Collée au flanc de la tortue tranquille, je boude l’entêtée, l’incapable d’attendre, qui dans son impatience et ses sourdes oreilles a secoué les heures et brusqué la tendresse.
Je nage dans mes beaux délires, dans le courant des anges et dans les eaux secours où sans trop y sentir, je peux rester vivante.
Et les jours qui rallongent. Et l’hiver qui d’un coup est devenu l’hiver.
Dehors, les flocons veillent au lien et se laissent pousser par le vent.
On a parlé de plafond bas. Et je suis repartie un peu bercée de larmes, de celles qui font fondre les choses.
Les mains attrapent les étoffes et les yeux se plissent d’eux-mêmes. On se laisse prendre au battement, à l’imaginaire invisible. Et une évidence s’installe qui arrive par bribes. Celles des éclats et des reflets. De ces liens rescapés de l’ombre et de l’univers tout entier.
L’existence est sans certitude et je n’en voudrais pas. Mes paupières et mes mains se tiennent dans les froissements. J’arrive à y toucher les failles, les silences entrecoupés, et les morceaux qui ont durci pour éloigner le monde.
Je m’aide des flocons, je marche les ruelles, comme si de rien n’était de la folie furieuse. Il m’arrive même de me dire que la vie elle-même n’en fait pas de cas.
Photo : QUAND LA BLANCHEUR SE LAISSE PRENDRE – Janvier 2025 * Montréal
Je ne vous dirai rien du piano qui se perd, de l’amitié flouée, du chemin de campagne et du ciel du matin blanc comme celui d’hier. L’obscurité est claire autant qu’elle me bouscule, ma peine et ma colère y passent entre les lignes. Tout ce qui est faux reste vrai.
Les yeux vers le plafond, je sonde l’indifférence. Et j’aperçois la tache. Ce morceau de ma vie depuis le temps qu’elle dure. Depuis que j’ai appris à mieux baisser les bras. Pour mieux baisser les armes.
J’ai horreur de la guerre.
Et de toute manière, mon corps ne se taira qu’à la dernière minute.
Et le jour l’entend.
Photo : NOS LONGS MANTEAUX – Janvier 2025 – Montréal
Combien de temps, tu dis, pour se sortir le pied ?
Des siècles que ça tombe, que la poudre s’étend en même temps que les larmes. Qu’on n’y joue qu’un seul doigt, le petit d’entre les petits. Bien écrasés là-haut, dans nos murs de souche. Nos ventres dissociés.
Quand pourtant de n’y être qu’une goutte de sang, une pluie remplie par l’orage.
Il n’y a que la beauté qui sauve un peu le monde. Et les coeurs qui viennent griffer leur tendresse.
Un grondement de nuage, quelques oiseaux et un horizon électrique. Et je laisse faire la neige, qu’elle creuse dans mes dérives.
Tu pars sans y penser, c’est la belle évidence. Les ombres dans le matin, le soleil et les fleuves, on défait ce qu’il faut pour traverser le difficile. Et toujours on rêve de l’autre.
En attendant, il y a ce violon qui nous effleure de son archet.
Et la beauté de ne jamais se rendre où l’on croyait aller.
Photo : ET NOS TENDRES DÉRAPAGES – Janvier 2025 – Montréal
Car si elle naissait, la phrase qui serait toute la réponse, ni toi ni moi ne saurions la reconnaître
alors jette-toi, jetons-nous dans ces mots copiés d’amour, de merci de pardon.
Suzanne Jacob
Ce n’est encore, de grâce, qu’un tas d’os ou de verre. Quelque chose de dur, mais de si peu de poids. C’est mourir lentement. Autrement c’est la neige. Et son vent amoureux. Qui s’éprennent sans se perdre sous le ciel éperdu.
Un deux janvier. Ç’aurait pu être un autre jour. Une chambre presque vide. Un lit. L’autre s’enroule dans ses pensées. Une couverture glisse d’elle-même. Rien ne bougera trop.
Et dehors, le monde. Où la neige a strié l’asphalte. Où un ciel immobile enveloppe encore les heures. Où l’escalier descend sans personne dessus.
Même rue, chemin fourchu. Un tout petit enfant qui passe. Un homme qui marche derrière lui.
Et ce matin j’ai lu des mots qui ont fait bouger une pierre.