L’errante

de ce désir
d’être tout à la fois
d’irriguer les fleuves lointains
et les rivières d’ici
parle-moi, Marguerite
qu’un peu mieux je me vive
dis-moi, comment
t’as laissé faire le temps?
et elle de répondre :
au fil des élégances et des enfargements
avec mon sourire narquois, et ma tête posée
tout près des branches mortes
c’est l’histoire qui se fait, comment lui en vouloir
d’autant que dans l’errance, j’ai pu bercer son âme
mais la sincérité
les corps
comment sait-on qu’on aime?
quelle importance, me dit-elle
tout va tellement vite
dans le sang et dans la beauté

 

Photo : MONDES * Juin 2021 – Montréal

La caresse du temps

par chance les mots
qui étaient beaux d’eux-mêmes
il y a longtemps déjà

quand bien même muettes
la lumière et la brise dans le ciel qui se penche

je ne suis pas rosier – mais j’aime

et la fusion (peut-être)
qui s’écrit en vacarme avant d’être aspirée

tout se sent

après vient la délicatesse
les grands bras de l’amour

son empreinte

ne reste plus qu’à convier la caresse –
celle du temps qui sait

et nos âmes
cambrées jusqu’au coulant du fleuve

·


Photo : SOUFFLE TENDRE * Juillet 2021 – Laurentides

Discrète pesanteur

devant l’autre qui pointe le chemin soi-disant
viennent les étriers de l’âme

et la beauté, t’en fais quoi?
rien je dis, rien
il n’y a rien à en faire

mon pelage est vieux rose
et l’autre est de circonstance
le bleu donné à voir
est ma plus belle errance

je me veux pesante mais discrète
à pied dans la tempête

la lumière de ma robe noire
dans une rivière de boue

seulement debout le temps d’y être

et quand je m’assois en hiver
le destin en brindilles revient me faire cortège

Photo : LONGITUDE * Juillet 2021 – Montréal

Des oiseaux par milliers

On ne mènera pas de rivières.
Et te dire comme une promesse
que sur les galets noirs, il tombe encore
des neiges d’été.

On se sort de la fange comme si
de rien n’était; le monde s’est habitué
à ses boues délétères.

En attendant, il naît des oiseaux par milliers,
loin des volées marchandes.

Photo : SUR MON CHEMIN D’HIER * Juillet 2021

Menthe et poésie

Lou entre dans la cuisine, les bras remplis de menthe.
– J’en ai déraciné beaucoup. Les grandes marguerites étouffaient.
Assis près de la fenêtre, Charles lève les yeux de son livre.
– T’as bien fait.
Lou dépose son butin sur le comptoir, en détache un brin et va s’assoir près de lui.
– Tell me, my love, j’ai trouvé a piece of paper yesterday où t’avais griffonné « quand le jeu aura perdu sa poésie, on cessera de jouer ». À quoi tu pensais quand t’as écrit ça?
– Au poids des choses, même les belles. À mon rêve parfois d’un sac presque vide et d’une route qui ne va nulle part.
– Sans jardin ni parfum de menthe?
– Voilà l’impasse, dans toute sa poésie.

·


Photo : BORD DE FENÊTRE * Ce matin

Le temps composé

J’aime la matière qui vieillit.
Qui brise et s’écaille.
Le vieux ciment,
le vieux bois qui s’effrite,
la peinture qui pèle.

De la même manière,
j’aime rarement le neuf.
Encore moins quand ce neuf
sent les matières plastiques
frais sorties de l’usine.

J’aime le travail du temps.
Sur les matières nobles.

Photo : BELLE CONJUGAISON – Ruelle de mon quartier – Juin 2021 * Montréal

Le souffle tiède

lentement
pour y dire à l’envers
que le noir soit clair
j’avance les yeux ouverts
au même pas
devant la nuit qui tombe

le glissement commencé du jour dans l’autre sens
son velours plus rêche
lui qui porte déjà le revers des nuits chaudes

j’ai souvent été là
sans envie de grand-chose sinon le poids du corps
comme quand ma rivière tangue
et que je fuis d’avance ce qui presse mon sang

le vent est silencieux
et ma peau qui retient ce même souffle tiède
qui n’attend rien de moi

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Photo : ET L’EXQUISE SAISON * Hier – Montréal

La longue veille

Pour Andrée et ses filles, en écoutant du Chet

t’as suspendu le temps
au berçant de la cime

et la vie et la mort
comme toujours et encore
qui restent impénétrables

il est là, l’éternel immuable

Photo : AMOUR DE BITUME – Juin 2021 * Montréal

À pied d’âme

et cette idée de rive
qu’on briguerait à l’avance
quand l’aube
dessine un chemin

à pied d’âme et de doigts
sur des coteaux fertiles
j’erre pour un battement de mots
et les serments qu’ils ne font pas

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Photo : VELOURS DU TEMPS * Hier – Montréal

Dire le feu

d’y voir céder la foudre
pour y libérer l’os
et la main qui s’avance
depuis le plein milieu
pour y dire le feu
l’esprit et le coeur divisés

Photo : LIBRE D’ERRANCE (autoportrait) – Hier * Montréal

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