Le bel indomptable

Tous ces oiseaux dans la cour.
C’est la vigne et le bain de pierre.

Peut-être aussi le piano.
Qui traverse la ruelle comme autant de feutres d’âme.

Qu’est-ce que tu dis?

Rien, c’est pas grave.
Je parlais un peu de l’indomptable.
Sans lequel on n’aurait
ni piano ni feutres d’âme.

Ni d’amis. Et ni de coeur ni d’oiseaux.

Photo – UNE PART DU RÊVE * Rue St-Laurent, Août 2020, Montréal

Bleu de latence

Pour ce qui est pris dans la chair, dans un état bleu de latence.

Si tu étais tout près, rivière, j’irais t’écouter chaque jour.
Le temps d’au moins quelques murmures. Dans ton bois dense et
secourable, sculpté de sentiments, broussailleux mais ouverts.

Devant ton errance sublime, je boirais doucement à nos rêves.
En calant mon regard sur un espoir tranquille.

Photo – LA CONFIANCE DES EAUX * Juillet 2020 – Ripon

Les oiseaux chantent encore

Je t’écrirai, c’est promis. Une longue lettre, un jour, où je te dirai tout. Tout ce qu’on ne dit à personne pour ne pas encombrer les heures. En attendant, je vais bien. Je dessine dans ma tête la goutte d’eau dans le temps, et les cassures qui cachent quelque chose de beau.

Sinon, les oiseaux chantent encore très tôt le matin. L’air est souvent presque bouillant et le ciel surtout bleu. Depuis quelques jours, il tombe une lourde pluie de fin d’après-midi. J’irai marcher tout à l’heure, comme à mon habitude. Ce moment est toujours précieux pour mon esprit, et pour mon corps sans doute, qui me reste bien fiable.

Ici aussi, le monde tourne un peu à l’étrange. La méfiance prend ses aises et on y voit moins les sourires. J’apprends à lire entre les pattes d’oie.

Je t’écrirai, c’est promis.

Photo – L’IDÉE DES MOTS  * Juillet 2020 – Montréal

Ah! par ma fenêtre

ah! par ma fenêtre, le vent
sur mon épaule
l’horizontal entre les choses
qui me fait toi et te fait moi
l’inséparable que l’on sépare
d’arrache-pied

ah! par ma fenêtre, le vent
sublime
et l’instant qui pourrait suffire
plein de solaire et
plein de tendre

Photo – SOIR * Juillet 2020 – Montréal

Le soleil s’est levé

Bien sûr, elle y a vu l’histoire. Exactement comme elle était.
Accrochée ou pas aux grands éclats du monde.

Elle y est passée tout d’envers. Sans endroit.
Le corps béant, n’y attendant que l’attendu.
De ce qui était là, l’oiseau, l’arbre et le reste.

Et par la mémoire du volcan, elle a vu des orbes d’atomes.
Et aimé des femmes fantômes.

Sa légèreté reste incertaine.
On pense qu’elle riait en soufflant
sur les grands carreaux flous.
Il y a eu beaucoup de pluie tandis qu’elle était là.

On lui disait le ciel. Et qu’on assoit le soir pour y toucher le temps.
Pourtant sur elle jusqu’à la fin, le soleil s’est levé. Sans demander sa part.

Y’avait en bleu, tatoué sur sa main :
le monde est un chapeau qui prête à l’illusion.

 


Photo – UN VENT DU JAPON * Juillet 2020 – Montréal

Le jour blanc

Je l’ai vu pousser l’herbe et le chemin d’allant.
C’était beau dès le départ. Avec son coeur qui dépassait.

On s’irradie dans le jour blanc. Pendant ce temps,
le violon joue. Et ce matin encore, je me suis laissée prendre.
Des petits coups et des grands pas. Jusqu’à entendre
ce qui n’est pas la guerre. Toutes les cellules qui se balancent
sur le navire de l’aube. Toujours le même, mais jamais.

Et c’était l’heure d’aller nulle part.

Photo – SUR UN PALIER DE VILLE * Juillet 2020 – Montréal

La folle mouvance

j’ai vu dans les embruns
tout ce qui sépare
le ciel de la terre
la fin du début
et ton âme de la mienne

et dans la même poussière d’eau
j’ai vu le beau de l’incertain
la folle mouvance des rivières
qui étreignent déjà les grands fleuves
et leur chemin vers la mer

 


Photo –  SUR LE FIL DE L’EAU * Juillet 2020 – Ripon

Mon coeur est à l’oiseau

Ma nostalgie déjà.
Comme si quelque chose de perdu.
Mais ma tristesse n’est pas plus grande que celle de l’oiseau.

Te faut me voir quand je boussole par-delà mon errance.
C’est vrai que j’aime aussi la brume. Et que j’y viens toujours
à grands coups de beauté, même quand la mer tombe.

Je m’abstrais de la vague pour l’ange de l’inférence.
Pour ses plus beaux enfants jusque dans ses fosses à mourir.

Et quand mes yeux se brûlent sur la flamme du monde, je vole.

Photo – LE BEL OISEAU SUR LE TROTTOIR * Juillet 2020 – Montréal

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