Par chance entre les feuilles, le ciel. Et moi qui coupe dans le gras, mets saison au lieu de raison, voix au lieu de violon, parce que les maigres vents, parce que l’épi roux, parce que quand je perds la saison, au moins je sais où elle se trouve. En plein milieu du temps.
Photo – ENJAMBER LES CONDUITES * Septembre 2025 – Montréal
Dans la cour ce matin, comme un parfum de mer. Je sais, c’est impossible. Sans doute le repas d’hier d’un voisin. Le vent annonce le changement. En attendant, dans ces heures passées à écrire, même quand mes mots sont plats à force de trop vouloir, c’est le même rien qui me cherche. Ce rien comme dans l’envers du monde, l’envers de l’ambition. Comme le tranquille de la feuille, à l’envers de la guerre, de la société des hommes. Ce rien comme dans mon jardin – qui a l’air fou, diraient certains.
Photo – L’IMAGE D’UN DÉPART * Septembre 2025 – Montréal
L’érable est complètement orange. Sur le trottoir d’en face, une fille s’est arrêtée pour donner le temps à son chien.
La peine est allée s’allonger sur un portrait de pierre. Une rose s’est repliée sur le bout d’une langue. J’entends la même plainte qui monte d’un piano.
Fais attention dans la ruelle. J’ai trouvé au bord de la porte des morceaux de verre cassé. Au cas où il en resterait.
Mon café dans les mains, je me suis avancée vers la fenêtre pour regarder la cour. Au même moment, la corneille se posait au coin d’un toit de l’autre côté de la ruelle. J’ai dit « reste, corneille, reste un peu, ça fait longtemps que je t’ai vue ». Mais elle est partie, la corneille, sans demander son dû.
Ces derniers jours, je fais le même détour pour me rendre nulle part. Cachées derrière des feuilles se trouvent des grappes bien mûres.
Photo – LUMIÈRE D’AUTOMNE ET SAXOPHONE * 13 septembre 2025 – Montréal
Matin bleu de septembre. Tu tournes dans le même lit, vogues dans le même bateau. Et puis les mots et la beauté, et cet élan aussi étrange qu’intarissable, reviennent te prendre et t’occuper à autre chose qu’à la guerre, transmuer les dérives et les désillusions.
Photo – PISTER LE TEMPS * Septembre 2025 – Montréal
Aussi pleine que toujours, la cour n’entend pas à rire. Les tomates fusent de partout. C’est encore l’asphalte qui en prend pour sa grippe.
Alice erre sous le plafond en attendant qu’il tombe. Chaque jour elle soûle ses fatigues devant l’impotente plénière. Aux jugements provisoires qui servent à calmer les esprits, elle préfère le thé, qu’elle boit désormais à la petite cuillère.
Photo – LA BELLE PAIRE * 7 septembre 2025 – Montréal
Je ne sais toujours pas pourquoi, enfant, j’ai tant rongé mes ongles et les peaux tout autour. Je ne sais pas grand-chose de moi. Mais le vent, je sais que j’aime le vent. Et qu’il a soufflé fort hier, assez pour changer bien des choses. Je sais aussi que le butor aime les courants bas et les langes souillés, et les corps et les âmes à portée de bêtise. Une petite voix sur le trottoir vient de poser une question. Et celle d’une femme lui répond le plus doucement du monde. La fenêtre est encore ouverte. J’entends même les pas de passants de l’autre côté de la rue. Chaque jour un peu mieux que la veille, j’élude et je m’esquive. Regarde quand même où tu vas, dit Maude, tu as les épaules exposées.
Photo – ELLE COURAIT DANS LA PLUIE * Hier soir – Montréal