Le pas de l’hiver

Une toile plutôt qu’un poème – je ferais ça, oui.
Mais entretemps, si tu voyais le temps.
La neige qui remplit janvier. Autant de ciel et de béance.
De contours blancs et clairs.

Devant l’ongle tordu, le pardon dans l’oubli.
Rien à voir avec la vertu. 
Mon corps y puise au vent des jours.

Photo : LE LONG DU SOIR * Janvier 2023 * Montréal

L’hiver vivant

la neige qui se dépose sur une couche de glace
respire, j’entends

sous le ciel blanc
la même scène, comme un théâtre encore
les voitures, les passants
l’asphalte bruni de neige sale

et ce matin la blanche qui avale le monde

et d’y voir des morceaux de route et de coeur
le lieu, l’immensité d’une rivière
et la chute –
sourde au battement des os

la beauté est un luxe aussi grand que la mort –
l’attente restée tienne et l’hiver vivant

Photo : Y REGARDER D’AILLEURS – 15 janvier 2023 * Montréal

D’une absence

De détruire à mesure tous les petits morceaux. Comme on fonçait l’hiver sur des grands bancs de neige. Il fallait être enfant, tu dis. 

Je botte encore souvent de gros cailloux de glace. 

Peut-être que je ressemble à celle qu’elle a été. Des habits noirs, dehors et en dedans. Sans doute le perméable. Et le coeur mis aussi pour laisser tomber la bâtisse. La peau comme les morceaux de pierre.

Sept soupirs au moins, et je sais qu’il entend. Comme des gouttes échappées sur une toile de mer. Cette histoire d’aimants, de fragile et de fort. Et d’y courir autant après le même soleil.

C’est peut-être le froid du monde, ou celui de janvier. Ou simplement ma tête, qui fait peine de tout doute. 

T’avais quand même cent fois le droit de changer de trottoir.

Photo : LAURIER VERS L’EST * Janvier 2023 – Montréal

Témoin de nous


Des mots d’hier. Depuis, le verglas et la neige ont pris possession de la ville.

J’ai monté le boulevard dans une tiédeur sublime

Je te trouve partout, dans chaque coin de ma solitude –
On quittera pourtant la table sans vraiment se connaître

À peine s’effleure-t-on que tout s’en va déjà
Les loups hurlent de le savoir

Et là par ma fenêtre, l’asphalte encore mouillé
À peine un banc de neige pour témoigner de la saison

J’ai encadré la vieille photo où l’on nous voit ensemble
qui descendions la côte  Je la prenais dans mon histoire

dans ma vie à peine aperçue  Sans rien savoir du coeur qui
s’emparait du mien

Certains coups de folie protègent l’existence

Photo : Sur Saint-Laurent * 30 décembre 2022 – Montréal

Amour et liberté


La froidure et l’hiver sont de bien petites guerres.
J’y trouve quand même une mesure de mon envie de vivre.

La soirée d’hier était douce et j’ai marché longtemps.
Un printemps sur décembre.

La neige fond à vue d’oeil. Et je t’écris ces quelques mots
sur un fond de piano et de musique à bouche.

On cherche la même chose toi et moi. Amour et
liberté. Le simple compliqué.

En attendant, de t’avoir dans ma vie
a quelque chose du bonheur.

Photo : Y ALLER D’ESPÉRANCE * Hier soir – Montréal

Le coeur est au hasard


et brusquement plus rien
que la chaleur entre les murs

mais qu’est-ce qu’on peut vouloir de plus

la neige est brune dessus l’asphalte noir –
sur le trottoir resté blanc un gars presse le pas

tu me reposes la question – oui, on ira
marcher dans le clair de décembre

dans l’étrangeté parfois d’y être
mais la beauté du monde

et si l’hiver est un hasard
mon coeur y tremble encore

Photo : D’UN SOIR DE NEIGE LOURDE * Fin décembre 2022 – Montréal

Inséparables, c’est tout

La pièce est grande. Suffira de s’y perdre. Pour s’y chercher partout sans jamais s’y trouver.

