Le réchauffement

Ah! te voilà qui reviens, après un long vent de grisaille.
Beau que tu es, comme tout l’espoir du monde.

En attendant la suite,
je garderai la nuit pour y poser mon âme
et le jour pour y sourire au reste.

Photo : LE RETOUR DU DOUX * Sur le Plateau, 21 avril 2018

Nos carnets verrouillés

Il y a nos silences.
Ceux-là des fleurs qui poussent dans des jardins souillés.
Et il y a nos guerres.

Mon esprit débridé comme un beau cheval fou m’a fait te parler d’elle.
Après je n’ai plus su si j’aurais dû ou pas.

Et ce matin, je pense aux mots qu’on n’ose pas.
Aux carnets verrouillés de nos peines humaines.
Alors qu’on naît d’un même souffle de douleur et d’extase.

Photo : AVANT D’Y ALLER * Hier, dans le Mile End

Quelques larmes avant la suite

Quelques larmes avant la suite, comme
un poème pour sortir du tunnel. La nuit
te dira ce qu’elle a à te dire. Elle te
parlera de l’eau peut-être, ou de toi
qui en manques. Des mains de l’autre,
à la source. Celle du cœur, pour qu’il
s’ouvre. Et des mots, comme un chemin
où marcher doucement. Sans trop de bruit.
Juste assez fort pour que les murs
te renvoient un écho.

Photo : MATINALE * 11 avril 2018 * Dans l’arrondissement Ville-Marie

Quand je dis toi, je dis moi

quand je dis toi, je dis moi
sinon je suis sans existence
le coeur sans la terre
le ciel sans la mer
on n’imagine pas
le monde sans tempête

un désert gris sans rien
d’autre que lui-même
et si je tremble encore
c’est parce que je ne sais
rien faire mieux qu’aimer

le reste est ma blessure
mon ravin
mon lot de circonstances
pour en être
le temps d’une vie

Photo : L’ILE AU BOUT DE MA LENTILLE * 5 avril 2018 * Lac des Deux Montagnes, vu de l’autoroute 40

Notes et nimbus

pour A.

je laisse aller les choses
c’était long, qu’il me dit
il faut nos âmes coulantes
pour que la peine passe

celle que j’aime s’est perdue
il y a bien des années déjà
entre notre lit et l’oubli
nos grands jardins se sont défaits
comme un tissu qui ne tient plus
elle a oublié les accords
même ceux-là qu’on jouait ensemble
au fond, dit-il
c’est la musique qui décide

mais là tu vois, je n’ai plus peur
le temps a passé tant de fois
que je ne lui résiste plus
ça n’a jamais servi à rien
la lumière passe à travers tout
du plus petit à l’immense

et puis je m’éteindrai, dit-il
comme ce nimbus qui se meurt
la vie se repeindra d’elle-même
dans son grand ciel mystère
parce qu’on n’est jamais que soi
pareils aux notes et aux nuages
et de moi comme d’elle
il ne reste déjà
que l’écho
et un long filet blanc

Photo : RUELLE DE FIN D’HIVER * 6 avril 2018 * Rosemont – Petite Patrie

Détours et murmures

c’est ma rivière
avec ses creux et ses silences
ses remous et ses pierres au fond
je m’y suis faite avec le temps
jusqu’à aimer sa démesure
ma rivière encore et seulement
ses longs détours et ses murmures
mais dieu que j’ai hâte au printemps

Photo : RESTANT DE NEIGE * 5 avril 2018 * De l’autoroute 40

Le premier élan de l’étreinte

l’étreinte, hier
dans son premier élan

je romps sans le vouloir
comme le ciel se couche

étreins-moi dans ma chair
que le vent glisse dans la faille
et verse
jusqu’au creux de ma terre
abreuve-moi
que se coule le tendre

et puis j’ai digressé
le doute m’a emmenée ailleurs
qu’importe à tort ou à raison

j’ai changé la photo
et parlé du printemps
en me disant
qu’au fond je lui ressemble

Photo : Métro Beaubien, sous terre * 31 mars 2018

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