Piccare

Je vois le geste de mon père qui nettoie ses lunettes
avec un bout de sa chemise. Aussi un chien, deux chats,
et un long sentier vers le nord jusqu’au bord d’une
autre rivière. Ce qui le démangeait me mange, ce qui me
mange te démange, et l’immensité qui s’en mêle –
j’échappe presque tout et presque tout m’est invisible.

À force de mots et de vent, de chercher
pour chercher sans rien chercher vraiment, le centre
se remontre. À peine toujours le temps d’y voir.
Et le pied qui roule le fer et le bras en tournaille.
Je n’insiste pas trop. De toute façon le vent y reste
et la piqûre est douce. La vie est seule à y passer et
tout mon corps y veille.

Photo – EN PENTE DOUCE * Août 2025 – Montréal

Canine canicula

Les feuilles comme le désir.
Le vent qui change. 
Ça en dit long du drap et d’un certain silence.

D’en bas, on a quand même sorti la tête.
Tintinnabule, tintin, et tiens-toi bien j’arrive.
Les timbres et les tympans.
Trois hommes parlaient fort autour d’un escalier rouillé.

En rond le temps, le temps qui mène.
Mieux que les avirons de nous.

Ma canine à la tire, je m’ennuierai de toi.

Photo – LA VIE DES MATIÈRES BRÛLANTES * Août 2025 – Montréal

Lurdus

Les nuits sont chaudes comme les jours.

J’aime le poids et la lenteur qui viennent avec le trop de tout. Quand je n’y cherche plus de mots que ceux de l’été qui se donne.

Photo – LE CIEL NE TOMBE BAS * Août 2025 – Montréal

Colfus

Dehors les feuilles se donnent à l’air déjà brûlant.
Petit matin suant où tout le fort sauvage se glisse dans les failles.
Même quand la nuit prend les allures d’un gouffre, tu t’interroges moins,
chaque jour moins que la veille.

T’as failli lui répondre qu’on rend hommage à l’art, hommage à la beauté.
Que c’est la vie qu’on tient et la vie qui nous mène.
Pour finir par te dire que tu n’en savais rien.

Photo :  RA… * Août 2025 – Montréal

Nodus

je nous vois
et toi aussi, je sais

tout ce qui fuit
par la porte éventrée

avant de t’écrire j’ai fouillé 
pour le titre du livre  –
celui du russe à New York

et les yeux qui échappent la beauté –
le noeud gras de l’os qui nous intéresse

là où on parvient à vivre

on met tout de nous

et vient l’aube

Photo : UNE RUELLE QUI M’ÉTAIT INCONNUE – Août 2025 * Montréal

Mutus

tu n’as pas de hasard ni d’avant ni d’après
un océan de tête

tout ça évidemment
en veillant au mystère

tu te dis qu’on ira
je me dis vers le nord

et ce bateau de vent à ras bord de fumée
et nos mers mutiques

Photo : TRAVERSE DE JOUR – Août 2025 * Montréal

Porus

il y a l’ombre
la densité encore
le chagrin et l’émerveillement
les pores de l’âme
et de parler aux chats

Photo : ÉPERDUMENT – Août 2025 * Montréal

Riflesso

J’ai oublié, dit Laure. Entre mon désir qui balance et la rivière quand j’y suis, les mots me tiennent compagnie. Ce n’est pas ma nature de laisser des cailloux derrière. Et si tu veux vraiment savoir, je ne tends pas souvent mon verre. Et jamais aux ensorcelés penchés au-dessus de la mare. Je bois surtout à l’infini. Et au diable le reste.
Quand même juillet qui repart. C’est à peine s’il a atterri. 

Photo : POIDS LOURD – Fin juillet 2025 * Montréal

La laideur d’Anastasie

Dimanche. Le vent. Et un vase fait pour y mettre une seule fleur à la fois.

Clara est assise dans la chaise, celle qu’a fabriquée mon grand-père. Cachée par le rideau, elle espionne la voisine d’en face qui lit sur son balcon. Avec ma caméra, elle se rapproche assez du livre pour voir que c’est Malraux, et le titre Antimémoires. Elle fouille tout de suite dans Babelio.
– Écoutez ça : « La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache ».
Maude sourit.
– De quoi jongler pendant des jours, dit-elle.
Et Clara d’énoncer doucement son amour parfait de la chose. 
– Les mots c’est pas des guns.

Et par chance aussi la musique. Les âges de la lune et la chaleur des pianos. Et les comme-celle-rencontrée dans la cour d’Alice et Raoul – j’écris qu’elle s’appelle Arianne pour ne pas l’oublier. J’ai mis dans ses mains l’abat-jour que je venais de ramasser dans un tas d’objets à donner. De toute façon, moi et les choses de maison.

Photo : BEAUTÉ DE CARREAU – Juillet 2025 * Montréal

Lettre à une reine

La baignade nous a fait du bien. Même si Maude s’est encore battue avec des noeuds dans ses cheveux.
En attendant, la ville est belle mais le mois a passé trop vite. Chaque jour le soleil change de place sur la maison d’en face et le vent s’est franchement moqué de mes beaux espoirs de juillet. J’aime mieux la vraie chaleur, c’est tout. Humide et franche et sans détour. Jamais je me fâche après elle. Même que j’aime ça quand elle m’écrase. En plus, mon cerveau ralentit.
Maude m’a dit pour sa grand-mère. Qu’elle était bordélique comme cent et qu’elle racontait que le vent est l’amant du désordre et qu’un jour les cheveux de Maude seraient aussi fins que les siens. Et qu’on n’était pas à blâmer pour le ressentiment des autres, que l’envie mène au pire, et qu’il faudrait pas oublier que la peur a la cote aux yeux des rapaces de ce monde. Crée Maude. On s’en sortira pas.
Oh, et ton livre. C’est vrai que je l’ai magané. Glissé plein de fois dans mon sac sans trop faire attention. Mais c’est tout moi, c’est pas nouveau.
Tu m’as pas dit pour ta couronne.

Photo : (ELLE AVAIT LE PAS HÉSITANT…) – Juillet 2025 * Montréal

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