Pain trempé

C’est l’hiver dans sa suite jusqu’au bout de l’été.
Ce qui serait facile : aller te porter de la soupe. Vu qu’hier il faisait plus froid.
Les autres veines sont indociles, gisantes au pied de l’arbre.
Les oisillons sont bien cachés.
Et pour le reste je m’en vous, je me tout, je mens fous.
C’est le bleu d’une belle histoire. Même sans rien.

Photo – C’EST UNE FILLE, PAS UN NUAGE * Hier – Montréal

Sudare

Et ce chaud, ce bruit de chaud.
Cette horloge sans aiguilles.
Et là, tes épaules.

Le lin comme une deuxième peau.
Et tu lui donnes le corps de ton matin.
De ta nuit qui se rend.

Tes pensées iront où elles vont.
Tous les tissages faux font crier la suée.

Je garde un faible pour les anges déchus.
Il pleut dans la cour. Mais pleut-il ailleurs?

Photo – EXISTERE (SORTIR) * Hier – Montréal

Leviarius

La chaise est belle dans le coin. Quelqu’un l’avait mise sur la rue à cause d’une petite fente le long d’un barreau noir. Et là cette autre chaise, qu’Émile avait faite pour Denise quand elle marchait à peine. Celle qu’elle a gardée comme sa peine jusqu’au bout de ses jours.
C’est un trop-plein, c’est tout. C’est rien d’autre que ça. Ça va et vient et ça repart, pas de quoi en faire un cachot. Si je t’envoyais chaque plume qui atterrit sur le trottoir, j’aurais peur qu’à la longue, ça devienne trop lourd. J’ai mis un long temps à tomber pour ne garder que les ruisseaux, les chemins de rigoles.

Photo – ABANTIARE * Août 2025 – Montréal

Le bord du temps

J’étais en bas, me dit Clara. J’ai passé l’aube là, à feuilleter de tendres demeures. Quand j’ai lu la nouvelle hier, je me suis rappelé la caresse, les chats aimés, et les mots et les femmes, l’île d’Orléans et le fleuve. Qu’il soit parti vers d’autres aubes avale un peu le bord du temps. Et c’est trop tard pour lui écrire comment il a bercé mon âme avec entre autres ses grandes marées, son vieux chagrin et sa tournée d’automne. Bon vent, Jacques Poulin. Merci pour les si belles histoires.

Photo – HIER, TOUT SIMPLEMENT * Août 2025 – Montréal

Maddy May

Il arrive, me dit Maddy, qu’on mette en doute mon détachement face à certaines destinations. Tout ce que je peux dire à ça c’est que chaque finalité demande une certaine ambition. D’autant plus que pendant ce temps, le ciel ne me demande rien. Même les trottoirs sont plus cléments. And as far as I know, le temps n’a pas besoin de moi.

Photo – MON AMIE MADDY MAY * Août 2025 – Montréal

Cornicula

tu entres encore dans cette maison comme on met les pieds dans un lac 
entre des nénuphars et des branches brisées

tu penses parfois à l’hiver comme à une grande couverture
déposée sur le froid des jours

la toile est encore là sur le grand mur de la cuisine –
il t’arrive de te demander si la corneille retient le temps
et le vent sous ses ailes

Photo – … * Août 2025 – Montréal

Vocitus

les verres restés sur la table et tes pieds sous la chaise
l’abat-jour qui pend et le cahier aux pages blanches

tu bois à la même cuvée d’âme qui t’aide à absoudre le vide
de quoi prendre les courbes folles sans peur du trop loin ou trop tard

pour l’eau de la rivière, le café dans la tasse
et samedi dernier sur le quai, le huard tranquille
qui sondait l’atmosphère à quelques pieds de toi

maintenant c’est la nuit dessous le même ciel
c’est la même mémoire et t’en fais ton argile

Photo – INCLINATION * Août 2025 – Montréal

Piccare

Je vois le geste de mon père qui nettoie ses lunettes
avec un bout de sa chemise. Aussi un chien, deux chats,
et un long sentier vers le nord jusqu’au bord d’une
autre rivière. Ce qui le démangeait me mange, ce qui me
mange te démange, et l’immensité qui s’en mêle –
j’échappe presque tout et presque tout m’est invisible.

À force de mots et de vent, de chercher
pour chercher sans rien chercher vraiment, le centre
se remontre. À peine toujours le temps d’y voir.
Et le pied qui roule le fer et le bras en tournaille.
Je n’insiste pas trop. De toute façon le vent y reste
et la piqûre est douce. La vie est seule à y passer et
tout mon corps y veille.

Photo – EN PENTE DOUCE * Août 2025 – Montréal

Canine canicula

Les feuilles comme le désir.
Le vent qui change. 
Ça en dit long du drap et d’un certain silence.

D’en bas, on a quand même sorti la tête.
Tintinnabule, tintin, et tiens-toi bien j’arrive.
Les timbres et les tympans.
Trois hommes parlaient fort autour d’un escalier rouillé.

En rond le temps, le temps qui mène.
Mieux que les avirons de nous.

Ma canine à la tire, je m’ennuierai de toi.

Photo – LA VIE DES MATIÈRES BRÛLANTES * Août 2025 – Montréal

Lurdus

Les nuits sont chaudes comme les jours.

J’aime le poids et la lenteur qui viennent avec le trop de tout. Quand je n’y cherche plus de mots que ceux de l’été qui se donne.

Photo – LE CIEL NE TOMBE BAS * Août 2025 – Montréal

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