La fenêtre fermée

devant la fenêtre fermée
j’ai mis un peu de musique
pour secouer le matin

c’est que septembre a fini
de se prendre pour juillet

tout a changé d’un coup hier
l’air, le vent, la lumière
jusqu’à la couleur de nos mots

le trottoir est cassé
et moi j’y trouve, tu vois
malgré nos vaines parades
une sorte de tendresse
qu’entêtée je ramasse
pour déjouer le désespoir

car si l’automne me fait douter
c’est souvent sa manière
sa beauté qui méduse
dans les élans du froid

bien petit drame
que celui-là

Photo : LA BELLE LENTEUR – 27 septembre 2017

Dans l’aube venue

En Norvège, au début du siècle dernier.

le temps d’un respir
ou était-ce un soupir

dans l’aube venue
et le silence du dimanche
la lumière toujours

si tu la voyais ce matin
l’orangé plus clair qu’hier
dans la blancheur des rayons

en attendant je veille encore
goûtant partout la liberté
même à te vouloir heureux


Photo : INCONNUE / LE GOÛT DES JOURS – Tirée de la même collection de photos trouvées dans le grenier d’une vieille maison de la Caroline du Nord. Celle-ci a été prise à Christiania (maintenant Oslo) en Norvège. Aucune date n’y est inscrite. Mais le photographe, Theodor Finne, a vécu de 1874 à 1938.

Semailles d’automne

les corneilles sont revenues
sur le trottoir d’en face
elles picossent et se tiraillent
les deux veulent toute la place
et mon esprit qui vagabonde
en faisant une grimace
peut-être que c’est vrai qu’à force
d’aimer on n’aime plus
peut-être que tout s’éteint
ou périt dans la glace
mais je sèmerai quand même
dans l’espoir qu’on sèmera
et qu’on voudra semer encore
dans le bel espoir de s’aimer


Photo : L’ARRÊT SUR PAUSE – Septembre 2017 * Près de chez moi

L’amour comme une rivière

carolinedufourembsc2

tu l’auras laissé t’emporter
sur le cours de tes jours
l’amour comme une rivière

sans trop penser à l’eau
aux bas-fonds ou aux pierres
éperdue de bohème
tu l’auras laissé faire


Photo : L’EMBOUCHURE DU LAC – Septembre 2017 * Dans la baie Simon Couche

 

Le corps sauvage

carolinedufourjeufioem.jpg

Quelque part sur la Terre, il y a plus de cent ans.

le matin gorgé de soleil
m’a ramenée près du ruisseau
j’y avais amassé des feuilles
elles sont reparties dans le vent

je suis restée là sous le ciel
à me gaver de lumière douce

le vent sait vivre, je me suis dit
lui qui danse à s’en mourir
avec le vide
amoureux de l’humeur des jours

et mon printemps qui s’en ira
et mon corps que je sens sauvage

je n’espère que la force d’âme
de me tenir loin de vos cages


Photo : INCONNUE / AU SORTIR DE L’ENFANCE – Vient de la même collection de photos trouvées dans le grenier d’une vieille maison de la Caroline du Nord. Celle-ci ne portant aucune inscription, je suis portée à croire, vu les dates et la provenance des autres photos, qu’elle a été prise en Europe ou aux États-Unis, entre 1860 et 1910.

La promesse d’une aube

carolinedufoursomola

ce sera aussi long que ce sera trop court
les feuilles baignées d’ombre
ou noyées de lumière

et moi tant que j’y suis
je soutiens qu’on y perd
à comparer le poids
des sentiments fervents
et des égards pervers
et qu’on y gagne
à aimer sans mesure
même dans le plus cru de l’hiver

mais surtout
je rêve d’une fenêtre
qui reste grande ouverte
parce que le ciel
ne fait jamais d’avance
la promesse d’une aube


Photo : DERRIÈRE LA MONTAGNE LE SOLEIL MONTAIT – Septembre 2017 * Lac Kénogami

Suis-moi rivière

mon sol bouge
mais viens
suis-moi rivière
qu’on aille loin
sans prière mais de mouvance
je serai plus vive qu’avant

la route en ce moment
goûte tout ce que j’aime
alors je rêve de plus longtemps
moi qui n’ai vraiment de langage
ou voulais-je dire de bagage
que celui de l’âme

ou voulais-je dire de l’amour


Photo : THE BLESSED ROAD AND MY SOUL – Réserve faunique des Laurentides * Septembre 2017

No more posts.