Plexus Days

Il était une fois, il y a de plus en plus longtemps. Une histoire d’oiseaux morts sur trop de jours de suite. Une fente au coeur du tableau. Ne rien vouloir est une rivière. Je pense à Estelle et Alice, assises au troisième rang. À ce qu’elles se disaient peut-être sur les nerfs solaires et le déchirement. 

Ce matin comme hier, on laisse entrer l’air frais avant de l’enfermer. Il a bien plu et puis le vent. Il fera chaud dans quelques jours, plus chaud que supportable. Anne dit qu’elle ne se lancera qu’à l’aube et le soir avancé. Ma chair s’en tire mieux, j’irai sentir des roses en plein milieu du jour. Et goûter la brûlure.

Photo : LE CHARME DES FROISSURES – Hier * Montréal

Recurrens

La rivière d’avance. Et derrière mon épaule, les mésanges dans la vigne. Et l’abreuvoir bleu de ma soeur qui ne perd pas une seule seconde. Puis encore le monde. Même si on sait pour la beauté. L’eau qui tremble et ne tremble pas. Et pourtant et quand même. Les stupeurs et silencements. Les vagues qui noyaient déjà, longtemps avant Crésus, le même percentile. En blanches déferlantes.

Le transplanté a belle mine. Il est petit et sans défense, sinon la terre qui le retient. J’en prends bien soin, du moins je pense. Et les ténèbres restent douces à l’ombre du bouleau.

Photo : TROIS ÂMES – Juin 2025 * Montréal

Urgoli (superbia)

La lumière tremble. L’été se réinvente. Je peux enfin m’assoir dehors pieds nus à écrire. 

– J’ai l’instant fatidique, dit Laure.
– Tu penses trop, rétorque Maude. Arrête avec tes fables. Y a qu’à s’approcher d’une rose, d’un héron dans la pierre et des cormorans qui s’endorment dans le bers d’une pivoine pour voir que notre intelligence y reste bien superficielle. Pour ne pas dire artificielle. 

C’est S qui m’a montré les oisillons au creux des fleurs. Les dessinateurs s’inspirent, même les plus célestes. 

Photo : SANS AURÉLIA – Juin 2025 * Montréal

Lux (discernere)

Il s’appelait Luc. J’avais seize ans. Ou peut-être dix-sept. Et lui quelques années de plus. On allait dans une chambre à l’hôtel Nelson. Une chambre comme déjà dans mes rêves, une chambre d’écrivain. Avec la petite table, contre le mur à droite. Je vois aussi le lit. Et la fenêtre qui donnait sur la place Jacques-Cartier. Je ne me rappelle pas si on faisait chaque fois l’amour. Mais je me souviens qu’on marchait, longtemps, dans les vieilles rues près du fleuve. Je ne l’aurais pas dit à l’époque, mais là que j’y repense, j’ai cette intime certitude qu’il voyait qui j’étais mieux que je me voyais moi-même. Je revois son regard tranquille. Ses cheveux un peu longs attachés en arrière. Il était beau et taciturne, un des beaux hommes que j’ai connus, peut-être le plus beau.



Photo : DEUX ÂMES – Juin 2025 * Montréal

Dulcor

Envie de fermer la fenêtre. Le vent est froid sur mes orteils.
   Les arbres ne se plaignent pas, se plaignent-ils jamais. Cependant que le monde vaque à ses grandes affaires, on peut toujours se demander à qui incombe la douceur.
   Le soleil va et vient. Sans grande certitude on dirait. Je sympathise, évidemment. 

Photo : LA BEAUTÉ DES ORAGES – Juin 2025 * Montréal

Confundere

la pluie
entendue longtemps dans la nuit
et ce matin, la longue branche du rosier
affalée sur la chaise

le jour où tu as vu un ange
t’as voulu être un ange

ton propre mépris te confond

ne supporterais-tu au fond
que la seule beauté

le ciel est gris
et le vent fait trembler l’image

est-ce que par la fenêtre les érables te voient

Photo : LE TEMPS – Juin 2025 * Montréal

Seranus

le jour serait le jour
on le savait déjà plein de sales histoires

il n’était pas question d’exploit
simplement d’un banc où s’assoir
en attendant le bus

Photo : DOUCEMENT LES HEURES – Juin 2025 * Montréal

Pertusiare

J’ai trouvé tes mots dans la nuit, juste avant de dormir. Je les ai relus en pleurant. Et ce matin, l’oreille collée aux mirages, je relis les miens de la veille.

Il y a eu ce désir de me fondre dans l’eau. Ce désir d’être confondue, de n’être qu’un mince sillon, un rayon de silence.
Et puis les rustres sont partis. Sauf pour le mauve des pervenches, tout était redevenu vert et rien ne bougeait plus. La percée se ferait tranquille, loin des regards et des feux.

De toutes ces années, c’est la première fois qu’on me dit – qu’on trouve cette porte belle. Si c’est pas la vie qui me rêve, alors je te réponds : je ne sais vraiment rien de rien.

En attendant n’est-ce pas – que tu n’iras nulle part. Je lis tes mots encore pour au moins la septième fois.

Photo : ET D’ENTRE MES NUITS FRAGMENTÉES – Juin 2025* Montréal

La folle du logis

Je me revois, dit Laure, à la cime du pommier. Trois bouts de branche arrondis, trois larmes sur mes pieds. Quand j’ai compris, je suis redescendue. J’ai enjambé à toute vitesse les marches du vieil escalier. Et j’ai caché le bois avant qu’on ne me voie.

C’est la folle du logis, dit Maude. La plus chantante des chantées. Aussi désenchantée soit-elle.

Et pendant ce temps dans la cour, le transplanté sauvage met du temps à se rhabiller. Je l’ai mis au pied du bouleau. Je me demande si au moins, il s’enracine un peu.

C’est pour encore la même histoire. Sans rien savoir ni rien y voir. Rien que pour la musique.

Photo : MUR-MONDE – Avant-hier * Montréal

Carbo

Ou c’est ma ville qui boit trop ou c’est moi qui ne
sais pas voir. Et pourtant là les feuilles. Qui font encore
trembler le vent et danser ma mémoire.

J’ai ramassé une dizaine de bractées sur le plancher.
Je sortirai bientôt la plante mais il fait souvent froid encore.
Alors j’attends. Le moment qui sera le bon. Pour ce que j’en sais.

Dans l’intervalle, j’aligne les papiers roses le long de la fenêtre.

J’aime la ligne floue. Comme d’entre les ressemblances,
le charbon dans nos veines. Quand les deux on a trouvé belle
la noirceur du bois brûlé.

Photo : SOFT RAIN – 31 mai 2025 * Montréal

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