Parmi les livres

L’odeur et le bruit du papier.
Ce que tu sais un peu, sans rien du temps qu’il reste.
De l’homme dans l’allée qui pousse un chariot noir en direction des étagères.

Mais tu y penses. Au grand froid qui t’a laissée faire.
Et à ces mots qui t’aident à vivre. Avec rien à nommer.
Ni l’urgence alentour. Ni tout ce qu’elle entraîne.

C’est d’y entendre le piano. Et la rivière, avec tout son pesant de boue.
Et la plume indolente d’un certain silence.

Photo : LE DÉSIR – Été 2022

Dévalaison

Et là, l’orage. En attendant, il s’y passe
des heures, et c’est pas seulement le piano.
Quelque chose comme des os d’éther. Et le même cheval blanc.
Un bain d’émail brisé. Et des fissures à réparer.
Parce que le temps y fait.
Les gouttes aussi. Nos rivières sont immenses.
Et tu les longes en y voulant.
Ce qui coule et dévale.

Photo : SUR LA BEAUTÉ DES JOURS – Laurentides * Été 2022

Vernix caseosa

J’ai revu la fille de mai.
La tête dans les épaules et les chevilles en feu.
Celles qui l’ont rejetée n’ont jamais dit pourquoi.
Comme si à chacune sa guerre.

Et toi cet amour qui t’effraie.

C’est tout ça et d’écrire. Les fenêtres et le vent.
Et les peaux neuves, qu’attendent les rivières.

Photo : CORPS, VERRE ET ROUES – Montréal * Août 2022

Déjà d’en être

Ne me dis pas ce qui est vrai, fais-moi plutôt qui tu es.
Le chaos sera le chaos, et d’en être me va.
Déjà l’errance sous la lune.
Ma tristesse avalée par le bruit des pas et des mots.
Là où le matin s’ouvre sur le chant de la vague.
Et le bleu vert de mon écharpe avec la lumière dedans.

·


Photo : ET NOUS Y VOIR – Montréal * Août 2022

Bastringue

Moi qui aime l’eau froide à m’en geler la peau,
j’ai beau jouer d’un bois de fer sur un piano de mer,
vos violons de bastringue n’en sonnent pas moins faux.

J’ai monté des bouts de ferraille et des chevaux de pierre.
Et sur le corps du temps qui tue tatoué une rivière.

Les jours où des morceaux de moi sont mêlés à la rouille,
il m’arrive d’y voir le loup qui boit à l’encre claire,
les pattes dans la boue.

Photo : ET DORMIR AU JARDIN – Août 2022

Bleu chair

Depuis le temps pourtant.
Et chaque fois d’y voir.

La chair poussée vers l’ombre opaque.
Le silence du voleur.
Et le désir d’oubli.

C’est l’absence de bleu qui me ramène au bleu, dit-elle.
Et le vent, sur la terre pétrifiée.

Ça fait longtemps que je n’ai pas mis de rouge à lèvres.
Que ma mémoire se glisse entre la rivière et la neige.

Photo : BLEU NOIR – Montréal * Août 2022

Le consentement

et s’y mêlaient l’herbe et le bois
et la langue restée
à l’extérieur du corps – on a dépassé le jardin
on n’en voit plus que la courbure – ce quelque chose
d’une brume au bord de son visage
comme une musique interrompue

et suspendues aux heures, les perles du consentement
de quoi s’en remettre au mirage

en attendant, vaquer à l’errance me va –
et les volcans, demandes-tu

l’attaché-caisse je m’en souviens comme de
l’image d’un cauchemar – le gars assis avec son chien
comme d’un amour au monde

Photo : AMONGST THE WAYS OF BEAUTY – Août 2022 * Montréal

Prise de bec


Les autres, bien sûr. Mais je m’exaspère moi-même.



– On a l’intelligence qu’on a, dit-elle. Et ton regard sur la sienne en dit long sur la tienne. Pour l’âcre et le piquant, le doux est mièvre en sa substance. Va ton parfum, veux-tu, et laisse aller le sien.

Ça avait quelque chose d’un vent de réciproque.

– Réciproque? écrit-il.
– Oui, réciproque. Why not?

En attendant, v’là un pigeon

De pianos et fantômes

c’est une question d’espace
de grange au milieu d’une histoire
peut-être

ou une question de rivière
mais ça reste pareil
mon coeur qui y cherche sa lune

petite j’ai cru qu’elle me suivait
le temps de mes rêves d’enfant

après y a eu le plein
de la neige et du monde
le pesant des atterrissages
après les vols planés

et le piano
les sonates
que je n’ai pas apprises
les préludes non plus

je sais mes rues et mes fantômes
et mes amours un peu peut-être

·


Photo : UN CHAUD SAMEDI DE VILLE – Montréal * Août 2022

Mirador

L’arbre est là, sans mots, même derrière le mur.
Et derrière les saisons, quelque chose s’étire.
L’image d’une plaine.

Certains diraient que c’est étrange, tant ça ramène
au bleu et au blanc de l’hiver.
Le soleil qui arrache l’ombre même de l’ombre.
Où règnent les oiseaux. Et les renards en fuite.

Quelque chose appelle le large.
Ou un désert. Un état d’amour vaste.

Photo : VERRE ET BOIS – Montréal * Août 2022
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