Les lèvres du matin

j’y viendrai, ou peut-être
à ce jour où je dirai
les choses comme elles se murmurent
d’entre les lèvres du matin
et celles du noir ou de l’ombre

j’y viendrai, ou peut-être
à voir mieux que moi-même
par les yeux du ciel et du monde

Photo : RÉFLEXION – Mars 2019

Le ciel et les tracés de neige

le trottoir et la rue
en plancher de diamants
et me voilà qui glisse sur la peau de l’enfance
mon ventre, mes os, la neige, le vent
tout passe et finit par mourir

je suis faite timide devant la beauté nue
consens et me dissous
pour mieux voir la lumière et l’ombre
le ciel et les tracés de neige

 


Photo : À JOUR VERSANT – Rue Beaubien, Montréal * Fin février 2019

Le cuir solide

C’est vrai que tout de suite au premier regard, on ne pouvait faire autrement que de remarquer, autour de ses yeux vifs, sa peau brune et cuirassée. Et les plis francs de son visage.

Je l’ai d’abord vu de dos. Il marchait lentement sur le trottoir glacé, appuyé sur sa canne et sur son corps d’homme fort. Poussée par le grand froid, je l’ai dépassé sans ralentir. Puis il m’est venu que je l’avais peut-être brusqué, ou déstabilisé. Je me suis retournée en m’excusant.
Il m’a souri, le regard tendre.
– Je n’ai senti aucune menace, m’a-t-il dit d’une belle voix chaude.
J’ai voulu qu’il me parle encore. Sa lenteur dans le froid extrême m’a fourni le prétexte parfait.
– Vous avez froid?
– Frais, qu’il a dit en appuyant bien sur le mot. J’ai grandi sur une ferme, on passait nos hivers dehors, entourés de chevaux. J’ai le cuir solide.
On souriait tous les deux. Et en même temps qu’il parlait, j’enregistrais de mon mieux dans ma mémoire.
On s’est souhaité une bonne journée. J’ai continué sur mon élan. Puis j’ai vu. L’occasion ratée. Je me suis retournée en me disant que je pourrais m’arrêter et attendre qu’il me rejoigne. On parlerait un peu encore, en marchant côte à côte.
Mais il avait rebroussé chemin. Lui qui n’était sans doute sorti que pour une bouffée de fraîcheur.

Photo : L’HIVER-PATIENCE * Montréal * Février 2019

Nos fuites belles

la nuit aura été trop courte
mais heureusement ton coeur
ne s’en porte pas pire

moins vingt-sept sur la peau
fin février
d’habitude ce serait janvier

quand même il viendra le printemps
la glace fondra et le vent sera tiède

je sais, me dit-elle
mais mon désir se meurt

alors approche un peu
qu’on se fasse murmures

qu’on se dise ces ouvertures
grandes comme l’océan

et ces murs
où laisser faire le temps

et puis nos fuites belles
comme autant de prières

autant de filés de sarcelle
sur un grand ciel d’hiver

 


Photo : BARAQUE DE RÊVE (Souvenir de janvier) * Sur la 40, en route vers le Saguenay * 2019

Fabrications

En façonnant son regard,
l’esprit fabrique sa gloire et sa déchéance,
ses prisons et sa liberté.

En attendant, l’hiver et la glace prennent leur temps.
Et nos cœurs et nos corps poursuivent l’histoire.
D’un univers valsant. Entre l’essor et le déclin.
D’où voir. L’hiver et la glace qui prennent leur temps.
Le printemps qui nul doute viendra.
Avant l’été. Qui le suivra.

Photo : VIVANCE * 21 février 2019 – Montréal

L’effet de chaîne

Concernant l’aire économique.
On me dirait que j’y marche sur la pointe des pieds.
Et je répondrais peut-être.
Que je crains de concourir à l’assourdissement du monde.

Photo : FLOTTEMENTS * 15 février 2019 – Montréal

Le temps lent

tes larmes sur la pierre
et ton coeur, sans autre raison

je n’y sais rien
que le temps lent au milieu de l’hiver
tellement rien
que le pas devant nous
même pas demain

c’est vrai
qu’on fabule surtout

et là, ce matin
le soleil sur la neige

 


Photo : REFLET SIMPLE * 14 février 2019 – Montréal

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