Les ternissures

Le tas de feuilles mouillées d’hier a séché dans la nuit. Et le vent les emporte. Dans l’or des grands érables, d’autres s’accrochent encore. 

Mais le crime est ailleurs.

J’erre au pied du matin. Au pied du jour qui commence. De l’automne qui le baigne. À moitié sur le temps, je navigue le bleu pour ne pas y tailler de rogne. Je guette la lumière ambulante, la charpente des âmes, le bruit profond des choses. Plus avant que le bête, l’imbécile moment. Que les rimes de l’époque et le chant indolent.

Je sers le chien de mon désir à l’écart des scories, des croyances affables, des déteintes humaines.

Et mes yeux qui se tendent seuls vers la cime des arbres là-haut. En évitant le trou béant.


Photo : PETITES GUERRES * Octobre 2021 – Montréal

Et nos moulins

petite dérive
je sais
on se suit sans savoir

j’ai faim et toi aussi

nos règles à l’envers
et nos chagrins de cales

ici c’est le même rideau
le trou sans arbre
et je reste

sur l’envers, encore
quelques notes échappées

mais la musique restée belle

Photo : LES JOURS * Octobre 2021 – Montréal

L’espoir ambulant

j’avance vers toi
comme je marche au poème
au caillou
et au bout de bois mort

sans rien derrière la tête
que l’arbre et le ciel

Si je cours à l’image, c’est avec nulle part où aller.
Et pour l’espoir sans doute, tout ambulant qu’il est.

Photo : LE TEMPS * Octobre 2021 – Montréal

Sans trop

c’est de dire
sans y penser

sans même avoir vu le temps
ni trop regardé
les feuilles qui tombent

et ce matin encore, j’ai renversé mon café
taché d’autres pages de ces livres
que je garde tout près

on sait bien tous les deux
que nul ne dit la vérité
non plus que le mensonge

Photo : L’AUTRE LIEU * Octobre 2021 – Montréal

Nos amours dérivés

Des envolées tziganes sur mon petit matin.
Avec par la fenêtre le sang grisant de l’automne.

C’est tout l’envers encore.
Et de m’y voir sans rien à perdre.
Devant la ligne qui s’épaissit.

Tu jongles avec les mêmes choses, me chante la vieille.
Cette même hésitation, légère comme la mort.
Et aussi langoureuse qu’un violon de bohème.

Mais d’y tracer encore mes yeux.

Photo : DANS L’AIR TIÈDE * Octobre 2021 – Montréal

Quand l’automne déjà

Ça tenait du doré, de la lumière sur le vieux bâtiment. Et je l’ai vu, en même temps que le chien qui regardait l’enfant. C’était facile et bon. Ç’aurait pu être ça jusqu’à la fin des temps. Et ces deux femmes aussi, ensemble sur un banc. Elles sont restées longtemps, sans vraiment se parler. Peut-être une fille et sa mère. La vieille avait l’air d’exister dans la minceur de l’instant, partout et nulle part à la fois. Je connais ce regard. Et la jeune était tendre.

Quatre jours ont passé. Et là, c’est l’épaisseur de l’air et cette odeur de pain qui m’arrive du coin. Et mes yeux sur le ciel, ce rond argenté de soleil qui chauffe la couche de nuages. Ils avaient dit qu’il y aurait de la pluie, mais ils se sont trompés. Et le jardin, qui semble plus profond. Et les feuilles étendues sur la terrasse usée. Un autre jour d’automne qui suffit à me vivre. 

Photo : NOS TENDRESSES * Parc Lahaie – Octobre 2021 – Montréal

Entre Martha et les érables

C’est immense.
Déjà de voir tout ça.

Et puis y a tous ces gens.
Et tous ces tours de pistes.

Et ces croyances infâmes.
Comme des montagnes qu’on aurait plantées là.

Mais quand même.
Pendant qu’on tend les mains.

Je vaque aux mots en oscillant. Entre la musique qui me prend et les deux grands érables de l’autre côté de la rue. Je les vois mieux, ces arbres. Depuis la perte de l’autre.

Et je l’écoute, la magnifique. Chanter ces nuits où elle s’est trouvée seule. Seule avec son désir de fuir sans regarder derrière.

Et devant moi, l’automne. L’automne et sa lumière. Avec les feuilles là-haut, à la place des autres. C’est elles que je verrai y prendre les vents froids et le poids de la neige.

Chante, Martha, chante.
Chante nos coeurs qui aiment.
Et qui ne demandent que ça.

·


Photo : PARCE QU’ENTRE AUTRES L’AUTOMNE * Octobre 2021 – Montréal

Plus grands que nos histoires

Le même appel, le même reflet qui se dérobe. Des notes de piano qu’on laisse se jouer seules. Des doigts qui dansent sans chercher à savoir. Et l’âme qui nous trouve et se raconte un peu.
Plonger à fond, loin dans l’abîme. Où les vagues se suivent et emportent l’instant. Sans autre douleur que le ciel et ce qu’on n’y voit pas.

Je sais que tu es là même quand je suis seule. Que c’est là que se jouent les jours qui me précèdent et ceux qui viennent après. Qu’on est plus grands que nos histoires, plus grands que nos bêtises, que nos coeurs qui s’enferment. Et que tout ça, c’est la même mer qui tangue.

Photo : ET LE MÊME RÊVE * Automne 2021 – Montréal

Paysages

Par le coeur et les lèvres, j’aurai senti quelques parties du jour. Parfois aussi la rose d’entre les vents véreux. Sans pour autant y changer la mesure du terrible et du merveilleux.

J’aurai sillonné les trottoirs, surtout tranquille, avec une ombre sur la joue.

Que le soleil puisse être las, on n’y pense même pas. C‘est ce que disait Jack quand sa pipe s’est éteinte. Et il l’a rallumée sans en faire d’histoire. Le matin restait lent. Et beau malgré le reste. Si pour un instant l’inutile allumait le feu de l’utile, on n’y perdrait de ciel que par l’arbre et ses branches.

Et d’ici je me rêve encore, errante dans l’aube. Aussi nue dans le monde que ma chair et mes os. Éprise malgré moi.

Photo : DEUX FEMMES * Septembre 2021 – Montréal


&
Le paysage aperçu semblait suivre une courbe
Un cinéma en boucle anticipant mes pas.
Sans doute quelqu’un au regard de ma course
imaginerait que familier d’une certaine habitude
Ma manière de forcer toujours sur un pied
Me fasse revenir sans cesse au départ.
~
Mon domaine n’excédait pas mes traces
Sans le voir, je finis par creuser un sillon
& somnambule musique en déroute
Je suivais l’orbite de ma gravitation.
~
Amirliton


Devant la pluie

Et le jour qui y donne dans son matin d’automne
toute sa chair de jour, à commencer par l’aube.

Et ton désir devant la pluie qui tombe
d’en être à fond le temps d’y être.

Si les oiseaux pensaient à contrôler le monde,
on les verrait s’échouer au pied de nos fenêtres.

Photo : LES CORPS SANS BORNES * Septembre 2021 * Petite Nation

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