J’ai trouvé tes mots dans la nuit, juste avant de dormir. Je les ai relus en pleurant. Et ce matin, l’oreille collée aux mirages, je relis les miens de la veille.
Il y a eu ce désir de me fondre dans l’eau. Ce désir d’être confondue, de n’être qu’un mince sillon, un rayon de silence. Et puis les rustres sont partis. Sauf pour le mauve des pervenches, tout était redevenu vert et rien ne bougeait plus. La percée se ferait tranquille, loin des regards et des feux.
De toutes ces années, c’est la première fois qu’on me dit – qu’on trouve cette porte belle. Si c’est pas la vie qui me rêve, alors je te réponds : je ne sais vraiment rien de rien.
En attendant n’est-ce pas – que tu n’iras nulle part. Je lis tes mots encore pour au moins la septième fois.
Photo : ET D’ENTRE MES NUITS FRAGMENTÉES – Juin 2025* Montréal
Je me revois, dit Laure, à la cime du pommier. Trois bouts de branche arrondis, trois larmes sur mes pieds. Quand j’ai compris, je suis redescendue. J’ai enjambé à toute vitesse les marches du vieil escalier. Et j’ai caché le bois avant qu’on ne me voie.
C’est la folle du logis, dit Maude. La plus chantante des chantées. Aussi désenchantée soit-elle.
Et pendant ce temps dans la cour, le transplanté sauvage met du temps à se rhabiller. Je l’ai mis au pied du bouleau. Je me demande si au moins, il s’enracine un peu.
C’est pour encore la même histoire. Sans rien savoir ni rien y voir. Rien que pour la musique.
Ou c’est ma ville qui boit trop ou c’est moi qui ne sais pas voir. Et pourtant là les feuilles. Qui font encore trembler le vent et danser ma mémoire.
J’ai ramassé une dizaine de bractées sur le plancher. Je sortirai bientôt la plante mais il fait souvent froid encore. Alors j’attends. Le moment qui sera le bon. Pour ce que j’en sais.
Dans l’intervalle, j’aligne les papiers roses le long de la fenêtre.
J’aime la ligne floue. Comme d’entre les ressemblances, le charbon dans nos veines. Quand les deux on a trouvé belle la noirceur du bois brûlé.
Depuis le début des bourgeons, quand le ciel est clair le matin, je pense au Japon. Ce n’est pas l’envie d’y aller, c’est la manière des couleurs, celles des verts sur le bleu.
Je viens de relire un courriel envoyé à une amie chère un beau jour d’hiver passé seule à errer près du fleuve dans les vieilles rues de Québec.
Je t’imagine au lit, au chaud du corps et des brioches. M s’en vient, il m’a écrit. Il sera ici dans une heure, ou deux peut-être, dépendant des vents dans le parc. Le temps est froid à mort. C’est la troisième fois aujourd’hui que je m’arrête dans ce café que je connais depuis trente ans. Je t’écris en me réchauffant avec une bonne soupe à la courge et en feuilletant mes trouvailles du jour.
Je joins deux pages d’un beau livre. Un poème, je crois, que tu aimeras autant que moi.
Photo : POURQUOI TU PLEURES, EMMANUELLE ? – Mai 2025 * Montréal
Tu parles d’un fossé, d’un lieu mystique et noir. Comme quoi les grands arbres font de l’ombre partout. Il faut pas s’étonner des mares pleines d’algues, des tristesses, des bonheurs et des peines qui s’y mêlent. Les semaines s’écoulent depuis la ressemblance et t’y trouves encore d’autres images.
Cette candeur qui t’a eue plus d’une fois sur la route. Fascinant comme les champs nous cachent les bestioles. Tant les bêtes à sang chaud que les bêtes à sang froid.
Tu veux dire. Mais tu veux qu’on t’oublie, ton existence aussi. Te glisser près des pierres sans déchirer ta peau.
Elle est mince. Et jalouse, ta peau. Mais d’elle-même, pas des autres. *
– Avoue, dit Laure, c’est presque rien. C’est juste le passé qui déteint et tout cet oubli à mesure. – C’est vrai, dit Maude. Les chansons, les raisons, les amours inventés. Et toutes les affabulations comme celles où tu te glisses dans les jupes de ta mère. Qui ne met que des pantalons. – Toi non plus, lance Laure, tu n’es pas celle que tu penses. – Je sais, enchaîne Maude. C’est à peine si je me souviens de me cacher sous le balcon et d’écrire dans la ruelle sur le béton armé.
Et sur ce, je pars marcher. Essayer de toucher le temps d’un peu plus près encore. Avant de tomber sec. Comme une vieille branche dans un vieux pommier renfrogné.
Ah, je vous l’ai pas dit. On gèle encore ici.
Photo : LE PHOTOGRAPHE PHOTOGRAPHIÉ * Hier – Montréal