Corps et ombres

On se retrouve quelque part pas trop loin d’une chambre, dans l’échelle commune, entre des lieux étranges et des lieux familiers. Et nos corps, dans le soleil et la beauté, tracent encore des ombres sur les bords de l’espace.

Quand même, dit Laure, certains avancent jusqu’au piano et d’autres sont ailleurs.

Les fenêtres de bois vieilliront doucement. La maison sera close un jour pour nos yeux qui la voient. Il n’en restera qu’une mémoire, un souvenir lointain, comme celui de la rue où tu t’étais mise à danser.

Photo :  PENCHÉE POUR LA MUSIQUE * 8 janvier 2026 – Montréal

Longtemps après

Pour Jeanne, Maude et Laure, l’année commence blanche. Bienheureuse folie. Encore faut-il aimer plonger.

L’histoire aura duré un bon gros sept cents jours. Une éclatée de bord de rive. Pas la première ni la dernière. Mais Laure n’est pas vengeresse, Maude conjure les sorts, et Jeanne est passée maître dans l’art de traverser les eaux. À trois, elles orchestrent la fin. La pluie retrouve sa chanson, la neige sa déraison, et la vie son tournant.
       On n’a pas tenu tête au vent et on a surtout laissé faire. Les berges y dansent de mémoire et le temps devance l’envol. C’est toujours un peu viscéral. Un peu la même histoire d’espoir en la beauté du monde.

Et moi, je lis Patti et j’écoute Joni. Comme un besoin criant, un besoin de lire et d’entendre, et de goûter aussi, ce que je sais déjà.

Photo :  RAFALES ET SOLEIL FOU * 1er janvier 2026 – Montréal

Ridere

Et la tendresse comme les feuilles à la petite pelle. Et puis le monde qui met du temps à enfiler ses bas. Moi qui croyais que c’était simple. Un pied et l’autre, et debout les enfants !

Il faut ce qu’il faut, je suppose. En attendant, je t’appellerai, tu m’appelleras, et on rira au téléphone.

Photo :  TOUS LES DÉTOURS * Avant-hier – Montréal 2025

Basiare

Jako ne pense à rien ou presque –
il court, Jako, il court
à la faveur d’un autre hiver

la face dans le froid et la neige
entre les arbres et les clôtures et le béton armé

décembre tire à sa fin et Jako court encore

je me saisis
du baiser mordant de l’hiver

Photo : FUSAINEMENT MA VILLE * Fin décembre 2025 – Montréal

Saisons

Vingt-six décembre. Et le bas du ciel est bleu tendre.
S’il n’y avait la neige, d’aucuns le diraient blanc.

Joni m’a fait pleurer hier. Both sides now. Version 2000.

Un vieil homme passe devant, les yeux sur le trottoir.
Le temps est froid. Moins froid que chez ma fille,
qui vit dans les montagnes, mais froid dans cette histoire.

Le bougainvillier n’a fait aucune fleur depuis qu’on l’a rentré.
L’an dernier, au même jour, je ne les comptais plus.

Joni m’a fait pleurer hier. Moi qui ne sais rien de l’amour
même après tant d’années. Ni de la vie non plus.
Sinon que les saisons passent.

Photo : LA BLANCHEUR SOUVERAINE * Le 23 décembre 2025 – Montréal

Dehors, la neige

il y a eu l’oiseau
un jour entre les deux
puis un oiseau, un autre

ça se sentait déjà –
la neige avance toujours
son parfum en premier

où les hirondelles font leur nid
avec des boulettes de boue
les âmes savent s’accorder
avec le temps qui passe

la rue est vide et blanche
et le ciel pareil

ma ville dort encore
hier, c’était le réveillon

Photo : REGARD AU SUD * Avant-hier – Montréal

Hirundo

À quoi sert la plaie sur l’aile de l’hirondelle ? 

Un jour d’automne, tu as enfourché ton vélo pour chercher le cahier perdu. Le grand cahier d’Émile, celui que j’ai laissé se perdre parce que j’avais le coeur ailleurs.

Je viens de la beauté comme de la violence. Je suis un ange et un monstre.

Photo : UN COULOIR CLAIR * Décembre 2025 – Montréal

Quiritare

c’est bon, ce n’était rien

les âmes changent de place
pour se voir autrement

je ne sais pas sa tête
à peine la mienne –
voilà

en attendant
l’hiver est blanc et tendre
nos pas sont plus lents dans la neige

le clocher est couvert
j’ai repris la photo
qui faisait plaisir à ma mère

j’ai crié, me dit Jeanne

ou l’amour dans le sang comme l’hiver à la longue

l’hiver est bleu aussi

Photo : PETITE FOULE * Décembre 2025 – Montréal

Medulla

Personne, et pourtant l’eau tape sous la barque,
personne, et encore le frêne se tait,
personne, et le tremble brille,
personne, mais quelqu’un.
Suzanne Jacob

Le vent me taillade la peau. Les mots me tiennent l’âme.
Tout ce temps-là, y avait quelqu’un. Quelqu’un à réparer, dit-on.

Faudrait déjà pouvoir me dire de quel bois je suis faite.

Ma folie joue de failles tendres et mes matins tiennent toujours.
La vie de toute manière me ramassera bien assez vite.

Photo : L’HIVER DE LA ROSE  * Le 6 décembre 2025 – Montréal

Brisare

On parlait d’aller voir ailleurs.
Un autre insoutenable.
Et d’y aller encore comme entre les oiseaux.
Et comme l’eau peut-être. On ferait avec le cassé.
Le grain entier ou pas.

Ça va aller, tu dis.
Le gars d’en face a mis sa belle étoile.
Celle de l’année dernière.

Toute la beauté toujours.
Et balancer le reste.
Poser nos yeux sans rien savoir.
Seulement la ressemblance. 

Et moi je n’ai rien dit.
C’était faire avec le brisé.
Tout le cassé de nous. 

Photo : LES TENDRES BOURRASQUES * Aujourd’hui 14:08:36 – Montréal

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