Et passent les jours

C’est drôle ce rideau accroché. Tu l’as mis là sans m’en parler. Tant mieux, j’me dis.

Je suis allée voir cette maison dont M avait eu vent. Un vieux bâtiment délabré aux parfums piquants et terreux. Je pense que tu supporterais pas. Mais j’ai aussi dit non parce qu’on n’entend pas la rivière.

Tous les matins encore, les mots m’avalent sans que j’y meure. De quoi tuer éperdument ce que le temps me fait.

En attendant, dis-moi, l’oiseau sur la rampe de fer, c’est le même qu’hier, tu crois ?

Photo : AU HASARD DES MONDES  * Juillet 2023 – Montréal

Dans l’or des heures

Les amants, les enfants. L’idée qu’on se fait de l’amour et tout ce jeu de rives qui froisse le bonheur.

Mon fracas intérieur s’est ri de ma pudeur. Sans doute que j’aurais dû me taire, du moins ne pas en dire autant. Mais jusqu’où le silence? Tout ça reste si mystérieux. La couleur des jours, la suspension des heures, et la limpidité des eaux en dépit de ce qu’on y voit.

C’était une belle fuite dans la maison d’hier. De ces choses qui font mouche sans qu’on ait à prier. Comme là la brume et la terre mouillée. Le cri à mort et le pied à poser.

J’essaie de calmer quelque chose sans trop y savoir quoi. Je resterai tremblante jusqu’à la dernière flamme, le dernier feu de moi. Encore le spectacle m’étonne. Presque autant que celui du monde.

Sur l’hiver et les autres, mon coeur qui joue de sa saison.

Photo : SUR UN CHEMIN, LE SOIR * Juillet 2023 – Laurentides

De tendresse et d’écume

Je m’y remets, c’est tout. Avec le bruit de l’eau
et le blanc doré de l’écume. Et le tonnerre qui gronde.

C’est un décompte sans y penser, un grand ciel sous le ciel.
Cependant que le monde n’en finit plus d’être le monde.

Par chance les rivières. Et les beaux grands imaginaires.

Photo : TÊTE DE LUNE * Juillet 2023 – Un amour de métal

Consentement

Tous ces creux de mémoire qui renforcent l’intime. Je te donne ma main et je n’espère rien. Qu’un certain ravissement peut-être.

Mon fleuve coule encore. Ils ont aménagé les bords et mis de longues chaises de bois qui sont tournées vers l’autre rive et le soleil levant. Dans la pénombre de l’aurore, les mêmes chênes s’offrent à la vue.

Je n’ai rien insinué. J’écrivais comme toi, pour éviter le durcissement. Le consentement dans l’étrange.

Je ne renonce plus. Ni aux galets ni aux trottoirs. Ainsi va mon errance.

Photo : LA MATIÈRE DES HEURES * Juillet 2023 – Sur Terre

Les mêmes oiseaux

combien d’abeilles sur cette tige
parée d’autant de fleurs à prendre –
et toi qui me dis tendrement
le désir sait attendre

toujours mon écorce et mes os
les mêmes os

devant l’écume de cette eau vive
et là le bain –
je crie que je pourrais mourir
à quelques pieds d’un grand remous

et les mêmes oiseaux
qui viendraient y prendre mon âme

Photo : CELLE QUE TU TROUVES BELLE * Juillet 2023 – Laurentides

Nos paysages

J’ai croisé sur l’aurore des oiseaux indécis et écrit leurs noms sur le mur. Malgré ce qui  s’échappe d’entre ta voix et la rivière, j’aime à ne rien attendre. Ça reste encore du temps. Avec des coeurs en harde dans des paysages de vent.

Photo : LA CHALEUR DES CORPS * Été 2023 – Montréal

Dans les heures

ce tissu dans le vent quand pourtant
noir ou blanc n’avait pas d’importance
ça restait l’horizon et la bruine

et devant la rivière qui gronde
c’est mon âme à sang et à ressac
qui s’exerce dans les heures du monde
à mentir sans jamais mentir

Photo : UN MOUVEMENT D’AILLEURS * Ce matin – Laurentides

Au plus près des roses

je t’écris d’un matin torride
où il fait bon de ne rien vouloir d’autre
que du temps pour le vivre
et juste assez de pluie

Photo : MES AMOURS DE RUELLES * Hier matin, Rosemont – Montréal

Reconnaître juillet

d’ici je vois les abreuvoirs –
le bleu surtout
et son éclat sur le vieux pot de grès

c’est tôt le matin
que la cour est tranquille

je me demande encore si je
parle la langue – de ces eaux qui me portent
et des lieux où je meurs

un avion écarte le ciel

Photo : DEPUIS NOS CLAIRS OBSCURS * 30 Juin 2023 – Montréal

Le temps contre les roses

La même rive, la sueur sous les yeux.
Dans l’aube qui s’égrène, une poignée de cailloux
et de mèches humaines.

Cette idée de brouiller les jours comme
on brouillerait des cartes. Ne savoir ni où on s’en va
ni où on en est, n’être nulle part ici. Flotter
dans un éther de roses, de sang et d’abstractions.
Là où le temps ne trouve plus où passer.

J’aime la forêt et le champ.
L’une pour ses profondeurs, l’autre pour sa lumière.
Et la rive. La sueur sur les lèvres.

Évidemment, la mer.

Photo : LES DOUX EMMUREMENTS * Juin 2023 – Montréal

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