Blue Moon

j’essaie, j’essaie
et je me bute
à moi non mais qui d’autre

tu peux laisser venir, dit Jeanne
comm’ le vent quand il nous avale
sans autre raison que lui-même

d’ici je vois mieux les ruisseaux
et les histoires qu’on se raconte

le forsythia s’éclate sur le trottoir devant
et ses fleurs qui tombent déjà

avec deux lunes en mai
la seconde sera bleue

Photo : LA COULÉE * Hier – Montréal 2026

Pistrire

Dehors, le vert fait sa verdure.

En attendant, dit Laure, je fouille sans trouver.
À peine un bout de pain, sans beurre pour la tranche.

Dans l’escalier devant, un beau gars attache sa veste.
C’est le dernier amant de l’autre.

Et le temps qui s’amuse à pétrir nos âmes.
S’il y a de quoi pleurer, y a sûrement de quoi rire.

Photo :  LE CORPS EST UN ÉTAT VARIABLE * Avant-hier – Montréal 2026

Les neiges mortes

on ne voit presque plus
que le bord de l’hiver

depuis le tout dernier mouvement
la musique est plus claire –
les notes s’éloignent l’une de l’autre
du moins, je les distingue mieux

qui du poignet ou de la paume
et ce qui sépare les deux

le ciel est bleu froid ce matin

avec toutes les heures reprisées
et la noirceur qui fait son temps
on ne s’enflera pas
d’autant de neiges mortes

Photo :  BONJOUR PRINTEMPS * 17 avril 2026 – Montréal

À peine le temps

ne va rien me prêter, dit Laure
surtout pas d’intention
pas plus qu’à la feuille mouillée
affalée sur l’asphalte

est-ce qu’on est jamais prisonnière ?
c’est si court tout ça
à peine le temps d’errer
et de s’apercevoir

je ne m’oppose à rien
plus fort qu’à moi-même
pour y mieux jouer de la pluie
et du jour et du vent

Photo :  SUR MON CHEMIN UN CORPS DE FEMME * Hier – Montréal 2026

Crocusseries

on y manoeuvre un chemin fou
le long d’une route folle
et j’ai toujours aimé la brume

alors ce sera sans drame
sans me noyer debout

de toute manière le temps
et le vent qui s’en mêle

et même les crocus blancs
là-bas plus haut sur la rue

Photo : IL MOUILLAIT JUSTE ASSEZ POUR FAIRE BRILLER L’ASPHALTE * 10 avril 2026 – Montréal

J’aurai eu des yeux

puisque finalement et encore
il nous reste la pluie

qu’il n’y avait rien sur la porte
l’avait-on même vu

quand bien même on ne bouge pas
les oiseaux qui s’envolent

un jour j’aurai eu des yeux

en attendant
on peut se demander
le coeur, la rose
c’est jouer d’âme
sur le jour qui attend

Photo : LE TEMPS DE NOUS * Avant-hier – Montréal

La torpeur et la mue

À chacun son histoire.
En attendant, rien n’est moins vrai que les échelles.

Une femme marche avec son chien.
Elle boite et ne se presse pas.
Et lui s’arrête un peu sous le petit pommier.

On dit qu’il va pleuvoir. Qui sait, peut-être
qu’il ne neigera plus.

Un camion fonce dans la rue.
Au même moment, une fille passe en jupe légère,
ou l’espoir du printemps
.
Elle replace ses écouteurs et fonce à travers le vent froid.

Pour les araignées qui hivernent,
le temps de la torpeur achève et la mue d’avril s’en vient.

Je sors de la nuit comme d’une grotte, dit Laure.
J’ai dormi sous mon gros manteau, comme un
voyage dans le temps.

Photo : DANS NOS VIES À PLUSIEURS * Avant-hier – Montréal

Une tache sur le plancher

C’est encore le même corridor.
Les arbres et les mêmes maisons qui tremblent dans les flaques.
Pour rester fidèle à moi-même, j’ai fait une tache sur le plancher
en voulant embellir l’évier.
On fait pas toujours ce qu’il faut. Ou peut-être.
En attendant, il pleut à siaux, dit Laure.
On dirait le printemps.

Photo : LES TRÉSORS DE TROTTOIR * Montréal – Avril 2026

Intermedius

quelque part de savoir, dit Laure
mais je traîne quand même les pieds
pendant ce temps, les nuits
et ce matin la pluie

y a tous les déserts au couchant et les terres indécises
tout le tendre et le singulier qui vous laisse respirer
et le coeur qui s’entête à se déshabiller

passé les cours d’école, on voit les heures du jour
par chance qu’il y a mille manières

d’aimer aussi

heureusement que les rivières
et qu’au fond je sais

Photo : D’UNE SAISON À L’AUTRE * Hier – Montréal 2026

No more posts.