Une des beautés de l’hiver, c’est le glacé de l’eau. La douche frigorifiée, celle qui me sort des mollesses de la nuit, me ramène à la vie. Me fait crier d’un quelque chose qui s’approche de l’extase. Dès que l’air se réchauffe un peu, je sens l’eau qui tiédit. Et dans le plus chaud de l’été, quand j’attends d’elle qu’elle me réveille, monte comme une envie de me plaindre. Mais je compose. Vie de médaille et de côtés. D’autant plus que j’aime l’été. Même dans ses chaleurs humides.
Hier goûtait l’extase. Cette première tiédeur qui rappelle le vent d’été. Comme la première neige. La première feuille rouge. Tout change, je me dis. Heureusement, tout change.
Photo : DANS L’EMBRASURE DU PRINTEMPS, LES CORPS – Hier * Montréal
Je ne sais rien sinon que tout traverse tout. Et que l’eau y tombe toujours avant que la terre soit mouillée.
Elle m’a dit ça il y a vingt ans et j’ai pas oublié. On riait et pleurait beaucoup quand on était ensemble. On s’était réservé les soirs pour se dire les choses. La maison était assez grande pour qu’on puisse y vivre à plusieurs. On y avait passé l’hiver, Marie et moi. Tous les matins quelqu’un veillait à faire un feu. Le monde voulait une promesse qu’on refusait de faire. Et les jours se levaient les uns après les autres.
Je n’ai pas peur de l’invisible. Mais il y a trop de parenthèses et on finit par échapper le sens du beau et du sauvage. Et pourtant on le sait, les fous aussi le savent, que tout est déjà là. Et quand même on joue de contraintes, d’un flou d’ardeur dans le mensonge.
J’ai croisé Marie l’an dernier. On a marché un peu dans les traces d’avant. Tout avait été dit. On s’est embrassées tendrement. Le temps fait bien les choses quand on le laisse faire.
Photo : BOUE – Fin mars 2025 – Champ des possibles * Montréal
C’est toi qui me l’as dit : tout se déplace. Les mots, les phrases avec.
Hier jusqu’à tard encore, t’as avalé le vin comme ta mère suppliait son dieu. T’as parlé d’une église et d’un arbre tordu, d’un enfant malmené, d’une tête brûlée à force de trop de rien. J’avais du mal à suivre. Mais tes silences en disaient long. De ceux qu’on coince entre deux rires pour empêcher l’emportement.
Le resto a fermé. On s’est tenu le bras jusqu’à ta porte. La marche t’a un peu dégrisé sans doute et tu as parlé du printemps, du moins je crois. Les oiseaux reviendront et il n’y aura pas de fenêtre entre eux et nos matins. Ce qui se tient derrière restera derrière. La nuance est la perle et on l’a égarée.
Ta mémoire me suit dans la rue et j’en fais tout ce que je veux. Avec le regard que j’ai vu, on peut traverser toute une vie.