Sur une chanson lente

l’écharpe tendue dans le ciel
et tout le fou
de l’attraper ensemble

J’ai relancé la chanson lente, celle qui ne m’étourdit pas. Et là mon café qui m’exauce. 

J’ai fait brûler des toasts hier et pensé à mon père. J’ai pensé à ma mère aussi, qui disait qu’on se ressemblait. Deux beaux vieux manteaux déchirés avec la doublure qui dépasse.

Dehors la neige fait des montagnes de bleu et de blanc. Avec le printemps qui approche et l’ange qui arrive en train, c’est pas le pire jour de ma vie.

Photo : DES BOUTS DE RÊVE * Hier – Montréal

L’allant et le venant

Je ne sais que faire de vous
si près si près
de mon coeur à moitié brisé

Si l’enfant fonce dans son monde
c’est qu’il faut bien un monde à soi

Je pousse vers le creux de la terre où tout finit par s’endormir.
La tasse appuyée au menton, je pense à la mère de ma mère. La friction, me dit-elle, même entre les bottes et la neige. Ni mon corps ni mon âme n’aimait trop la misère et tout ça finit par user. D’autant que tout s’arrime au coeur, qui prend tout ce qu’il prend.

Les minutes s’envolent et c’est tout ce que j’ai à perdre. Et ce bonheur de feu, jusqu’à la dernière braise. De mon corps près d’un âtre pour que les nuits déboulent. Combien de paradoxes.

On peut toujours courir devant tout ce qui va ou vient. Ou s’en faire une saison. Et un piano qui roule.

Photo : MARCHER DANS LES PAS DES ANGES * Février 2025 – Montréal

Eludere

Comme si tu attendais la suite. Mais on a le temps d’y venir. Avec l’hiver et le corps en paresse.

Les branches se ballottent dans un bébé blizzard. Je n’ai pas dit lézard, j’ai dit blizzard.

L’autre a écrit. Et le jour a penché. Presque en même temps, il s’est mis à neiger.

La fillette retenait ses larmes. Ne suis-je toujours jamais qu’une peau d’indulgence qui se languit d’une âme à consoler encore ? Ma mère aurait souri. T’es compliquée, ma fille.

Et de me raccrocher encore aux battements du paysage. Aux longs pas du silence. Pour éluder le lourd.

Je n’ai jamais eu peur des anges.

Photo : FILLE EN NOIR & CHIEN BLANC * Hier soir – Montréal

Détournement

Le médiocre qui veille au grain. Belle étable, y a pas à dire.
En attendant, l’hiver se donne. La neige reste bleue entre les rayons blancs.
Et toi là-bas, tu me passerais le beurre ?

À chaque jour son absurde. À chaque jour sa lumière et
son ciel criant de beauté.
À chaque jour sa saison qui ne repassera pas.
M’en vais marcher.

Photo : L’ENFANT ET LE RAYON * Février 2025 – Montréal

La ruisselante

Les contours du monde prennent une drôle d’allure et l’hiver me sert de bâche. Derrière la vitre, le lilas reste beau malgré sa presque mort. On voudrait l’enlever, mais je résiste encore.

Et la ruisselante qui oublie. Sam le sait, mais n’en fait pas de cas. Tu me réveilleras que je puisse regarder la route ?
Quand on a arraché son coeur pour en mettre un autre à la place, on a vu des vallées profondes, de grands arbres tordus, un mélange de bois et de cendres.

Je suis abriée jusqu’au cou, un chemin bas de février.

Tu pourrais croire que je m’ennuie à regarder toujours par la même fenêtre. Autant d’années et étrangement, c’est comme si chaque matin était la première fois ou presque.

Photo : DANS LE PAS DE L’AUTRE * Février 2025 – Montréal

Depuis la chambre

Du rouge sur les mots. Comme sur les lèvres.
Et l’étrange qui m’aide à vivre.

