Au fond des mers

L’écume ruisselait mais ton vœu était clair ∼ on voguerait sur ta mer sans jamais voir le fond.

Pour tes larmes cachées. Et ce ciel si beau et si vaste que tu y auras vu le prodige, la vie restée debout. Tes prières t’auront servi à éloigner d’autres ténèbres. À longer des ruisseaux cléments dans des forêts tranquilles. L’histoire n’a pas franchi tes lèvres. T’as troqué marais et averses contre des versées de soleil. La montagne et sa plainte amortie par ta terre. Comme la moelle qui se fond dans les confins de l’âme.

La beauté du bois blanc aura cendré ton rêve. Et ta vie de silence, à taire une indécence qui n’en était pas une. Les fleurs de ta chair ont porté le mensonge. Jamais un mot des lieux lointains qui t’auront fait rêver. Des soirs de bal et des visons qui appartenaient à une autre. Certaine que tu étais qu’on ne conjure pas ce qu’on est. On navigue, c’est tout. Et les mers d’avant sont les mêmes aujourd’hui. Tu as éludé la tourmente. Bafoué les vents froids qui soufflaient sur l’azur. Préféré la dérive aux aveux et à la furie. Le temps a jeté des bouées à l’amoureuse que tu étais. Et tu t’es accrochée. Sans y chercher jamais de raison ni de tort.

 


Photo – PROFIL DE FEMME * Le 8 novembre 2019 * Montréal

Le temps ordinaire

Tout se trouvait derrière le vent.
Caché comme je me cache.

Et là, la neige fine sur les parterres.
Et le goût du café.

Mes jours qui passent. Sur du temps ordinaire.

Mais ne vous trompez pas.
Il m’est bon ce temps ordinaire.

Photo – RUE ST-LAURENT * Le 8 novembre 2019 * Montréal

Tout prendre

Le jour est poreux comme mon corps.
Et puis ce caractère, pressé de dire et d’exister.

Le tissu de ta mort abrille encore mes heures. Et la neige qui s’en vient.

Il m’est toujours si beau le bois qui git sur la grève.
De toute manière, j’aurais fait quoi d’une mer sans vagues?

Le temps crevasse et c’est parfait. J’allierai les louanges et les dérisions,

les circonstances du corps et celles du regard.

Et juste là dans l’aube, les feuilles qui dégringolent.
À m’en faire oublier ma nuit.

Photo – EN RUELLE * Le 30 octobre 2019 – Montréal

Matin d’allant

Matin couleur, matin
saveur. À s’en rouler dans
les feuilles. Ce que
je n’irai quand même
pas faire, les belles sont
trop mouillées.

Ou quand l’érable
n’envie rien au passant
pressé qui le frôle.

Matin de branches sur
le bleu et d’écureuils
excités. De grand dévolu
du soleil sur le
trottoir et sur la rue.

Quant à la fille
assise là, son café est
parfait mais ses pieds sont
déjà trop froids.
Elle n’a pas pensé
à ses bas.

 


Photo – ENCRÉ D’AUTOMNE * Sur le mont Royal – 4 Novembre 2019 * Montréal

Nos radeaux

les aboiements du paysage
et nos tendresses, comme des intersections

harnachée d’ombre et de soleil, d’amours
vifs et de terres ardentes, aux flots qui
débordent déjà, elle swigne des radeaux
de papier

et le sien flotte sur une mare de pluie

Photo – LA PUDEUR DE L’INSTANT * Vue d’hier * Montréal 2019

Samain (Hallows’ Eve)

Mouillées, les feuilles, affalées.
En tas ∼ les unes contre les autres.

Le vent monte déjà qui les séparera.
C’est qu’il y aura tempête, on dit qu’elle sera forte.

Ainsi les jours vont, tranquilles et d’autres lourds.

Le ciel est gris qui noircira. Et les fantômes y passeront.
Et les enfants s’y mouilleront.

Photo – UNE MAIN SUR L’ÉPAULE ∼ ET FEUILLES / Hier * Montréal 2019

Rideau

je tends le bras
et j’ouvre

je le voyais déjà un peu
derrière le diaphane

lui, l’érable

un matin de feuilles mouillées
jaune et rouge sang

les trottoirs sont couverts

et le vent souffle, qui change tout

Photo – CROISÉ * Montréal 2019

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