Le panier d’osier

et la couleur du mur avait changé d’un coup
comme les cheveux de Laure au moment de la chute

on peut se demander ce qui serait arrivé si tout s’était arrêté là
si les lignes s’étaient effacées
et que les bractées roses du bougainvillier n’étaient pas revenues

en attendant, le ciel est blanc et l’asphalte est mouillé
les oiseaux sautent d’une branche à une autre
et les bourgeons commencent à raconter l’été

tout ça pour la musique et encore la musique

et ce panier d’osier qui n’a rien d’un panier

(Et la couleur du mur avait changé d’un coup comme les cheveux de Laure au moment de la chute. On peut se demander ce qui serait arrivé si tout s’était arrêté là. Si les lignes s’étaient effacées et que les bractées roses du bougainvillier n’étaient pas revenues. En attendant, le ciel est blanc et l’asphalte est mouillé. Les oiseaux sautent d’une branche à une autre et les bourgeons commencent à raconter l’été. Tout ça pour la musique et encore la musique. Et ce panier d’osier qui n’a rien d’un panier.)

Photo : POUR LE RÊVE – Montréal * Avril 2025

Où vont les choses

Où je me perds entre les doigts, la basse et les balais. Où tout ce que j’entends, je vois. Qui veut briser la solitude. L’effort ultime. Le désir le plus fou.

Je ne m’arracherais rien.

Dans la petite histoire du monde, il y a eu toi, il y a eu moi. Le jour est différent d’hier, le soleil qui frappe autrement. Et là une jeune mère, qui pousse un enfant.

Le chêne disparu, les pieds nus, la peau boisée. Qu’y avait-il à écarter ? Ce besoin d’être rassuré, peut-être.

En attendant, la musique me parle.

Roule, je dis, et je roule moi aussi. Tu me tues et me mets au monde. Je trouverais un coin, un petit coin de mur, pour le temps que ça dure. Pour la beauté. Qui me sort du reste. À coups d’accords.

Un malheur, une chance, qui sait jamais où vont les choses. Mais cette musique, je comprends. Celle qui vient de loin, celle qui naît dans l’instant, qui ne reproduit rien.

Et mon café est bon.

Photo : LE PIANO – 5 avril * Montréal 2025

Coirassa

J’entends des choses que tu ne diras pas. Comme les chemins que tu as pris sous un ciel sans mots. Et les creux que tu as trouvés pour y rouler ton âme, toute neige tombée par-dessus tes chagrins. La cuirasse est un don qu’on savonne à grands coups. Le vent quand même qui prend dedans, ça fait partie du jeu. Tu en as souvent ri, je t’ai vu t’éclater quand les verres tombaient. Surtout s’ils se brisaient. Et là tes pieds. Qui saignent un peu. Et tu regardes le vermillon qui coule doucement. C’est beau malgré. Malgré. C’est beau ce rouge, non ?

Photo : ROULADSKI – Hier * Montréal

Chapeaux et océans

Less is more. C’est à peine si les fissures sont assez larges pour un mot. 

S’éparpiller, tendre son pied à d’autres pieds, se faire un oreiller de plumes et d’amours rétrogrades sur un trottoir un peu mouillé, un air dévergondé, un mur d’enfant, un jeu de dames. Se perdre, aller nu-pieds dans l’herbe ou sur la voie ferrée, chercher un oeil rieur, les larmes d’un saule pleureur ou un enfant à faire sourire. Faire un chapeau de paille avec des bris de toit, des languettes de peau, des chevaux sans fer aux sabots et des océans plats.

Écrire et voir l’hiver encore.

Photo : FLOCONASKI – Hier * Montréal

Et l’été sans avance


… restons calmes et tout sera calme.
Suzanne Jacob


Te revoilà la blanche, ô saint hivernement, avec rien à prouver. Le monde est fou et toi tu danses, tu tombes sans demander ton dû, dû comme dans la pauvre cassure, dans ce qu’on doit ou ne doit pas, du même verbe détestable à l’envers du geste du jour et à l’envers de tout peut-être sinon parfois un peu d’y ramasser la sienne.