On dirait un théâtre. D’autres diraient que c’est une rue, où la neige a blanchi les jours avant que le vent ne l’embrouille. Une chose en amène une autre. Comme ces deux femmes sur le trottoir, qui se sont arrêtées pour rire. Et le chat noir, comme une tache d’encre.

Je n’entends plus de voix parce que la maison s’est vidée.

Devant moi sur ma table, cette photo d’un garçon dont personne n’a parlé. J’oublie de quel tiroir elle vient, si c’est mon père ou bien son frère. Une photo de Denise aussi. Qui cherchait le printemps tout partout autour d’elle. Mais c’est l’hiver, disait ma mère. Je sais, répondait-elle, mais regarde derrière – moi quand je tourne la tête, c’est tout le printemps que je vois. De quoi jeter au monde l’absence de culottes. Avec sa voix, aussi incroyable que tendre.

Je sais, je sais. Je méandre et divague dans la nuit qui avance. Une manière peut-être de la rendre plus blanche. On sait bien tout l’inséparable et qu’aucune guerre ne se gagne.

Et la voie ferrée qui s’allonge. Presque aussi loin qu’on l’imagine. Toute petite, je marchais déjà sur les rails. J’y trouve une sorte de chez-moi. Toi tu appelais ça du jazz. Quelque chose d’une musique. En somme, tu le disais comme ça, ne reste qu’à faire les cent pas. Pareil pour les mots qu’on écrit. Ou qu’on n’a pas écrits encore.

De l’autre côté de la rue, la vieille femme est dans sa fenêtre. Peut-être que le vieux est mort. Ils sont venus le prendre pendant le réveillon.

Et Noël est déjà derrière. Passé quelque part dans la neige, le désir, les amours et le temps.

Photo : LE VENT SIFFLANT SOUFFLANT * 23 décembre 2022 – Montréal

Le bal des amoureux

On se verra, dis-moi, au bal des amoureux?

Petit étang, petit enfant. Rien qui ne fasse tomber les gros châteaux de sable. Ni voler les poussières qui sont trop hautes pour les bras. Les matins continuent entre nos océans troués et nos écrans qui chauffent. Mais t’en fais pas maman, je ne casserai rien. Ni les amas de neige restés collés aux branches ni l’espoir qu’il nous reste d’arriver à plus tendre.

Je prendrais quand même ton épaule pour y pleurer un peu. Sur ce que je ne verrai pas et sur ce que je vois.

T’auras eu tes tempêtes. Bien assez pour te faire un ciel qui laissait passer les nuages et sonner la musique. Et j’aurai trouvé des sentiers, souvent de poésie, pour nourrir mon désir de rester dans ce monde.

De belles fêtes à tous. Merci à vous qui me lisez.

Photo : AU P’TIT BONHEUR DU TEMPS * Hier – Montréal

Dehors le vent

c’est toute la scène en morceaux
ajournée, me dit-elle
le coup du régulier
du désir
avec celui aussi
d’y abandonner l’habitude

les ponts sont là
tu laisses venir
en choisissant le dénuement
comme celui d’octobre
où le ciel se dépense
pour accueillir l’hiver

tombée dans les bras de décembre
blottie contre le poids des jours 
j’ai repris ma blanche habitude
malgré le froid du vent

avec le meilleur et le pire
de nos trous de mémoire

Photo : ÉTIRER LE SOLEIL * 18 décembre 15h44, depuis le viaduc Rosemont – Montréal

Le ciel est bas


Si tu voyais les branches. La lourdeur et pourtant.

Et l’oiseau noir encore qui se cache de moi. Ou moi de lui.
Une sorte de chemin de patience. Ou de fascination.

En attendant, je n’avais pas compris que tu parlais du soleil blanc.
C’est dire les choses qui m’échappent et à quel point je fabule.

Photo : DÉBUT DE TEMPÊTE – Avant-hier * Montréal

No more posts.