Chanson nocturne

et voilà la nuit en morceaux
la maison et son même bruit
mon coeur qui fait
ce que le tien faisait
qui bat, battait

il est deux heures du matin
et je repense à ce coup de fil

le clic du calorifère
à côté de la grosse chaise
et ma tranquillité, au fond

le temps fait notre histoire
et je m’y enroule
pour la combientième fois

tu es tranquille, là-bas?

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Photo : POINTER À L’HORIZON – Hier, rue St-Laurent

Un silence presque figé

La douleur est diffuse. Elle prend la forme d’un chant muet, d’un ciel qui s’immobilise. Le trottoir n’a pas changé ni la main du froid sur l’asphalte. La neige tarde, mais on sait qu’elle viendra.

Le vieil homme marche dans l’air cassé. Son esprit y cherche le sens et son corps ne sait plus les autres. Le monde a montré un visage si glauque qu’il erre incrédule depuis, dans un silence presque figé.

L’hiver racontera la suite. Chose certaine, le soleil y sera.

Photo : L’INTARISSABLE – Décembre 2020 – Montréal

Fragments et fissures

d’en haut, d’en bas, et le vent qui s’en mêle
tout ça et nos petits enfers

en attendant, la neige est à peine venue
que déjà elle s’en va

et puis la poésie, infiniment parlant
et mon désir d’y être nue – comme au jour où j’ai vu l’aube
pensant qu’il s’agissait de moi

on se déchire sans trop rien mesurer –
petits enfers et grands bidons

quand pourtant, c’est l’amour d’avance

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Photo : COULÉE D’ARGILE – Ruelle de mon quartier * Décembre 2020

Ce qui cède

ça ne dépend pas de moi
la rivière est entière
l’éparse  ment
et j’écoute sans entendre

je m’occupe du jour
mais je ne suis que l’ombre
qui suit le désir
des bras et du regard

un toit
un amour fou
et le matin tant qu’il revient

Photo : LA COUR D’ENVERS – Décembre 2020 – Montréal


Sur les branches
Déplumées se dessine un trait de neige
Un tressage de brindilles
Un nid vide apparaît
L’arbre a perdu ses oiseaux
La sève se recroqueville
En silence au repos.
………
Amical mirliton

Boitement

je vois bien que je boite

et là, la neige, le blanc du ciel
l’amour foulé et les temps équivoques

je vague entre l’orgueil
et les bouts de ferraille
sous des feuilles qui dansent
et des oiseaux absents

t’as raison que je boite
mais on est

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Photo : CONVERSATION AU SOMMET – Montréal 2020

Les beaux entêtements (pour G.)

il y avait moi, debout
et toi qui t’affalais
ton chemin de lierre muet
à étreindre nos murs

si t’avais été là, t’aurais été l’embrun
en attendant, on y brûle décembre
on en tue le parfum

et je t’entends me dire la beauté est têtue
elle trouve à se glisser dans les odeurs de cendre

Photo – UNE SAISON ÉQUIVOQUE – Décembre 2020 – Montréal

Petit traité de patience

Matin du cinq décembre. J’ai dû longer d’entre les cils de la nuit un trottoir de travers. Ou c’est ce même vent, logé dans nos urgences.

Je sais mes hauts lieux d’impatience et ton corps alourdi. Et qu’il y a là dehors, loin des fers qu’on tournaille, un contraste qui parle entre les feuilles rouilles et le trottoir qui sèche. D’autres possibles encore, sous le ciel métal de l’automne.

Photo – ET D’EN ÊTRE LE SOIR – Décembre 2020 – Montréal

Brume et contrebasse

Je m’habille et me déshabille.
D’autant de mots, c’est tout.

Sur contrebasse seule.
Comme une berceuse pour l’âme.

Un peu tôt pour la vigne peut-être.
Tant qu’il n’y a pas costume, dit-on.

C’est gris dehors. Il y a brume.

Brume et contrebasse.
Tiens, elles vont bien ensemble.

Photo – ARRÊT DE BUS – Plus tôt aujourd’hui, en remontant De Lorimier – Montréal 2020

L’engrangé

écrire sans savoir
ni trop ce que j’arrache
ni trop ce que je sème
seulement que j’y absous
l’engrangé
dans mon corps et mon ventre
le mis là par le temps
et les saisons de vivre

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Photo – L’HOMME ET LE CHIEN – Novembre 2020 – Montréal

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