Inséparables, c’est tout

La pièce est grande. Suffira de s’y perdre. Pour s’y chercher partout sans jamais s’y trouver.

On dirait un théâtre. D’autres diraient que c’est une rue, où la neige a blanchi les jours avant que le vent ne l’embrouille. Une chose en amène une autre. Comme ces deux femmes sur le trottoir, qui se sont arrêtées pour rire. Et le chat noir, comme une tache d’encre.

Je n’entends plus de voix parce que la maison s’est vidée.

Devant moi sur ma table, cette photo d’un garçon dont personne n’a parlé. J’oublie de quel tiroir elle vient, si c’est mon père ou bien son frère. Une photo de Denise aussi. Qui cherchait le printemps tout partout autour d’elle. Mais c’est l’hiver, disait ma mère. Je sais, répondait-elle, mais regarde derrière – moi quand je tourne la tête, c’est tout le printemps que je vois. De quoi jeter au monde l’absence de culottes. Avec sa voix, aussi incroyable que tendre.

Je sais, je sais. Je méandre et divague dans la nuit qui avance. Une manière peut-être de la rendre plus blanche. On sait bien tout l’inséparable et qu’aucune guerre ne se gagne.

Et la voie ferrée qui s’allonge. Presque aussi loin qu’on l’imagine. Toute petite, je marchais déjà sur les rails. J’y trouve une sorte de chez-moi. Toi tu appelais ça du jazz. Quelque chose d’une musique. En somme, tu le disais comme ça, ne reste qu’à faire les cent pas. Pareil pour les mots qu’on écrit. Ou qu’on n’a pas écrits encore.

De l’autre côté de la rue, la vieille femme est dans sa fenêtre. Peut-être que le vieux est mort. Ils sont venus le prendre pendant le réveillon.

Et Noël est déjà derrière. Passé quelque part dans la neige, le désir, les amours et le temps.

Photo : LE VENT SIFFLANT SOUFFLANT * 23 décembre 2022 – Montréal

Le bal des amoureux

On se verra, dis-moi, au bal des amoureux?

Petit étang, petit enfant. Rien qui ne fasse tomber les gros châteaux de sable. Ni voler les poussières qui sont trop hautes pour les bras. Les matins continuent entre nos océans troués et nos écrans qui chauffent. Mais t’en fais pas maman, je ne casserai rien. Ni les amas de neige restés collés aux branches ni l’espoir qu’il nous reste d’arriver à plus tendre.

Je prendrais quand même ton épaule pour y pleurer un peu. Sur ce que je ne verrai pas et sur ce que je vois.

T’auras eu tes tempêtes. Bien assez pour te faire un ciel qui laissait passer les nuages et sonner la musique. Et j’aurai trouvé des sentiers, souvent de poésie, pour nourrir mon désir de rester dans ce monde.

De belles fêtes à tous. Merci à vous qui me lisez.

Photo : AU P’TIT BONHEUR DU TEMPS * Hier – Montréal

Dehors le vent

c’est toute la scène en morceaux
ajournée, me dit-elle
le coup du régulier
du désir
avec celui aussi
d’y abandonner l’habitude

les ponts sont là
tu laisses venir
en choisissant le dénuement
comme celui d’octobre
où le ciel se dépense
pour accueillir l’hiver

tombée dans les bras de décembre
blottie contre le poids des jours 
j’ai repris ma blanche habitude
malgré le froid du vent

avec le meilleur et le pire
de nos trous de mémoire

Photo : ÉTIRER LE SOLEIL * 18 décembre 15h44, depuis le viaduc Rosemont – Montréal

Le ciel est bas


Si tu voyais les branches. La lourdeur et pourtant.

Et l’oiseau noir encore qui se cache de moi. Ou moi de lui.
Une sorte de chemin de patience. Ou de fascination.

En attendant, je n’avais pas compris que tu parlais du soleil blanc.
C’est dire les choses qui m’échappent et à quel point je fabule.

Photo : DÉBUT DE TEMPÊTE – Avant-hier * Montréal

Chaque jour et dimanche

J’écris pour l’ivresse tranquille.
Pour déjouer mon vertige devant la bêtise assassine.
J’écris pour le refuge et la patience nécessaire.
Pour me rappeler aussi que la neige sera belle.
Et je marche. Pour les mêmes raisons.

Photo : MAILLES DE LUMIÈRE – Montréal * Décembre 2022

Ciel ouvert

Quand j’ai rentré le géranium, j’pensais qu’il fleurirait encore.
Mais j’avais tort. Il se tord, le pauvre.
On dirait un chagrin d’hiver. Comme un chagrin d’amour.

encore le ventre
un peu comme la mer
un grand ciel ouvert au naufrage
après une longue escale

j’ai marché pour prendre le vent
me suis arrêtée quelque part
avec un cahier dans mon sac

là la ligne d’ombre sur l’asphalte
et un passant dans la lumière
ni plus ni moins qu’une rivière

pis mon café pendant qu’il dort

j’m’enfarge souvent quand ça s’embrouille
comme dans les lignes d’un trottoir

·


Photo : MILLE FOIS LA LAU D’UN JOUR – Montréal – Décembre 2022

Éperdument la lune

C’est peut-être une
intransigeance, un aléa de
caractère. Mais ça peut aussi
rester vague. Une rivière qui se
déchaîne sur nos tendresses étriquées.
Ou bien éperdument la lune, contre rien
ni personne. Avec de quoi errer encore
dans nos ruelles de fin d’automne.

Photo : LE BLEU DU TOMBANT – Montréal – Décembre 2022

Pensées de fin d’automne


J’écoute la même pièce en boucle, une guitare seule, juste assez maladroite. Il m’arrive de croiser l’homme qui l’a créée. La dernière fois, il posait sur un chien un regard plein de bienveillance. La fois d’avant, il sautillait pieds nus avec un gros chat dans les bras. Il vit dans le quartier préféré de Christophe.

J’ai retrouvé la vieille photo que je croyais être de toi. Mes pensées sont si défaillantes, peut-être leur manière de se rire de moi.

Les nuits sont de plus en plus froides et les jours de plus en plus courts. Depuis des semaines, je regarde par la fenêtre les têtes noires des rudbeckies balancées par le vent. Et là ce matin, la blancheur. Pour une deuxième fois.

Quand même je sais ce qui fondra. La neige, pas les oiseaux.

Photo : PAR MA FENÊTRE – Montréal – Décembre 2022

Les grands singes

des accords de guitare
l’image de grands singes prisonniers d’un congélateur

une autoroute où je roulerais
sans fin
par amour ou dépit
parce que rouler m’apaise

et tout ce que je dis
sans rien savoir
sinon peut-être que même la désillusion
se berce d’illusions

Photo : ON SOME HIGHWAY – 27 Novembre 2022

Ciel sauvage

Je n’ai pas de réponse à la question posée.
Que mes yeux sur des pages.
Et n’avoir rien à perdre contre rien à gagner.

La neige n’est pas restée.
Bien sûr les grands rosiers qui se fanent quand même.
La terre fait ce qu’elle fait. Et le ciel qui reste sauvage.

Le long des eaux, les berges s’illuminent.
Et plus près sur l’asphalte, la lueur qui vient se poser.
Le banal ne peut rien contre la montée de l’aurore.

Photo : SUR LA CROISÉE DES CORPS – Montréal * Novembre 2022

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