Pendant ce temps, on jappe tous les deux mais on se mord à peine. C’est souvent d’un côté, trop longtemps trop d’histoires. De l’autre, les yeux léchés alors qu’on ne demandait rien. 

Les choses arrivent sans retard. L’été. L’été ne sera pas d’avance, amen.

Photo : SANS RIEN Y PERDRE – 7 avril * Montréal 2025

Expandicare

Et le matin qui improvise.
Sur Jarrett et le ciel.

Ma ville qui s’engrise.
Ce qui reste encore le printemps.

Je peux encore rire et pleurer, même sur le décompte.
C’est parfois un peu le piano. Ou tes doigts sur les noires.

Au fond, qui meurt de s’épancher, certainement pas moi.
Ni les branches tendues.

Photo : EN CHEMIN, LE SOLEIL – Avant-hier * Montréal

Les humeurs du temps

Une des beautés de l’hiver, c’est le glacé de l’eau. La douche frigorifiée, celle qui me sort des mollesses de la nuit, me ramène à la vie. Me fait crier d’un quelque chose qui s’approche de l’extase. Dès que l’air se réchauffe un peu, je sens l’eau qui tiédit. Et dans le plus chaud de l’été, quand j’attends d’elle qu’elle me réveille, monte comme une envie de me plaindre. Mais je compose. Vie de médaille et de côtés. D’autant plus que j’aime l’été. Même dans ses chaleurs humides.

Hier goûtait l’extase. Cette première tiédeur qui rappelle le vent d’été. Comme la première neige. La première feuille rouge. Tout change, je me dis. Heureusement, tout change.

Photo : DANS L’EMBRASURE DU PRINTEMPS, LES CORPS – Hier * Montréal

Le flou d’ardeur

Je ne sais rien sinon que tout traverse tout. Et que l’eau y tombe toujours avant que la terre soit mouillée.

Elle m’a dit ça il y a vingt ans et j’ai pas oublié. On riait et pleurait beaucoup quand on était ensemble. On s’était réservé les soirs pour se dire les choses. La maison était assez grande pour qu’on puisse y vivre à plusieurs. On y avait passé l’hiver, Marie et moi. Tous les matins quelqu’un veillait à faire un feu. Le monde voulait une promesse qu’on refusait de faire. Et les jours se levaient les uns après les autres.

Je n’ai pas peur de l’invisible. Mais il y a trop de parenthèses et on finit par échapper le sens du beau et du sauvage. Et pourtant on le sait, les fous aussi le savent, que tout est déjà là. Et quand même on joue de contraintes, d’un flou d’ardeur dans le mensonge.

J’ai croisé Marie l’an dernier. On a marché un peu dans les traces d’avant. Tout avait été dit. On s’est embrassées tendrement. Le temps fait bien les choses quand on le laisse faire.

Photo : BOUE – Fin mars 2025 – Champ des possibles * Montréal

Ponderare

C’est toi qui me l’as dit : tout se déplace. Les mots, les phrases avec.

Hier jusqu’à tard encore, t’as avalé le vin comme ta mère suppliait son dieu. T’as parlé d’une église et d’un arbre tordu, d’un enfant malmené, d’une tête brûlée à force de trop de rien. J’avais du mal à suivre. Mais tes silences en disaient long. De ceux qu’on coince entre deux rires pour empêcher l’emportement.

Le resto a fermé. On s’est tenu le bras jusqu’à ta porte. La marche t’a un peu dégrisé sans doute et tu as parlé du printemps, du moins je crois. Les oiseaux reviendront et il n’y aura pas de fenêtre entre eux et nos matins. Ce qui se tient derrière restera derrière. La nuance est la perle et on l’a égarée.

Ta mémoire me suit dans la rue et j’en fais tout ce que je veux. Avec le regard que j’ai vu, on peut traverser toute une vie.

Photo : PAUSE – Hier * Montréal

Carnets de pluie

Tu te demandes ce que j’ai fait de Brautigan.
De mes carnets pour jours de pluie et mes bouquets de fleurs tendres.
La paresse, tu dis.

J’avais surtout besoin d’espace. Dans ma tête et ailleurs.

Photo : MARCHER DANS L’AUBE – Fin mars 2025 * Montréal

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