Tous les soleils

En plus de se brûler les ailes,
on placarde des soleils
à s’en brûler les yeux.

Et la fin de l’été est là, bien sûr il fallait s’y attendre.
Je me souviens de moins de roses
et mon agacement m’a volé
quelques beaux morceaux de chaleur.

Dans la cour, les orpins qui rosissent.
Et là qui traverse la ruelle,
une guitare langoureuse,
une sorte de flamenco arabe.

J’écris le dos au vrai soleil,
un dimanche matin de septembre.

Photo – ET D’Y CALER GRAND LA BEAUTÉ * Septembre 2020 – Montréal

La pluie comme la peine

outre de m’attacher
à rien et à tout
au soleil, à l’instant
à cette voie ferrée dans ma ville
où j’aime aller marcher tranquille
je n’ai rien à déclarer
que mon corps vivant
envers tout et tout contre
la pluie comme la peine
et puis quelques ennemis jurés
mais deux ou trois amis sincères
tout pour m’exercer à mourir
les bras grands ouverts

·


Photo – LE PAS MENÉ * Août 2020 – Montréal

Une sorte de mur

Une partie de la vigne n’est plus. Question de lourdeur, de torsion malfaisante.

Mon coeur se serre quand je la regarde qui git là. J’ai dû me la jouer cruelle en la taillant hier. Raisonnable, dirait l’autre.

Une beauté perdue. Un vert opaque qui descendait derrière la fenêtre, et s’allongeait doucement entre le monde et moi. Une sorte de mur tendre et rassurant.

Ce matin, dans la cuisine, la lumière avait changé. Et l’horizon aussi.

Photo :PERPLEXE – Août 2020, Montréal

Et puis un vent

Et le vent dans les feuilles. Le froid, mais le vent.
La pluie a passé, le ciel est bleu.

Il y a de ces nuits, pleines de doute.
Et puis un vent. Celui du coeur peut-être.

Photo – BOIS TENDRE * Août 2020 – Ripon

Sans plus qu’il m’en faut

je reste là, les yeux sur l’eau trouble
accrochée aux flaques et aux gouttes de pluie
sans plus de courage qu’il m’en faut pour aimer

hier
j’ai cherché poésie au pied d’un grand arbre
et m’y suis vue, de faïence et d’oubli
et G qui me manque,
et ma mère et ma soeur aussi

·


Photo – L’ÉLÉGANCE DU TEMPS * Août 2020 – Ripon

Les longs fouets

j’ai coupé les longs fouets
qui bloquaient le chemin
après j’ai repeint
le petit mur du côté sombre

là, c’est l’oubli
le moulin arbitraire au milieu des échos
les minuscules pierres de l’âme
et mes îles, en images cachées

je fuis par là, c’est vrai
ce qui me dérange de moi, de nous
domestiqués, narcissiqués

si je vivais plus près du fleuve
j’irais tous les jours sur sa rive
attraper le vent et la vague

il fait plus froid qu’hier
et je n’y renfonce pas, non plus que les oiseaux


Photo – REFLET D’ARBRE MORT * Août 2020 – Ripon

Plus fort les violons

Comment faire autrement, je sais,
que d’y vouloir l’espace, le ciel,
grand ouvert devant soi.
Une autre journée sur le sable,
à cap et corps perdus, te souviens-tu?

Plus fort les violons, je te dis. Et la mer.
Que rien ne se dérobe, tiré par la marée de nous.

On danse encore avec le temps. Et le vent.
Et depuis le bout de l’aube, le ciel n’a pas changé.


Photo – UNE AUTRE IMAGE DU PARADIS * Août 2020 – Ripon

Un embrun de naissance

Tout ça prend la teinte d’un rêve.
Je m’y retrouve, tu vois. Le vieux bois, la vieille grange.
Et le soyeux de l’eau, plus encore que la veille.
Mais c’est sans insister. Tu devrais, qu’elle me dit.

Ne fut-ce mon corps, peut-être que j’irais. Mais il suinte l’errance
comme une boue de marais. Et ne tient de poids que mon âme.
Qui s’éprend encore de l’instant, malgré l’entre deux vents.
Et le sens qu’on y met à néant.

De là le silence, sans doute. Qui surgit malgré moi,
plus farouche qu’avant. Et qui coule et déteint
à l’eau d’autres poèmes. Une tache. Un embrun de naissance.
D’autant qu’il y a dedans, sans que je sache quoi,
quelque chose de tranquille.

Et toutes ces heures à vivre qui en font tout l’espace.
Quand le profond enlace le ciel à en mourir. Et qu’on y
voit les arbres s’éprendre des oiseaux.

En attendant, je ne sais rien. Seulement ce que je sens.
Le vieux bois me le fait. Et le soyeux de l’eau.

Photo – GRANGE *  Ripon – Août 2020

Nos corps calés

c’est l’entièreté qui veille
sans soupçons ni regrets
le grand ciel sans aumône
et le bouleau tendu dans le jour qui le prend

c’est l’oiseau et la branche
le même qui sans elle chercherait encore

et bien sûr le désir, je sais

en attendant, les heures déboulent
comme les météores d’hier

je l’arrêterais, le temps
nous l’accrocherais au coeur
pour qu’il n’en parte plus

dans la foulée d’un bout d’été
on s’attend sans s’attendre

la rivière sera là où elle coulait hier
et nos corps calés dans le matin vivant

 


Photo – FORÊT *  Ripon – Août 2020

Les hauts peupliers

C’est mon souffle et ma peau qui les savent.

Là où les hauts peupliers s’abandonnent, je regarde leurs feuilles qui frémissent dans le vent et je me dis qu’elles bruissent pour lui faire l’amour, et la montagne au loin, qu’elle inspire à la brume sa laitance d’aquarelle.

L’air est frais et humide. Il est tôt, on sait qu’il changera.

Et la forêt qui chante à plein ciel la vie.

 


Photo – BOULEAUX ET PEUPLIERS AU MILIEU DU JOUR *  Ripon, Août 2020

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