Bribes d’un dimanche

La science se doit d’être poétique.
Puisque la nature l’est.


De mes jours,
je pourrais ne dire que le triste.
Mais j’écris d’abord pour moi.
Pour conjurer les grandes vagues.
Qu’elles n’emportent pas tout
de mon bonheur d’y être.


Et encore cette femme qui chante.
Ce quelque chose dans sa voix.
D’entre ces lieux où je me berce.
Où je me sens tranquille.


L’océan porte les bateaux.
Et nos âmes le monde.

Photo : POUR Y VOIR – Janvier 2021 * Montréal

Cadeaux

Hier, sur mon chemin du jour, un cadeau m’attendait.

Dans une de ces grosses boîtes de bois où les gens laissent des livres qu’ils veulent passer à d’autres, quelqu’un en avait laissé un sur l’oeuvre gravé de Giacometti. Un livre acheté au Musée des Beaux-Arts de Montréal, en août 1998. La facture est encore dedans.

On y voit des lithographies surtout, et quelques eaux-fortes. Quelques textes aussi, certains de sa propre main, dont cette phrase « Je ne crée pas pour réaliser de belles peintures ou de belles sculptures. L’art ce n’est qu’un moyen de voir. »  Du bonbon pour mon âme.

Parmi les textes écrits par d’autres, se trouve celui-ci de Jean Genet « Je ne pense pas que Alberto Giacometti ait porté une fois, une seule fois de sa vie, sur un être ou sur une chose un regard méprisant. Chacun doit lui apparaître dans sa plus précieuse solitude. »  En lisant ces mots, j’ai pensé mon père. À sa tristesse trop grande mêlée à sa joie trop profonde pour que le mépris trouve une place. Jamais je n’en ai vu dans ses yeux. Un des cadeaux de mon enfance.

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Photo : Tête de jeune homme et Autoportrait (lithographies) GIACOMETTI – Maeght Éditeur * Collection Carnets de Voyage

Sans rancune, le sens

Tout finit par mourir, excepté la conscience qui témoigne pour la vie.
René Char

dis-moi ce silence dehors

j’ai mis un violon une voix
de quoi remplir l’espace

mais dis-le-moi quand même

quand on sait à peine la danse
à peine l’errance
de vivre et de mourir

et d’aussi loin que la mémoire
tout ce désir de l’autre

Photo : DE MA FENÊTRE ARRIÈRE – 17 Janvier 2021 * Montréal

Le souffle des autres

cette lumière presque impossible
de l’hiver
la neige qui luit sur le petit toit du balcon
et le ciel bleu diamant

rien n’a changé alors
que la mise en veille du souffle des autres
et la stupeur devant ce qui était possible

Photo : LE POIDS DE LA TEMPÊTE – 16 janvier 2021 * Montréal

Et de nos corps

Furtive poésie.
Mon désir d’elle qui me sauve.
De sa rivière où nager plus nue que la veille
dans les courants du monde.

quand même la source est gorgée
de fracas et de gloires
et de blanc contre noir

un détour de plus dans le rêve
qui reste maladroit
de ces amours sans fard
et de nos corps sans y penser

et le vent qui garde la flamme
aussi brûlante que belle

Photo : UN MORCEAU DE JANVIER – Montréal 2021

Du temps de se taire

De nos corps électriques, le tien l’était le moins.
Si elle s’arrêtait là, l’histoire finissait bien.
Du moins, il m’a semblé.

de ma fenêtre
le ciel
le blanc de la neige
les voitures givrées
et le vide dans l’air

il paraît que l’amour
tiendrait à l’idée qu’on se fait
de vivre et de mourir

parle-moi quand même du corps
dans la nuit qui t’attend

de ces heures sans tristesse –
quand elle n’a nulle part où aller

et du temps de se taire
pour continuer d’aimer

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Photo : L’HOMME QUI MARCHAIT – 7 janvier 2021 * Champ des possibles – Montréal

La belle insistance

une autre nuit à l’arraché
et là dehors plus belle que belle
sur les branches du vieux lilas
la neige –
sa blancheur parfaite dans l’aurore montante
comme une insistance à se dire

pour les pires visages du noir
il y aura eu cette maison
et maintenant cette histoire
le temps sait donc se faire avaleur de bohème –
et moi qui la croyais tatouée dans ma chair

et toujours là dehors
à l’abri d’un fil enneigé
des écureuils se courent après

Photo : HIER AU JARDIN BOTANIQUE – Janvier 2021 * Montréal

De cendre et d’amitié

C’est la fraîcheur qui règne. D’autres diraient le froid. Mais les jours se savent et le ciel pareil.

Aussi, la nuit reste la nuit et l’obscurité ne ment pas. Elle aime à me montrer l’exsangue. Et tout l’irréfléchi. Et qu’on se tait souvent quand on voudrait crier. Le on ici surtout ne m’exclut pas.

Et là-bas dans les heures, il y a aussi l’amie, la belle et son murmure. Qui me donne à entendre que passé le geste vénal, le bleu et l’ombelle l’emportent. Et qu’il se cache dans l’inédit un ressac bienheureux par où rejoindre l’aube. J’y trouve de quoi me faire un lit et un soleil, un ventre et un bateau.

Et même si je sais qu’à force de ma hâte je brûle les morceaux qui vaguent jusqu’à moi, je m’arrime à son geste. Celui qui voit le monde dans les éclats de cendre. Et qui, dans le grand jardin du chaos, s’attache à la fleur vivante.

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Photo : LES ÉCLATS DE MA VILLE – Fin décembre 2020 – Montréal

Des gants la nuit

Ma main droite qui change
et prend la forme de la tienne.
Elle s’assèche plus facilement aussi,
comme la tienne le faisait.
Au point où tu mettais des gants la nuit
pour y garder la crème.
J’ai eu peur de te ressembler.
Puis le jour est venu
où j’ai vu celles que nous étions.
Déjà, j’ai eu moins peur.
Et maintenant ma main droite.
Un peu comme si tu étais là.

Photo : PLUS DOUCEMENT LES MATINS – Décembre 2020 * Montréal

Les vivres

pour ton coeur qui savait
le simple poids des choses…

elles dorment encore
blotties dans l’intime d’une cave

tu me manques
mais je n’y pense pas trop

ça laisse des trous la mort
tellement qu’on meurt troués

mais les instants toujours
de vent et de ciel

je t’aurais apporté des vivres
pour quelques jours devant

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Photo : QUELQUES ÉCLATS D’UN DÉCEMBRE – Montréal 2020

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