Nos vents

Librement la musique. Et nos vents qui se mêlent comme autant de broussailles.
Pendant ce temps, l’hiver est clos et le printemps achève. Nos peines et nos rires monteront d’entre des nuits plus chaudes.
Sous le matin penché, on se retrouvera. Pour se reperdre encore.
Devant le ciel qui danse.

Photo : DANS UN PRESQUE SILENCE – Lac Kénogami, mi-juin 2019

Où que j’aille

à la dernière heure
j’aurai vu le pygargue
le beau noir à tête blanche
le majestueux
là-haut qui naviguait le ciel

dire qu’on se pense rois

et de nos traces en firmament
et nos coeurs sans adresses
j’abstrais ce qui joue et se chante
parce que le poids que je n’ai pas
et la mesure de ma mouvance

et du miroir des rameaux
des nœuds et de l’écorce
jaillit le sentiment
que les yeux sur le beau
ma peur de perdre cède
et qu’où que j’aille
j’aurai encore ce que j’ai vu

soufflent les vents de ma mémoire
sur les forêts et les lacs
et toute la tendresse du monde

 


Photo : ON THE ROAD – 14 juin 2019

Avant que de danser

je le dis comme la mer
qui s’éloigne et s’approche
comme le ventre qui s’ouvre
et cet ébranlement

on se verra là-bas
peut-être, me dis-tu
vivante sans te savoir
quand même je te rêve

et ma mémoire ne cherche
ni plus loin ni plus près que la mort
pas plus que les feuilles n’y pensent
avant que de danser

Photo : UNE LARME DE TEMPS – Sur la 40 * Juin 2019

En attendant je t’aime

le soir revient encore
fidèle au temps qui passe

et son ciel comme le reste
reste libre
insoumis comme le jour

la beauté n’offre à vivre
aucune certitude

en attendant je t’aime
et c’est plus fort que moi

 


Photo : IMMERSION – Sur la 40 * Juin 2019

L’attendu

Ça met un temps à venir.
Comme le chant des mésanges.
Une certaine attention, un cœur ouvert, un chaos qui s’ordonne.

Au milieu, la lumière sursaute.
Les épines sur les tiges boivent à fond le soleil.

Et moi et moi, oui moi.
Attendant patiemment que le moment arrive.
Cependant qu’il y est tout du long.
Aussi consentant que celui attendu.

 


Photo : DANS LA BAIE – Port Alfred * Juin 2019

La patience des mots

Tout autour du pilier d’écorce,
les images de l’éveil bravent le froid qui perdure.

L’été sera fidèle au temps.
La moisson vaudra la saison,
et l’ombre s’échouera, belle sous le soleil.

Quant à nos silences et nos mots,
ils poursuivront, inlassables,
le rêve de nous dire nos âmes.

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Photo : D’AUTRES MIROIRS – Juin 2019

Cinquante jours

Sûrement que tout ça est normal, une simple question de miroir, de poitrine qui résonne, après l’éboulement d’un jour et d’un corps. Y a qu’à penser aux bouleaux tendres, aux buses de l’aube. Et à la souche, à cette femme qui fut ma mère, à ses chagrins et ses bonheurs, à sa vie rabotée faite d’instances d’âme, de chemins détournés, de miettes qu’on ramasse à tout rompre.

J’entends des carillons, comme des volées d’oiseaux, des membranes d’eau pure, des montagnes natales. Je sais qu’elle en aurait pris plus. Plus de temps. Qu’elle en voulait encore. Des matins ordinaires où vivre le moment.

Pour ça, on poursuivra l’histoire sans y perdre d’éclat. On dressera des poèmes comme on dresse des tables. On rêvera nos moulins, même si le vent dérape. L’automne arrivera, on fermera les fenêtres et la neige reviendra. On habillera l’angoisse de vivre avec des petits plaisirs, comme autant de colliers d’eau claire. Ou comme des soirs de ouananiches pour les pêcheurs heureux. Le tellurique et l’eau seront déjà bénis. On continuera d’avancer à coups d’âme chercheuse. De force en bois et de mémoires d’entrailles. On restera éprise, c’est ça.

La lassitude passera. Et la terre, même maigre, donnera ce qu’elle a à donner. Parce que c’est ce qu’elle fait de mieux. Pour ça je te dis mon amour ne t’en fais pas, si je suis maintenant orpheline, je sais encore nager. Ma folie sera passagère. Mon éloignement aussi.

Même quand j’ai mal à ma tendresse, l’amour reste ma gloire, mon errance et mon ciel.

Photo : MA MÈRE – Au bord d’un lac du Québec * 1949

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