Au lendemain, mon coeur

Je ferme les yeux. L’eau. Le ciel. Y être encore.
Il y a les fleurs pourtant. Et elles sont restées belles.
Je marche de la cour à ma table de travail. Vers mes mots de là-bas.
Façon de regagner la rive.

petite branche d’hier
carbonisée
et l’herbe mouillée du matin

les nuages glissent, paisibles
rien qui ne résiste aux caresses du vent
ni moi non plus

et la brillance qui dure
entre le ciel et l’eau

tout ce temps à vouloir
et pourtant
tout ce déjà qui se donne

petite marée
jusque dans mes veines

et le rire du huard
de l’autre baie, peut-être
difficile d’être sûre
c’est si vaste ici
et l’écho est trompeur

l’écho
mais pas mon coeur

Photo : LES PIEDS DANS L’ONDE VIVE, 15:30 – Lac Kénogami * Septembre 2018

Piano tendre et nuit noire

piano tendre et nuit noire
nouvelle lune
et les notes qui déferlent sans souci du tempo

perchée haut dans les aulnes, l’épervière se repose
l’été a presque fait son temps

je m’arrêterais ici, tu sais
dans l’éclatée dansante
quelque part entre la froideur de l’air
et la chaleur du sang

ici parce que ça tourne
au vent de l’onde claire

et cette corde, encore, qui tient la note comme l’aigle
liant nos envolées, nos échappées rebelles

j’embarque, tiens-moi, on montera ensemble
le jour connaît la route
et l’aube n’attend après personne

Photo : MATIN DE SEPTEMBRE, 8:22 – Lac Kénogami

Caïeu et calembour

On avait pourtant sorti tous les petits boyaux célestes. Mais les gouttes, trop éparses, ne changeaient rien à rien. La terre restait sèche et l’air aussi chargé.

Puis la pluie, torrentielle, a ciselé le sol et atteint le caïeu durci. Et tout ça, comme tous les cris d’amour, sans aucun tort en ciel.

Photo : ARRÊT D’AUTOBUS, FILLE ENCEINTE, MAIN SUR SON VENTRE – Tout à l’heure, rue D’Iberville, Montréal

Le coeur dans la mire

Ce n’est pas pour rien que j’en appelle au lac.
Prise par le beau vertige, je l’ai un peu fait mien.
Comme le nous. Comme on aime un chien, un état de confiance.

Et il y a tous ces gens qu’on ne connaîtra jamais.
Cette jeune femme chaleureuse, croisée dans la ruelle, et qui me manque déjà.
Ainsi va la vie et les choses importantes.

*

Entre le crépuscule et le ciel ouvert, toute cette lumière.
D’entre les jours entiers jusqu’à l’envers du monde,
l’amour serti dans l’aube et les confins de l’heure.

On réagit à l’absence comme à l’enfance. Histoire d’aimer.
Et par toutes nos déroutes, le rêve qui se ramène. Boomerang.
Avec toujours le coeur dans la mire de l’âme.

Photo : ET POUVOIR REGARDER LE TEMPS –  * Août 2018, Montréal

Souviens-toi, tendresse

souviens-toi, tendresse
que ta ferveur n’est pas vaine

on s’est parlé des cigales
et de combien, chez toi
elles enterrent le chant des oiseaux

il y en a une, ce matin
qui pousse son long cri
juste au dessus de moi

elle
et le goût du café
et ce vent dans les feuilles
du grand érable à côté

la cour est encore verte
mais ma nostalgie y est déjà

il est comme le coeur, le temps
jamais fait prisonnier

et puis la lenteur qui m’appelle
l’eau, le lac
et la montagne aussi
on y retournera bientôt

en attendant, je suis là
sous la vigne et l’escalier
dans ce mois d’août qui s’achève
et toute la beauté du monde

Photo : LÀ, TOUT DE SUITE, EN LEVANT LES YEUX AUX CIEL – Montréal 2018

Le jour en lucarne

le jour en lucarne
et l’arbre
en miroir tranquille

moins de choses
pour plus de nous
avec le temps et la rivière
qui suffisent déjà

nos corps d’ambre
et nos âmes tendues
vers la saillie fertile

étreints quoi qu’on en dise
et jusqu’au dernier lien
de la nuit qui viendra

c’est qu’il y a l’azur
et la fleur
tellement de visages à ce monde

et le vent,
irrésistiblement

Photo : ET TOUTE LA MER EN NOUS – Août 2018, Montréal

Là où naissent les bézis

tous les instants y sont
sur la berge et ailleurs

le laid n’est pas sans belle trame
le blanc, le froid, le vent maudit
et j’aime tant qu’il ait écrit
grandir comme l’arbre
sans faire de bruit

quand le temps ne m’attrape pas
je danse au bord de la falaise
où vont les coeurs légers
car là où naissent les bézis
là où les bézis naissent
si souvent, je m’ennuie

j’erre mieux
tellement mieux que je ne cours

avec les pieds ou le coeur et sans chercher
juste un trottoir ou une rive et si je tombe
je tombe clair
au milieu du limon du fleuve
ou du beau grand limon de l’âme

ah! l’étrange
la si belle invention

Photo : OVER THE PARAPET – 9 août 2018, Montréal

No more posts.