Il s’appelait Luc. J’avais seize ans. Ou peut-être dix-sept. Et lui quelques années de plus. On allait dans une chambre à l’hôtel Nelson. Une chambre comme déjà dans mes rêves, une chambre d’écrivain. Avec la petite table, contre le mur à droite. Je vois aussi le lit. Et la fenêtre qui donnait sur la place Jacques-Cartier. Je ne me rappelle pas si on faisait chaque fois l’amour. Mais je me souviens qu’on marchait, longtemps, dans les vieilles rues près du fleuve. Je ne l’aurais pas dit à l’époque, mais là que j’y repense, j’ai cette intime certitude qu’il voyait qui j’étais mieux que je me voyais moi-même. Je revois son regard tranquille. Ses cheveux un peu longs attachés en arrière. Il était beau et taciturne, un des beaux hommes que j’ai connus, peut-être le plus beau.

Photo : DEUX ÂMES – Juin 2025 * Montréal
peut-être
ne se souvient-on
que de celui ou celle
qui nous voit
avant qu’on se voie
soi-même –
merci
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