Moments

Au milieu de nulle part
et de n’importe quand
ces moments que l’on prend
pour prendre le temps.

carolinedufourmoments3QUELQUES MOTS AU PASSAGE – Dans une ruelle de Rosemont, Montréal, le 9 février 2014

De source et de terre

Sa grâce qui revole
en grand geyser de rires
ou en claire fontaine
qu’elle offre à qui veut prendre.
Et sa beauté géante
trop souvent délaissée
mais tout va si vite dans nos mondes
qu’on pense moins souvent à la terre
et aux sources vives.

carolinedufourruelleclocher3RUELLE BLANCHE – Montréal, le 6 février 2014

Vieille et rebelle

Elle résiste.
Comme une feuille qui s’accroche en hiver.
Je la vois qui s’acharne, se fâche, s’énerve.
Parce qu’elle ne comprend pas ce qui se passe.
Le sait un instant, et puis oublie.
Entre autres, qu’elle ne voit plus.

Puis il y a tous ces moments où elle chante. Et où elle rit de bon coeur.
Et je me dis que ça a quelque chose à voir avec sa légendaire désobéissance.

carolinedufourresistc3L’AVANCÉE – Sur le mont Royal, le 4 février 2014

Les attentes

Pour la plupart, je les déjoue.
Ça me rend le bonheur plus flagrant,
plus facilement attrapable
au vol des jours qui passent.

carolinedufourattenc6 800carolinedufourlesatten 800HEURES DE REDOUX (diptyque) – En deux temps, le 1er février, dans des rues qui longent le parc Lafontaine (Montréal)

La suite des choses

Les jours passent.
L’hiver va du blanc au gris.
Les rues sont sales aujourd’hui.
Ma vieille tante est seule.
J’irai la voir.
Et les jours continueront de passer.
Et on verra après.

La seule chose dont je suis certaine
c’est que ça changera.

carolinedufourvoief2LA VOIE DU MILIEU – Montréal, 28 janvier 2014

Le temps d’une bourrasque

Elle était belle dans le blizzard.
Et quand la rafale a soufflé,
j’ai voulu attraper le vent
qui jouait dans ses cheveux.
Mais il était déjà trop tard.

carolinedufourtignassefeuc3Rue Cherrier, Montréal, 27 janvier 2014

Une vie plein la tête

Son cerveau génère des images
mais ses yeux ne voient plus, madame.

Après 91 ans, d’un coup,
à cause d’un peu de sang
là où le cerveau sait y voir,
ma tante ne reverra sans doute plus le monde.
La même chose, de l’autre côté,
s’était produite il y a cinq ans.
Ça y est donc des deux côtés.

C’est arrivé il y a dix jours.
Elle a le coeur gros.
Mais elle a continué de rire.
Et de me faire rire.

Elle est où ma main, ma tante,
la voyez-vous?

Deux ou trois secondes s’écoulent
où ses beaux yeux bleus cherchent en vain.
Puis elle saisit l’occasion.
Accrochée après ton bras…

Et moi qui éclate de rire.
Et elle qui sourit de triomphe.
carolinedufourcor2 1000PLUS HAUT PERCHÉE – Sur le toit de la Maison Smith (Mont Royal, Montréal, novembre 2013)

Une montagne, des citrons et du chocolat

Une montagne.
Pour y être et marcher.
Seule ou pas.

Et sur une île déserte,
je voudrais du millet, des oignons, du miso et des citrons.
Je sais, je sais, c’est grano, mais c’est ça.
Et des pommes aussi.
Des spartan ou des cortland.
Pour le reste, j’ai en masse de stock dans ma tête.
Euh, à bien y penser, peut-être aussi quelqu’un à aimer de temps à autre.
Et un morceau de chocolat noir.

carolinedufourmontvertc3CHEMIN DE GLACE – Mont Royal, janvier 2014

Avec le temps

Je fantasme sur une vie plus tribale
où tout se ferait sans qu’on y pense autant.
Moins de cérébral. Pour plus de coeur.
Plus de gestes. Vers la terre et vers l’autre.
Et à chacun son temps.
De naître.
De prendre soin.
D’être soigné.
Et de mourir.
Ce serait simple. Et plus aisément heureux, il me semble.
Un monde où le temps serait de l’amour.
Plutôt qu’on sait quoi.

Tout plein d’enfants qui jouent
près de vieillards qui chantent.

J’appartiens à l’espèce prétentieuse.
Trop certaine de faire mieux que les chiens et les singes.
Et souvent oubliante qu’avec le temps, de toute manière, tout s’en va.

carolinedufourbelvedereLE PASSAGE – Mont Royal (Janvier 2014, Montréal)

Lecture et bottes de pluie

Il était beau à voir.
La tête appuyée contre la cloison de métal,
complètement absorbé par son roman.
La tuque enfoncée bien bas
et le menton enfoui dans un énorme foulard rouge.

Et elle, tout aussi belle.
Ses longs cheveux roux détachés.
Sur un audacieux mélange de couleurs.
Et sa désinvolture tranquille qui venait couronner le tout.

La liberté sait y faire, je trouve.
Et je n’ai pas pu résister.

carolinedufourjambesmetro2scadQUELQUE PART SUR LA LIGNE ORANGE – Montréal, janvier 2014

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