’idée qu’on se fait
de vivre et de mourir

parle-moi quand même du corps
dans la nuit qui t’attend

de ces heures sans tristesse –
quand elle n’a nulle part où aller

et du temps de se taire
pour continuer d’aimer

·


Photo : L’HOMME QUI MARCHAIT – 7 janvier 2021 * Champ des possibles – Montréal

La belle insistance

une autre nuit à l’arraché
et là dehors plus belle que belle
sur les branches du vieux lilas
la neige –
sa blancheur parfaite dans l’aurore montante
comme une insistance à se dire

pour les pires visages du noir
il y aura eu cette maison
et maintenant cette histoire
le temps sait donc se faire avaleur de bohème –
et moi qui la croyais tatouée dans ma chair

et toujours là dehors
à l’abri d’un fil enneigé
des écureuils se courent après

Photo : HIER AU JARDIN BOTANIQUE – Janvier 2021 * Montréal

De cendre et d’amitié

C’est la fraîcheur qui règne. D’autres diraient le froid. Mais les jours se savent et le ciel pareil.

Aussi, la nuit reste la nuit et l’obscurité ne ment pas. Elle aime à me montrer l’exsangue. Et tout l’irréfléchi. Et qu’on se tait souvent quand on voudrait crier. Le on ici surtout ne m’exclut pas.

Et là-bas dans les heures, il y a aussi l’amie, la belle et son murmure. Qui me donne à entendre que passé le geste vénal, le bleu et l’ombelle l’emportent. Et qu’il se cache dans l’inédit un ressac bienheureux par où rejoindre l’aube. J’y trouve de quoi me faire un lit et un soleil, un ventre et un bateau.

Et même si je sais qu’à force de ma hâte je brûle les morceaux qui vaguent jusqu’à moi, je m’arrime à son geste. Celui qui voit le monde dans les éclats de cendre. Et qui, dans le grand jardin du chaos, s’attache à la fleur vivante.

·

Photo : LES ÉCLATS DE MA VILLE – Fin décembre 2020 – Montréal

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