La cigale

Et la mienne de lourdeur, dans cette chaleur que j’aime.

On a pris une nuit au mot, pensant qu’elle en disait plus long que tous les temps mis ensemble et tous les mystères de ce monde.
Heureusement l’errance et le rêve contre les bruits assourdissants. Et la cigale, qui n’en fait qu’à bon vent.
Et là de lire un peu Whitman pour mon coeur qui s’allège dans ces échos de la conscience.

Photo : SONG OF MYSELF * Août 2021 * Montréal

Huit cent soixante jours

Le train roule.

Sur une roche, au sortir de la ville, à l’ombre d’un petit arbre,
un homme et sa bouteille.

Je pense à cette faille dans ma terre plus sèche.
Où un simple frôlement vient séparer le sol jusqu’au fendillement.

M. m’a accompagnée à la gare. Avec sa douceur légendaire.
Et la mienne à côté, comme une pierre qui glisse dans l’épaisseur de l’air.

Les arbres filent, et les usines.

Huit cent soixante jours ont passé.
Et juste là, je regardais le ciel et j’ai vu ton visage.
J’arrive à voir ce que je veux dans ces moutons volants.

·


Photo : GOING NORTH – Août 2021 * Laurentides

Les vents ou les âmes

perdre pied, encore
sans avoir vu venir, sinon le simple jour

un pas dans le coulant du sable

et les coeurs et la peine
et l’orgueil peut-être

mais rien de tout ça n’est très clair
autre que d’y vouloir aimer

et que les vents ou les âmes
viendront bien à bout de la brume

Photo : EXISTER ENSEMBLE – Août 2021 * Montréal

Légèreté

où j’ai tu que dans la
nuit j’avais gratté près
des fissures
dans les
fendillements

tu pour
y rester légère
plus légère que mon corps
et mon âme béante

et tendre un miroir
immobile

·


Photo : ERRER À TRAVERS LE SONGE – Août 2021 * Montréal

Le bateau et la mer

la nuit dernière, dans la cuisine
le seul bruit du frigo

une certaine immobilité
mais pas celle du coeur ni du sang

la chaleur est lourde et humide –
j’irai marcher aux mêmes heures
mais plus lentement que d’habitude

j’ai retrouvé un bandeau rouge
qui empêche la sueur de noyer mon visage

je donnerai à l’errance jusqu’au bord de la nuit
avec rien à feindre

le temps reste ma grâce – le bateau et la mer

Photo : L’INTIME – Août 2021 * Montréal

La nuit s’épuisera

Sortez-l’en
Sortez-m’en, dit-elle
Du charbon étendu
Ou tiré à la ligne

Le jugement est lourd
À décoiffer la lune
Et par-dessus l’épaule
Les têtes s’y promènent

La nuit s’épuisera
De par son propre ciel
Les étoiles sont belles
Aussitôt qu’on les voit

Inspiré de cette esquisse de J’y B

Flottements

nos âmes qui s’ébrouent
sur les courbes du temps

j’appartiens au chaos

on dira ce qu’on veut des
histoires des autres
le sort y reste un cheval sans bride

mais si tu veux savoir
comment va mon matin
le vent y fait flotter les feuilles de l’érable

et je pensais
à ceux que j’aime

·


Photo : LE DRAP BLANC – Août 2021 * Montréal

Avant mon café

les feuilles de l’érable bougent à peine
comme si elles s’éveillaient doucement

et cette lumière sur la porte
son bois orangé que le jour caresse

t’as marché
dans l’air du p’tit matin
ton corps ne voulait plus dormir

pendant ce temps moi j’ai rêvé
d’un ascenseur
où on m’interdisait d’entrer

et puis l’aube est venue me prendre
et l’eau comme une chute claire

j’ai répondu à ton mot
avant de me faire mon café

Photo : L’OISEAU – À l’instant * Montréal

Par bonheur le ciel

fragmentation
incohésion

nos vieilles fissures encore

et tout ça n’a rien d’invisible
ni l’aigre ni le sang qui bout

par bonheur le ciel reste libre
et la rivière, ardente

et le vent souffle
sans qu’on puisse le désavouer

Photo : VEINURES – Août 2021 * Montréal

Bodistique

juste les prendre au passage
qui roulent dans ma tête
comme des cailloux dans l’eau

une feuille, un vent
et le ciel presque blanc

et les oiseaux, comme d’habitude

je me demande
tous ces fils électriques

et toi, l’arbre
t’en penses quoi ?

on croit savoir
et la nuit change tout

pour vrai je n’ai rien

que le temps

quelques coeurs pas loin

que le chaos tout seul
a mis sur mon chemin

et des mots en rivière

pour y couler le mien


Photo : BEAU DISTIQUE * Juillet 2021 – Laurentides

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