Le fil noirci

on fait ça
répéter et tenter
de dire
tout ce qui tue. le coeur
et ne s’invente pas
le printemps qu’on
attend
cette histoire de poignet
de souple et de ferme
l’amanchure
le fil noirci comme l’ongle
et ta mère
et ta soeur

seules les fleurs
restent sans tache

j’arriverai à temps
et même un peu avant
on se prendra pour l’autre
le temps d’y être

les choses passent toujours

Photo : ET LE SOIR, LE MONDE – Hier – Montréal 2024

Crichotement

Je suis restée derrière sinon j’aurais crié.
Tu marchais lentement avec moi, on écoutait l’histoire. 
T’as dit attention on s’enfonce. Et on s’est enfoncés.
Le silence épouvante.

Parlant d’une île emmaillotée,
le continent d’ici me scie un peu le jour.
Heureusement les oiseaux.
Et tous les éperdus, amoureux fous du ciel.

L’hiver nous prendra dans ses bras, sans jugement ni raison.
Ce soir le voile est encore bas. C’est l’air, traversé de beauté. 

Photo :  MES RUELLES D’AMOUR – Aujourd’hui * Montréal

Equus albus (cheval blanc)

… amour de neige, quand te dézamourdeneigeriseras-tu…
je me dézamourdeneigeriserai quand tous les amours de neige…

Hier, j’ai monté le dernier trottoir en tordant un refrain d’enfance. Deux heures dans le blanc et le froid, j’étais parfaitement amoureuse.

Photo :  MES BEAUX CHEMINS – Hier * Montréal

L’hiver silencieux

Autant de bouts qui tombent et tu ne les ramasses plus. Que se passe-t-il, me dit l’ange, t’as perdu quelque chose ? J’ai vu un chien brisé, un homme en sanglots sur la route et une femme sans tête. Et l’hiver qui ne disait rien.

En face, R déneige sa voiture en se servant de ses mains nues. Je me demande où il s’en va. Sa barbe blanche, sa tuque noire, il a l’air d’un gentil géant. D’autant plus qu’entre lui et moi, les fleurs sont parfaites, plus roses que rose que… et là bien sûr évidemment que je pense à Simone. A rose is a…  Et il monte dans sa voiture. Bon Noël mon voisin, que la route t’emmène le plus doucement du monde, et merci pour les yeux, parfois plus malheureux mais toujours désarmés.

Pendant ce temps dans l’arrière-cour, des étourneaux se saoulent à la vigne gelée. Si on se fie au ciel laiteux, aux enfants qui s’amusent et au bougainvillier, on pourrait croire que c’est assez. Et pourtant.

Photo : AU SOLEIL DU RÉCIT – Décembre 2024 – Montréal

Décanter

L’invisible fil de sang me tient
à la gorge.
Suzanne Jacob

On passait la plupart des cours dans un escalier condamné. Ça, je sais.
   Après, le récit prend mille formes. Ça dépend des paupières. Et des commissures.
   Un cadre vide, accroché de travers. Des angles morts, effacés par la craie. Des lumières qu’on éteint, à force. Et des cervelles emmaillotées. 

Les trottoirs ont l’air glissants et le ciel est encore laiteux. Le temps est de plus en plus froid. Le tremblement des feuilles sèches me parle un peu du vent.
   Soit on y est pour quelque chose soit on y est pour rien. Mais la beauté se fait.

Photo : JE VOUS AIME, CORNEILLES – Avant-hier – Montréal 2024

Transfigurare

Je repense aux chevaux, ceux dont tu m’as parlé.
Mais je pense aussi à ces grottes percées à même la falaise.
Comme des toits et des murs bâtis à même l’âme.
Difficile de faire mieux, je crois.

Et la neige qui arrive et sera mille fois
ce qu’elle est. Avec le vent, elle deviendra glaçante.
Sur mon visage surtout. Et je me laisserai faire. 

Et là, les oreilles enfermées, j’écoute et je regarde la
nuit transfigurée. Tu l’as dit, un bateau. Sur une mer profonde.
Un grand bercement d’âmes, elles-mêmes transfigurées.
J’ai rarement vu aussi beau.  

… ou c’est le Monaghan, peut-être. Mais on défend d’y galoper.
Quand on sait que la lune aime chevaucher le temps…

Et ce matin encore, entre mon café et la rue,
je tourne la pierre entre mes doigts sans y trouver
rien d’autre que la pierre elle-même.

Quand j’y pense, je crois, c’est toujours à moi que je chante.

Photo : SUR MON CHEMIN – Hier * Montréal

Distantia

C’est comme se souvenir de la rivière d’avant quand on ne sait rien de la suite. C’est se parler d’un feu et d’une lassitude. De ces choses qui passent comme les beaux oiseaux noirs.

Tout près de mon épaule, le bougainvillier veille encore à la folie douce. Vingt fleurs sont roses, et d’autres, d’un blanc de vert, ne se méfient de rien.

Photo : DANS LA PLUIE TIÈDE – Décembre 2024 * Montréal

Les bonnes heures

Vient un jour où les bonnes heures l’emportent. Y a moins de fleurs dans le tapis. Les gouttes sont claires, et même les noires sont belles. On laisse tomber la prudence.
   Cette lune, je l’ai prise pour toi. Je tourne autour sans savoir pourquoi. La seule beauté des mains peut-être, des yeux, des doigts qui savent encore. D’autant plus que l’inéluctable n’attend pas qu’on l’appelle.
   C’est le vent qui décide. Et la neige.

Photo : DANS L’AIR CHARGÉ – Hier * Montréal

Te l’écrire ici

Je ne sais rien et mon coeur s’en charge

c’est gris dehors
et blanc

et ces feuilles qui s’accrochent encore

je ne veux plus de perspective
seulement de voir

comme là l’immense étoile qu’il a
mise dans la fenêtre, aussi large que la vitre

il m’a l’air doux et tendre mon nouveau voisin

Photo : DANS LA BEAUTÉ DU SOIR – Hier * Montréal

Les escaliers blancs

Ce qui reste pareil, c’est la neige
C’est toute l’étrangeté des jours qui s’emballe sous
Le ciel, toute l’étrangeté du monde

Les premiers vrais matins de neige et la rumeur 
est tendre. Je ne sais pas d’instance qui offre
Autant d’escaliers blancs

Et là, dans cette musique que j’écoute, on entend la voix du poète qui reprend des mots de Cendrars. Ils ont cru que c’était les siens. Vivant, il leur dirait sans doute. Et que l’enfant n’appartient à personne.

Photo : ELLE MARCHAIT DE DOS – Décembre 2024 – Montréal

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