Tout arrive en désordre avec les vents du jour.
Même l’hésitation.
De quoi donner au froid le plus vif de moi.

On partira à rire.

L’hiver s’emporte et la neige s’empile.
Jusqu’aux flocons qui chantent sur mes joues.

Photo : DANS LES BRAS DE L’HIVER * Hier – Montréal

La part indécise

si tu savais combien j’étais
soulagée moi aussi…
et je l’avais écrit comme ça
avec trois petits points

laisse respirer, qu’on me dit
et je me plie 

peut-être la même habitude
de fuir le trop important –

comme s’il y avait de trop aimer

(On sait maintenant qu’il y a au moins six cents lacs,
d’énormes lacs,
enfouis dans les profondeurs antarctiques.
Cachés dans la noirceur depuis plusieurs millions d’années,
abrités des froidures par l’immense épaisseur de glace
et réchauffés par le magma, ils foisonnent
de cellules vivantes.)

cette fois c’est l’indécision
qui a eu le meilleur de moi

Photo : POUR LA BEAUTÉ ENCORE – Janvier 2025 * Montréal

Elephantus

Fou de coller le mot sur le corps
pour y trouver le mot.
Fou de coller le corps sur le mot
pour y trouver le corps.
Suzanne Jacob

À l’époque, ça fait trente ans de ça, on habitait sur la rue Fabre. Tu m’avais dit un soir que quelque chose avait disparu de mes yeux. Et quand j’y repense aujourd’hui, je me dis que c’était le vent. Et ce même train dans ma tête.
     Hier tu m’as écrit. Tu dis que les jours passent vite malgré les épisodes. Et que t’as gardé les photos qui se trouvaient sur le frigo pour ces vents doux qui aident à vivre. Tu finis ta lettre en caresse. Les choses roulent au noir, on peut le dire comme ça, mais la neige est si blanche ici. Mes enfants sont venus. Les regards changent, même les leurs. Le silence ressemble à une ombre, je ris sans trop savoir. Je vois bien que les heures se payent encore ma tête et que dans le miroir j’ai la cime un peu triste. Mais t’en fais pas, je dors comme un vieux singe.
     Tu divagues à l’anglaise. Ton coeur demeuré aussi grand que celui des grands éléphants.

Photo : NOS TENDRESSES – Janvier 2025 * Montréal

Balzi et le vaste soleil

À force, j’en oublie la tempête. Celle qui a duré des années et qui en arrivant au bout m’a jetée au plancher. Au point où j’ai rampé pour me cacher un peu sous des abris de mots. Je ne voulais rien dire. Rien qui n’en dise trop.

Côté tendresse, la petite fille est passée chez sa nouvelle amie avec ses grosses bottines. Si lourdes qu’on pouvait entendre frapper tous les bruits de l’enfance et que Balzi dans sa frayeur s’est mise à s’inquiéter. Heureusement que le vent sait faire dans l’urgence. Il a poussé la mèche qui obstrue le regard.

Quand tu viens, qu’elle lui a dit, il te faut prévenir, j’ai le soleil trop vaste.

Et la petite fille a compris.

˜

De mon côté, je laisserai le temps à la lune. Et si je frappe un ou deux coups d’ici la prochaine pleine, ce sera du bout de la langue.

Photo : ET MAUDE DANSE SUR L’HIVER – Janvier 2025 * Montréal

Sans filet

Je pense à la chanson, cette vieille chanson. Où le chasseur dit à Lisandre de ne pas faire autant de bruit. Et je me tais. Au grand coeur de l’hiver.

Ma ville est belle dans ses flocons. Plus belle qu’on ne le dit. Je la regarde dans ses habits dentelle, ses vents qui font bouger les heures, ses soleils furtifs et ses blancheurs nocturnes.

Tant qu’on me laisse les trottoirs, je serai sauve. Et j’irai sans jamais vouloir faire peur aux oiseaux.

Photo : L’HIVER EN DOUCE – Avant-hier * Montréal

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