Après tant d’errance

Le temps n’a pas cassé l’arbre de mes vingt ans.
Si c’est ça l’innocence, je préfère la garder.


Photo : RUE BEAUBIEN * 29 octobre 2018, Montréal

Petits bonheurs

quand elles seront sèches
les feuilles mouillées par la pluie
seront emportées par le vent

sauf s’il neige entretemps

et moi en attendant
sur un miroir à vivre
je cherche encore les mots

ceux-là qui diront tout
de moi, de nous

et ça même si je sais
qu’inéluctablement
je ne trouverai toujours

ou jamais pour la rime

bref

que je ne trouverai
qu’un éclat, une trace
une image fugace

_

Photo : COEUR DE SARCELLE * Octobre 2018, Montréal

Danser le monde

sublime lueur qui me tire du lit
ta liberté sera la mienne comme celle de l’érable en avant
ta liberté et le temps pour y danser le monde

Photo : EN PASSANT PAR L’AUTOMNE * Dans le Champ des Possibles, avant-hier.

Et voilà que l’automne

il fallait bien que le temps passe
sinon il n’y en aurait pas eu
un peu aussi que la vie flanche
sinon je n’en aurais rien vu

et voilà que l’automne se penche
pour y laisser venir l’hiver
et moi qui ne demande pas plus
que d’en être et n’en parlons plus

Photo : RUE DE LA ROCHE * Hier, dans mon quartier

Continuum d’octobre

Ils étaient partis plus tard qu’ils ne le voulaient.
Mais la route avait été belle.
Avec de la neige dans les hauteurs de la réserve faunique.
Et là, le feu crépitait dans le petit poêle.
La cabane se réchaufferait vite, elle le savait.
En attendant, elle irait faire quelques pas sur la grève.
Le vent, plus froid que la dernière fois.
Le lac, le même, mais pas.
Pareil pour le ciel.

Les yeux sur la montagne d’en face, elle voit la buse qui tournoie au-dessus des arbres dorés. Plus tard le même jour, elle verra le huard, au loin, glissant sur l’eau dans son manteau d’hiver. Puis au fil des heures, à partir du jour du milieu, elle sentira le temps qui s’accélère.

on s’est fait un banc avec du bois de grève
et trois rondins de peuplier faux-tremble
un banc pour s’assoir près de feu

plus le départ approche
plus les heures me sont courtes

Photo : UN GRAND HÉRON, LA NUIT * Au bord du lac Kénogami – Octobre 2018

Pour y bercer le rire

je nous ai vus
qui courions loin de l’aube
vers des miroirs éclatants et de grands paravents
et puis je nous ai vus nous aimer comme des fous
sous un ciel aussi vaste que nos yeux devenus
à rêver d’un monde où le tendre
ne se lasserait pas

et partout il y avait le temps
qui jamais ne se perd ni jamais n’est perdu
qu’importe le lit ou la rue, le beau ou l’ordinaire
le temps
pour y bercer le rire jusqu’au bout de la nuit
tant qu’il y reste un coeur encore ému à prendre

Photo : LE ROSE D’I * Sur le mont Royal – Octobre 2018

Stupeur et froissement

L’esprit disloqué par le poids.
Le poids de rien, surtout.

Puis un froissement de désir.
Pour le corps dans l’espace.
Sa lourdeur et sa gravité.

Dans des bras, peut-être.
Mais aussi.
Sur le plancher d’une ville.
Ou par le ciel d’une fenêtre.
À regarder le temps.

Un froissement de désir.
Et le monde t’a réapparu.

Photo : IMPRESSION D’OCTOBRE – Hier, rue Laurier * Montréal 2018

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