Apparentiae

De marcher dans ma ville –
ma connue qui me reste inconnue.
Tout vouloir depuis les apparences.
Comme ce matin le froid sur mes pieds.
Et rire de me plaindre des emportées du vent.
Tout ça n’est pas sérieux et encore que des mots.
Mon pays c’est l’hiver jusqu’au coeur de l’été.

Photo :  POUR CET AMOUR DU TEMPS  – 20 juillet 2025 * Montréal

L’eau et le vent

Je suis retournée là où j’avais vu le livre.
Je l’ai cherché sans le trouver. Mais j’y retournerai.

J’y ai vu de virer de vieilles habitudes.
Mais y a encore de l’eau. Et le vent sur ma peau.

Et les pianos du monde. 

De savoir pourquoi je m’entête.
Et puis tous les milliers de mots.

Photo :  DEPUIS UN AUTOBUS – Aujourd’hui * Montréal

Tomate cerise

J’ai fait déborder mon café et me suis cogné un orteil –
c’est juste trop froid pour ce temps de l’été.

J’ai vu Aldo aussi, mon beau prince aux yeux bleus.
Son sourire devient triste quand il me parle d’elle –
treize ans qu’elle est partie.

Il m’a donné de l’ail et sa première tomate.
Quoi demander de mieux.

Et ce matin le ciel est gris.
J’ai l’été qui s’en va ou du moins dans ma tête.

Ça va revenir, me dit Jeanne, en étirant le cou.
Elle cherche à revoir un oiseau.

Photo :  LA NOSTALGIE – Été 2025 * Montréal

Spissus

J’aime le son de la pluie. La moiteur des nuits aussi. Tout ça avec rien à vendre. J’y trouve ma raison contre la bêtise brûlante qui s’empare d’une part du vide. Même quand je m’éveille en nage.
Dans la cour près de la ruelle, dans la plus vieille partie du drame, le chèvrefeuille est sec. Les oiseaux y viennent quand même. Comme sur le gros fil électrique. Et dans l’érable aussi, où les feuilles foncent déjà. L’hiver dans ses habits d’été.

Photo : L’ÉPAISSEUR DES JOURS – Juillet 2025 * Montréal

Sonate

Avant-hier ma soeur m’a appelée pour me dire que dans son bois là-bas ça tombait comme des cordes et qu’à bien y penser le frisson lui venait du vent, des bouleaux presque à terre. J’ai cherché la photo, celle dont je t’ai parlé avec les très grands arbres et les petits humains, je la retrouverai, tes questions sont brûlantes. Là dans l’instant je regarde celle de la fillette et du beau canard endormi à la dernière consolation. C’est un solo d’oiseau, une sorte d’abri, me dit Maude, contre le jour domestiqué. Quant à mes pensées qui s’égarent, c’est vrai que ça prend pas grand-chose. Hier dans la ruelle de Gaby j’ai vu la nouvelle locataire qui tricotait sur son balcon et je lui ai parlé de lui, de ma grand-mère Alice, du grand bol de bonbons, de la soupe au poulet, et de la place du piano contre le mur du fond.

Photo : LES BELLES TROMBES – La cour, avant-hier * Montréal

Parure

Cette senteur dans la cour, ce parfum d’après la nuit moite, et comme tous les matins, ce désir de trouver des mots pour parer le silence, crier plus fort la beauté, jusqu’à celle des ruines, sachant que je n’arriverai encore qu’à l’imiter un peu.

Photo : UN BANC POUR LIRE – Juillet 2025 * Montréal

La nuit nue

Un immense coup de vent. C’est toujours lui qui s’insinue, au bonheur ou au dam du monde. Il fera chaud. Très chaud encore. Les roses naines n’ont pas duré, celles qui étaient près du balcon. Mais dis-moi tendre capitaine, le corps n’est-il pas un ruisseau au plus clair du ventre et de l’oeil ?
Quoi qu’il en soit, le matin où on partira, je me demande combien de gens voudront encore de cette cour, si belle d’être un peu folle. Si ça dépendait du voisin, tout ça disparaîtrait. Parce que l’asphalte le rassure. Le souvenir de sa mère, dit Maude, qui au plus gelant de l’hiver sortait la nuit nue dans la rue. C’est la peine, dit Laure, qui le fait se braquer, les regrets ou la honte. Et Maude est d’accord avec elle. C’est pour ça que rien ne dépasse. Qu’on enlève ce qui le dérange. C’est du temps donné à l’oubli. La fêlure dans la cuve, le rien et le toujours. 

Photo : LA RUE, LA FLEUR ET LA PLUIE – Là tout de suite, depuis la fenêtre * Montréal

La gorge

Je t’entends crier, la corneille. Seule contre le fond de l’air. Est-ce que c’est l’arrêt de mort, les avaries du monde ou ta simple nature ?
Vu d’ici, je n’ai pas de manière qui ne vienne de toi. De prière non plus. La substance du verbe occupe de plus en plus de place et sa musique à l’infini.
Et la même longue silhouette. Qui me suit comme l’hiver. À chaque heure, c’est pareil.
C’est le reste qui change. Les notes qui flottent partout dans l’air. Qui portent le plus beau de nous. Jusqu’au plus chaud de nos silences.

Photo : DANS LE FILM D’UN JOUR – Juillet 2025 * Montréal

Si l’oiseau est parti

C’est la folie.
Pas la furieuse mais la douce.
De chaleur et de vent.

Une petite brise sur les pieds, on laisse la fenêtre ouverte.
On se jette à plein ciel, quand l’autre dort encore.

Si l’oiseau est parti, c’est qu’il allait partir, non ?

Peut-être aussi. Qu’il était une fois.
Une femme et des enfants qui pleurent.
Et le rêve. D’une fuite parfaite.

Photo : MÉMOIRE VIVE – Fin juin 2025 * Montréal

Le temps ni le matin

Pendant ce temps la pluie.
Qui s’arrête d’un coup et j’entends les oiseaux.

Et l’air par la fenêtre qui refroidit mon bras.
Et le grondement d’un avion.

La cour est en forêt.
Les mésanges vont et viennent comme des enfants qui jouent.

Je lis une histoire de pleurante et de brume.

On sait que c’est vrai pour les larmes.
Et que le temps n’est pas le temps. Ni le matin non plus.

Photo : COEUR D’AMOUR – Fin juin 2025 * Montréal

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