Demain septembre

Un pétale et un bout de papier. Mais l’histoire aussi a jauni.
Et l’été encore m’aura prise comme il fait pour les roses.

Au plus haut de l’érable, les feuilles sont orangées.
On n’y échappe pas – l’automne arrivera trop vite.
Toujours à temps, me dit la vieille.

Mon café reste bon.

pas une fois dans ma vie, je n’ai voulu avoir
raison – de dire l’instant m’a suffi
mais toutes ces fois où on m’aura dit de me taire – 
chaque fois était une fois de trop

La poésie louvoie, ne cherchant qu’à rendre
à la lune la beauté qu’on lui doit.

Il n’y a pas si longtemps, sur un matin comme aujourd’hui,
je serais partie vers le fleuve pour y voir les yeux de Gaby.

Photo : DU DORÉ SUR DU BLEU * Août 2023 – Montréal

Sièges

La fissure était claire et
les mains suffisaient –
les vides se disaient jusqu’à
même les peines.

Mais le sang qui surit
se charge d’autant d’hésitation.

Par chance le ciel entre les feuilles
et les corps qui s’entêtent. 
Et la terre qui nous tient malgré
nos portails assiégés.

Photo : LE MOUVEMENT * Août 2023 – Montréal

Me dis-je vous

je me t’es vue dans le miroir
plus vieille que la fois d’avant
et fort heureusement j’apprends
à te moquer de moi
et de mes facéties et de tes inepties
des culbutes que j’me dis
de clown tu renchéris

la cour se meurt tranquillement
et fonce on dirait vers l’automne
mais je me retiens de l’écrire
de peur de tes comparaisons
et de mes grandes métaphores
à m’envoyer mourir dehors

c’est à toi que je parle ma tête
que j’aimerais pourtant voir se taire

et tu m’en veux d’être aussi bête?
oui je t’en veux nous dis-je tu
mais bête qui ne l’est pas dis-nous
qui ne l’est pas?

Photo : PLAISIR DE SAISON * Hier – Montréal 2023

Le trou

tout avait refroidi à une vitesse
folle et l’eau était
gelée jusqu’à la rive

on a fait un trou dans
la glace et glissé nos deux pieds

ah c’est mieux, qu’on s’est dit
le vent ne tire jamais grand-chose
de nos ventres durcis

ne restait qu’à
bercer le sang et mesurer
le temps

Photo : UN RUISSEAU SI ON VEUT * Avant-hier – Montréal 2023

Plus qu’hier

je suis là et le jour
et le trottoir qui sèche
nos îles
et tout le suspendu
elle qui me l’a dit le savait
les tourments les désirs
ceux-là qu’on efface à mesure
pour y gagner du temps
la terre impitoyablement
ça me va déjà plus qu’hier

Photo : CIEL NUAGEUX * Août 2023 – Montréal

De certains silences

Et l’ombre qui prend le détour et les branches de front. Il y aura encore de la neige et des mains en repli. Des roulants de tempêtes et des désirs pesants. 

La muette s’est exilée, c’est elle qu’on porte disparue. Depuis la même incertitude, elle racontait la vieille histoire d’un père qui ne disait rien du lourd ni du lointain et qui marchait la bouche ouverte malgré la poussière plein les dents. Contre les marées et les vents, les amours et les peines.

Le tapage est tenace, les paupières glissantes. Il tombe des heures de désert, des milliers d’heures de silence.

Photo : CUIRASSE * Août 2023 – Montréal

Le baiser matinal

je lis des mots en m’éveillant
qui m’arrachent à ma solitude
sans me l’arracher pour autant

je quitterai la nuit et marierai ainsi le jour
autant de fois qu’il le voudra
sans mal à personne

Photo : LE LÉGER ET LE LOURD * Hier – Montréal 2023

Évasures

et ce vague désir qui vient se caler
dans mon dos

pendant ce temps
j’enfouis le soleil depuis l’ombre
et j’enfonce mes doigts dans les grands
trous de mon manteau –
par où passent les oiseaux rouges
ceux qui gagnent toujours à se perdre

ne pas vouloir de ce qu’on pense
ni de ce qui se doit –
plutôt des bouts d’aurore 
à me mettre sous l’âme

Photo : REINQUIER * Juillet 2023 – Laurentides

L’émiettement

S’emballe le piano. Et tout le reste tremble. J’en boirais quelques cales. Pour le seul vertige d’un autre long soul de chaleur.

Et t’as raison. Au jeu d’aimer le flou, je m’enamoure des lignes noires. Des traits de chaos barbouillés sur un béton brûlant. De quoi sortir de mes histoires. M’émietter jusqu’à nue. 

Photo : AU PIED DES RUELLES * Août 2023 – Montréal

Et là le vent

à toi je peux bien dire
le milieu de ma nuit
la chaise en bois de mon grand-père
celle que Denise avait gardée
et le p’tit banc juste à côté
ce bruit de frigo et de coeur
toute la saga de cette maison
trois heures quarante
et je dors pas
ça m’aidait bien, tu sais
que la rivière m’assourdisse
tous ces p’tits gars devenus grands
restés pris dans des cours d’école
et là le vent
ça y est c’est le mois d’août
le temps qui sait pas s’arrêter

Peinture d’Irène Tétaz
Chemin d’une collaboration NOS OISEAUX ATLANTIQUES

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