Je sais seulement que tu y étais

J’essaie de me souvenir.
De ce à quoi je pensais. Mais j’oublie.
Je sais seulement que tu y étais.
Dans cette pensée, je veux dire.
Et qu’une bouffée d’âme m’a prise. M’a surprise.
Je me suis assise. Sur le rempart.
Et j’y suis restée.
Longtemps. Sans bouger.
Tellement tout était clair.

Photo : LONGER LA GRÈVE – Juin 2018

Au bout de la route

ma main dans le vent
et le ciel
si totalement libre

si seulement
comme l’arbre et la rivière

et voilà qu’on y est

ah! le sabot resté
l’aimé de la louve

et le café
meilleur que d’habitude
et la brume, la brume
qui ne fait pas semblant

et nos rires qui éclatent
plus souvent que d’autres jours
l’amour plus léger
d’être parfois plus lourd

et ce matin, le bruant
et sa belle nostalgie

et le lac, et le vent

Photo : SANS TITRE – Lac Kénogami * Juin 2018

Nos amours confiants

et encore la musique
qui franchit la distance
entre la nuit et moi

le plus long jour
et face à lui
je change mais je reste la même
d’un rêve de m’abandonner
à la beauté du monde

et gravé sur ce rêve
le même chemin d’errance
où les amours confiants
contrastent dans la brume

la rivière reste large
et ses berges mouvantes
et le vent continue
de faire danser la mer

Photo : ET L’ÉTÉ QUI SE DONNE – Montréal * Juin 2018

Aussi bien condamner la mer

Elle a dansé sa rivière.
Avec l’eau qu’elle avait.

On est d’un temps. Et d’un terreau.
Et d’un même rêve de large.

À t’entendre parler, aussi bien condamner la mer.

Photo : SE RAPPELER LE VENT – Juin 2018

Tant qu’on aura le ciel et l’eau

et ce vieux bateau troué
qui s’amuse à prendre l’eau
dans la nuit qui s’achève

t’en fais pas, s’il le faut
on nagera jusqu’au désert
en glissant sur la peau de l’âme

on fendra le jour dans la vague
avec le vent derrière

il peut vaciller le bateau
frémir dans le souffle de l’aube

tant qu’on aura le ciel et l’eau

Photo : LA TRANSPARENCE DES JOURS – Au bord du lac Kénogami * Juin 2018

Ce matin pourtant

J’ai pris une dernière empreinte, celle d’avant le départ.
Pour que la beauté subsiste au-delà de l’instant.
Qu’elle me suive un peu.

J’ai pris le temps de prendre.
Par mes yeux, la montagne et le lac.
Par ma peau, le vent et le soleil.
Par mon nez, les pins et le sable mouillé.
Mes oreilles, le bruit de l’air et de la vague.

Et ce matin pourtant, sous le ciel bleu,
et avec dans la cour les roses, les sauvages,
celles au parfum qui m’enivre,
ce matin pourtant, j’y retournerais en courant.
Malgré l’empreinte. Ou à cause d’elle.

Photo : AU COEUR DU TEMPS – Au bord du lac Kénogami * 12 juin 2018

Morcellement

laisse-toi prendre, me dit-elle
sois l’eau et le bruant
dans le murmure de l’aube
il ne t’arrivera rien
que l’instant qui se meurt
et renaît au néant

et devant elle encore
ma béatitude

elle qui s’appartient
sans prière ni lieu
si entière et tranquille
dans son morcellement

Photo : MÉMOIRE DU VENT D’HIER – Ce matin, aux premières lueurs du soleil, au bord du lac Kénogami

No more posts.