Imagine le ciel perdu

Nos corps sont déjà nus, noués dans la durée –
on est déjà vaincues, infiniment flouées.

Là où tu viens tendre tendresse
sur les paliers de l’aube, d’autres cherchent victoire.

S’il fallait que l’oiseau. Imagine le ciel perdu.

PHOTO : MATIN LAU – Montréal * Mai 2022

Mais des saisons peut-être

J’écris pour apprendre à me taire.
Pour planter dans ma chair les racines du silence.
Et mieux voir ce qui en vaut la peine.

comme l’arbre et l’oiseau
qui portent leur part d’ombre

et le temps qui y fait
ce qu’il veut de nos vies

qu’il n’y a pas de raisons
mais des saisons peut-être

PHOTO : L’ÉTOURNEAU – Montréal * Mai 2022

Les oiseaux de l’ordinaire

si ma mère vivait
je serais allée la voir

ç’aurait été ordinaire –
de cet ordinaire rassurant
qui donne aux jours
un sens tranquille

en attendant, y a eu la pluie
le vent aussi –
j’étais presque l’érable
avec des oiseaux intérieurs
et des branches jusqu’au ciel

PHOTO : DOUCEUR DE RUELLE – Montréal * Mai 2022

Valse-hésitation

je t’écris
depuis un jour de vent
et la caresse rare
d’une grande chaleur

le carré de jardin
a des airs de sous-bois

j’hésite encore pour les mots d’O.
je sais plus trop, tu vois

les arbres poussent
et mon corps est ailleurs

PHOTO : QUELQUE PART AVANT L’ORAGE – Montréal * Mai 2022

Depuis le corps

D’autres regards que le sien, mais l’oeuvre d’une même pluie. Dans les décombres d’une saison, les objets oubliés sous le poids d’un poème. Sans parade ni substance. Toujours en dilettante, là où tient le désir.

Et les éclats de rouge. Les silences. Quand s’étoffe la faille, la vision de l’écart, du faux qui mène au mythe, à l’espèce qui déraille. C’est au verbe comme jamais qu’appartient la tempête. Il est rare qu’un miroir soit ainsi retourné. L’orage est plein de nous.

Entre le sable et l’air, le hasard n’y fait rien. Le corps suit la cadence, sur le bruit des mots et des heures. Et nos histoires qui roulent, comme des cailloux dans un ruisseau.

On trouvera bien une rivière, me dit-elle.
En attendant, ce piano, c’est presque un pas vers l’aube.

PHOTO : DEPUIS LE CORPS, LA PLUIE – Montréal * Mai 2022

Garder l’aurore

Deux petites roches. Et une plume.
C’est ce que tu m’as rapporté.
Comme les morceaux d’une dernière fois.

C’est vrai sans doute pour tous ces fils mêlés
que je ne démêlerai pas.
Et les eaux troubles que je contournerai.
Mon corps préfère garder l’aurore.
Et miser sur les heures au lieu d’une vérité.

Reste que sur la rive où sont morts les bouleaux,
on aura vu ce que peut faire l’ennui.

Je ne saurai jamais grand-chose.
Sinon mon amour des rivières.
Et des fenêtres qui s’ouvrent sur la mer.

PHOTO : FENÊTRE D’UN THÉÂTRE – Montréal * Mai 2022

Cheval et pivoines

Le grand cheval se donne, ou s’abandonne, jusqu’à ce que l’anneau lâche. C’est toute la beauté, toute l’absence aussi. Comme avec les passants d’hier.

Et tu m’auras vue faire – le soleil était bon, mais au fond je me tais. 

Depuis le temps quand même, le drageon du pommier est devenu un arbre. Et à côté de lui, les pivoines de Florence me mènent à son visage, à sa gaieté des derniers jours. Et vers cette part de moi que j’avais vue chez elle. Celle-là qui s’insurge devant nos états disloqués.

PHOTO : TERRE D’ARGILE – Montréal * Mai 2022

Manque oblique

c’est le pin oublieux
la rivière esseulée
venus se planter là
too close for comfort – or maybe

c’est la neige fondue
le rapide effleuré

aussi un certain cheval blanc

mais arrête-moi avant le trop de mièvre
ça n’est sans doute encore qu’un défaut de tendresse

PHOTO : CRÉPI & BOURGEONS – Montréal * Mai 2022

L’autre bruit

Rue Saint-Laurent. Un couple. Quelques pas derrière eux, un petit garçon s’amuse avec une ficelle. Juste derrière encore, un homme marche. Tout ça, par la fenêtre.
Je suis là à écrire, dans un petit café, sans y arriver vraiment. La basse est trop pesante. Ou est-ce l’autre bruit, le battement régulier, campé au milieu des silences pour mieux se faire entendre. Ce même bruit de temps qui passe.

PHOTO : APRÈS UN COUP D’EAU – Vieux Montréal * Avril 2022

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