Pensées de fin d’automne


J’écoute la même pièce en boucle, une guitare seule, juste assez maladroite. Il m’arrive de croiser l’homme qui l’a créée. La dernière fois, il posait sur un chien un regard plein de bienveillance. La fois d’avant, il sautillait pieds nus avec un gros chat dans les bras. Il vit dans le quartier préféré de Christophe.

J’ai retrouvé la vieille photo que je croyais être de toi. Mes pensées sont si défaillantes, peut-être leur manière de se rire de moi.

Les nuits sont de plus en plus froides et les jours de plus en plus courts. Depuis des semaines, je regarde par la fenêtre les têtes noires des rudbeckies balancées par le vent. Et là ce matin, la blancheur. Pour une deuxième fois.

Quand même je sais ce qui fondra. La neige, pas les oiseaux.

Photo : PAR MA FENÊTRE – Montréal – Décembre 2022

Les grands singes

des accords de guitare
l’image de grands singes prisonniers d’un congélateur

une autoroute où je roulerais
sans fin
par amour ou dépit
parce que rouler m’apaise

et tout ce que je dis
sans rien savoir
sinon peut-être que même la désillusion
se berce d’illusions

Photo : ON SOME HIGHWAY – 27 Novembre 2022

Ciel sauvage

Je n’ai pas de réponse à la question posée.
Que mes yeux sur des pages.
Et n’avoir rien à perdre contre rien à gagner.

La neige n’est pas restée.
Bien sûr les grands rosiers qui se fanent quand même.
La terre fait ce qu’elle fait. Et le ciel qui reste sauvage.

Le long des eaux, les berges s’illuminent.
Et plus près sur l’asphalte, la lueur qui vient se poser.
Le banal ne peut rien contre la montée de l’aurore.

Photo : SUR LA CROISÉE DES CORPS – Montréal * Novembre 2022

Soleil blanc

La nuit m’a prise et enveloppée.
Et te dire pour le reste.
Question de mer peut-être 
et de ciel grand ouvert. De vent
et de naufrage.
Au fond, je n’en sais rien.
Mais le soleil est blanc.
Et l’hiver prend doucement sa place.

Photo : LE THÉÂTRE DU FROID – Montréal – Novembre 2022

Sentir le vent

Il fait froid
et les oiseaux se taisent.

Pendant ce temps le monde
qui persiste et qui signe.

D’y avancer encore avec seulement les yeux, et
mes joues pour y sentir le vent.

À chacun son cinéma muet.

Photo : D’UN SOIR – Montréal * Novembre 2022

Le fuyant

Encore ce matin la rue immaculée de neige et le ciel en miroir.

Si tu vivais ici, on marcherait sûrement ensemble. 
Et d’une journée à l’autre, je n’ pourrais pas 
te dire si c’est le gris du temps ou 
le gris de mon âme qui fait affleurer la tristesse 
ou sinon le ciel bleu ou mon âme légère 
qui me grise et m’emporte.

J’imagine sous un ciel
Après la neige, une ombre bleutée
Des pas feutrés,
non, un léger grognement à chaque pas
Les oiseaux sont couchés ?
Juste un rouge-gorge bravache qui tente une sortie.

ÀmiRliton

·


Photo : LA BELLE SAINT-LAURENT – Montréal * Novembre 2022

Nos grands chiens

quinze novembre
et les roses qui endurent

et nos grands chiens d’émoi et de raison
pour y prendre les lueurs de l’aube
malgré le poids des mufles et
les débordements

et ce matin, la neige

Photo :  MAGIE BLANCHE – Première neige – Montréal * 16 Novembre 2022

La belle étrange

on pourrait dire que ça fausse
et pourtant
on sent bien toi et moi
que c’est beau

la voix tremblante
qui nous parle du temps
des fenêtres sans rideaux
des chevaux, des oiseaux

j’ai pas peur de la suite
du souvenir vivant
jusqu’au bout de la route

en attendant (encore ça)
même si le piano est désaccordé
ça sonne comme le ciel

coincée entre nous et le monde
dans le froid de novembre

la vie si belle d’être étrange

Photo : PHOTO VUE DANS UNE BROCANTE  ( anonyme ? ) aujourd’hui même

Derrière la porte close

L’asphalte est mouillé et les feuilles
sont tombées. L’oiseau s’est
arrêté sur une branche nue.
Ça dort paisiblement derrière
la porte close.
Et du temps pour l’écrire.
De toute évidence, la vie
ne doit rien à personne.

·


Photo : CROISÉES D’AUTOMNE – Montréal * Novembre 2022

Chevauchée

Ma tête de mule encore.
Mais rien qui salisse vraiment le jour.

En attendant, j’ai acheté une petite tasse
made in occupied Japan
je sais pas trop pourquoi –
une sorte d’évidence sans doute.
Des fleurs sur une transparence.
Je l’apporterais à Irène si je vivais près d’elle.

Mais toi dis-moi. Ton monde et tes amours.

Bientôt je te dirai la neige, elle viendra forcément.
Sa blancheur qui me prend, me déshabille à sa manière.
Et que pour l’autre lieu, s’il m’arrive quand même d’y penser,
je n’imagine rien vraiment. 

J’ai perdu pied un peu plus tôt, sur une canette jetée par terre.
Fait un trou dans le tissu noir. J’ai ri et Anne aussi.

Et là j’écoute le même piano. Et cette voix qu’on aime.

Photo : NOS AMOURS D’ÉLÉPHANTS – Montréal * Novembre 2022

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