C’est la même maison, son jardin blanc d’hiver et ses portes ouvertes en été. Il fait plus froid qu’hier. Debout à la fenêtre, j’enfile des épaisseurs, un piano au creux des oreilles.
Et ce vieux livre qui se défait entre mes mains au fil des pages que je tourne, la colle qui ne tient plus. Toutes les nuits, j’en mets des morceaux sur la table. Je contemple la chute. En même temps que la remontée. Puisque rien ne finit.
Sur le trottoir, une fille se presse dans le noir tendre de l’aurore. Vu l’heure qu’il est, c’est sans doute pour l’autobus.
Décembre a changé l’horizon. Le froid bavarde avec les corps, avec les coeurs aussi. Et là janvier. Presque toutes les nuits, depuis plusieurs jours déjà, l’île se tapisse de neige neuve, les aurores sont vierges. Dans les heures d’après, au fil des pas et des machines, les rues et les trottoirs retrouvent leur bitume, laissant de longues veines blanches qui s’étendent partout sur la ville. Vaut mieux aller doucement, dit Maude, c’est facile de glisser. Nos lèvres tremblent comme l’eau, mais ne se serrent pas. Tout ça reste le temps. Je pose la main sur une porte et l’histoire au complet se courbe. On pourrait sur la suite se perdre en conjectures. Mais le temps reste souverain et les âmes trépignent. Vivons encore, oui.
Photo : LES RUES BELLES D’HIVER * 12 janvier 2026 – Montréal
Oui, ce fameux vide. J’ai quand même choisi de ne rien lui en dire. Parfois le silence est de mise pour mieux mettre le pied devant.
Ces matins-ci, quand je me lève, la neige fait figure d’aurore. Une première, avant la vraie. Quand le ciel est encore plein noir. Comme une sorte d’espoir. Et voilà que la rime l’emporte et me fait divaguer un peu. En quoi la neige ressemblerait-elle à l’espoir – parce qu’elle est blanche et belle, silencieuse et rebelle ?
La boule de Noël rouge est restée suspendue à la fenêtre du salon, au-dessus du calorifère. Quand il envoie de sa chaleur, elle se met à danser.
Photo : LES MANÈGES DU TEMPS * Janvier 2026 – Montréal
On se retrouve quelque part pas trop loin d’une chambre, dans l’échelle commune, entre des lieux étranges et des lieux familiers. Et nos corps, dans le soleil et la beauté, tracent encore des ombres sur les bords de l’espace.
Quand même, dit Laure, certains avancent jusqu’au piano et d’autres sont ailleurs.
Les fenêtres de bois vieilliront doucement. La maison sera close un jour pour nos yeux qui la voient. Il n’en restera qu’une mémoire, un souvenir lointain, comme celui de la rue où tu t’étais mise à danser.
Photo : PENCHÉE POUR LA MUSIQUE * 8 janvier 2026 – Montréal
Pour Jeanne, Maude et Laure, l’année commence blanche. Bienheureuse folie. Encore faut-il aimer plonger.
L’histoire aura duré un bon gros sept cents jours. Une éclatée de bord de rive. Pas la première ni la dernière. Mais Laure n’est pas vengeresse, Maude conjure les sorts, et Jeanne est passée maître dans l’art de traverser les eaux. À trois, elles orchestrent la fin. La pluie retrouve sa chanson, la neige sa déraison, et la vie son tournant. On n’a pas tenu tête au vent et on a surtout laissé faire. Les berges y dansent de mémoire et le temps devance l’envol. C’est toujours un peu viscéral. Un peu la même histoire d’espoir en la beauté du monde.
Et moi, je lis Patti et j’écoute Joni. Comme un besoin criant, un besoin de lire et d’entendre, et de goûter aussi, ce que je sais déjà.
Photo : RAFALES ET SOLEIL FOU * 1er janvier 2026 – Montréal