Le long du rempart

il y a l’ocre du rivage
et sa couleur qui pénètre

dans le jour fragilisé
on marche un peu peut-être

tout est si plastique sous le regard vivant

et l’aube qui façonne
en s’inspirant du vent et du roulement des vagues
nos pensées d’argile

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Photo : JOUER DU REGARD – Juillet 2017

La distance

J’écris comme je marche.
Pour avancer. Aller vers quelque part.
Sans savoir où. Mais avancer.
Être sensible au monde. Sans m’y enfoncer.
Le voir sans m’y perdre.
Garder cette distance où j’existe mieux.
Sans perdre pour autant la sensation de vivre.

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PERSPECTIVE – Le long de la voie ferrée – Juillet 2017, Montréal

La marque de l’intime

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Vienne, 1905

Les oiseaux chantent. Je tends mieux l’oreille qu’avant.
Et à voir vieillir et mourir, j’aperçois mieux le léger voile.
La nostalgie qui effleure mon émerveillement.
Ma peine, oui. De perdre un jour la beauté du monde.
Dans tout ce qu’elle a de résistance et d’abandon.

Je suis pleine de joie et de peine à la fois.
Vivante. C’est ça, je suis vivante.


Photo : INCONNUE / L’ESPOIR DES JOURS DEVANT – Prise à Vienne, en 1905, à l’atelier Sigmund Bing.
Tirée de la même collection de photos provenant du grenier d’une vieille maison de la Caroline du Nord.

La belle démesure

le vent ne retient pas son souffle
pas plus que le temps n’efface de jours

j’ai vu monter ta vague
comme une mer au complet

si vivante et si belle
ta démesure
et non je n’ai pas peur
alors n’arrête rien
de tes séismes tendres

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Photo : L’AXE DE L’ÂME – Juillet 2017

L’intemporel d’un certain désir

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Pardubice, Tchéquie, environ 1895.

Je me suis assise une bonne heure devant le fleuve ce matin. Dans un petit parc qui longe l’eau. J’étais venue hier, mais il faisait trop froid pour rester immobile.

Près du parapet, deux bancs de bois sont tournés vers l’autre rive. De là, on peut admirer le fleuve dans toute sa largeur, sur quelques kilomètres d’un côté et de l’autre. On y voit bien le quartier d’en face, à flanc de colline, qui semble abriter surtout des maisons d’après-guerre, assez pareilles les unes aux autres, et de beaux grands arbres, plantés sans doute à la même époque. À part les cimes qui valsent au vent et quelques rares passants, on dirait que rien n’y bouge trop. Au plus près du rempart, une vieille église en pierre et un immense saule pleureur viennent achever le tableau. J’y traverserai bientôt. Pour l’instant, je suis contente d’admirer de loin.

Je rêvassais dans le petit parc, je pensais à toi, à nous, à ces récentes années qu’on a laissé passer dans trop de silence peut-être, quand une femme est sortie d’une des maisons qui bordent l’eau. Elle portait un long manteau noir qui lui descendait jusqu’aux chevilles. Elle s’est immobilisée quelques secondes sur le trottoir. Puis elle est repartie, d’un pas lent et lourd. Je l’ai suivie des yeux jusqu’à une autre maison, à côté de l’église, où elle est entrée sans frapper.

J’ai imaginé qu’elle allait y voir son amant, ou qu’elle venait de le quitter et rentrait chez elle. Je me suis raconté l’histoire d’une femme qui n’avait pas résisté à son désir.


Photo : INCONNUE / LA BELLE ANDROGYNE – Fait partie d’une collection de vieilles photos qu’une amie m’a offertes et qui proviennent du grenier d’une vieille maison de la Caroline du Nord. Celle-ci a été prise à Pardubice, en Tchéquie, autour de l’an 1895 par K. Stoklas, photographe.

Bois de grève

comme le bout de bois sur la grève
la pierre lovée dans un creux de la terre
le vent qui souffle sans rien chercher
et la vie, la vie qui se donne

*

dans l’écume épaisse des vagues mondaines
la peur d’échouer et celle de s’échouer

mais ailleurs l’océan
qui te prend jusqu’à l’âme

je voguerais à l’infini
que je n’en aurais pas trop

moquez-vous, soyez cruels et moquez-vous
du haut de vos prétentions

il n’en restera pas moins
mille mers intérieures
où devenir libre

carolinedufourautpoendsbws

EN DOUCE – Sur l’avenue du Mont-Royal, il y a deux jours

Jamais la même

j’entends tout encore
les bruits de la rue
et ceux du monde
et pendant que j’entends
je prends tout
je veux tout
la lumière qui jaillit
et la nuit qui retombe
même si mille fois pareille
je l’entends autre
jamais la même

˜

Photo : BOUT DE MONDE – Hier, rue Beaubien

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