Ne tue pas l’important d’entre nos solitudes. Et moi je garderai cette douce habitude de me souvenir de toi. … Il n’y a jamais eu de hasard. Je suis montée là-haut sur la pointe des pieds pour que tombe le masque. … Et l’hiver toujours. Qui s’y prend chaque fois de la bonne manière.
Photo : ON ÉTAIT TOUS LES TROIS * Dimanche dernier – Montréal
Quand y en a pour des lustres, il faut savoir se ménager ! Ça, c’est mon vieux voisin. Qui pelte en prenant tout son temps. J’ai souvent menti à mon père et menti à ma mère en ne disant rien de mes heures avec Marianne à dos d’âne du temps où on allait sans frein dans la neige comme en amour sans se méfier du vent ni se méfier du loup. Là, je leur dirais mon voisin. Et février aussi, qui n’en finit plus d’être blanc. Jusqu’à en oublier la bête.
Photo : LOUP, ES-TU LÀ ? * Montréal – Février 2025
l’écharpe tendue dans le ciel et tout le fou de l’attraper ensemble
J’ai relancé la chanson lente, celle qui ne m’étourdit pas. Et là mon café qui m’exauce.
J’ai fait brûler des toasts hier et pensé à mon père. J’ai pensé à ma mère aussi, qui disait qu’on se ressemblait. Deux beaux vieux manteaux déchirés avec la doublure qui dépasse.
Dehors la neige fait des montagnes de bleu et de blanc. Avec le printemps qui approche et l’ange qui arrive en train, c’est pas le pire jour de ma vie.
Je ne sais que faire de vous si près si près de mon coeur à moitié brisé
Si l’enfant fonce dans son monde c’est qu’il faut bien un monde à soi
Je pousse vers le creux de la terre où tout finit par s’endormir. La tasse appuyée au menton, je pense à la mère de ma mère. La friction, me dit-elle, même entre les bottes et la neige. Ni mon corps ni mon âme n’aimait trop la misère et tout ça finit par user. D’autant que tout s’arrime au coeur, qui prend tout ce qu’il prend.
Les minutes s’envolent et c’est tout ce que j’ai à perdre. Et ce bonheur de feu, jusqu’à la dernière braise. De mon corps près d’un âtre pour que les nuits déboulent. Combien de paradoxes.
On peut toujours courir devant tout ce qui va ou vient. Ou s’en faire une saison. Et un piano qui roule.
Photo : MARCHER DANS LES PAS DES ANGES * Février 2025 – Montréal
Comme si tu attendais la suite. Mais on a le temps d’y venir. Avec l’hiver et le corps en paresse.
Les branches se ballottent dans un bébé blizzard. Je n’ai pas dit lézard, j’ai dit blizzard.
L’autre a écrit. Et le jour a penché. Presque en même temps, il s’est mis à neiger.
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La fillette retenait ses larmes. Ne suis-je toujours jamais qu’une peau d’indulgence qui se languit d’une âme à consoler encore ? Ma mère aurait souri. T’es compliquée, ma fille.
Et de me raccrocher encore aux battements du paysage. Aux longs pas du silence. Pour éluder le lourd.
Je n’ai jamais eu peur des anges.
Photo : FILLE EN NOIR & CHIEN BLANC * Hier soir – Montréal
Le médiocre qui veille au grain. Belle étable, y a pas à dire. En attendant, l’hiver se donne. La neige reste bleue entre les rayons blancs. Et toi là-bas, tu me passerais le beurre ?
À chaque jour son absurde. À chaque jour sa lumière et son ciel criant de beauté. À chaque jour sa saison qui ne repassera pas. M’en vais marcher.
Photo : L’ENFANT ET LE RAYON * Février 2025 – Montréal
Les contours du monde prennent une drôle d’allure et l’hiver me sert de bâche. Derrière la vitre, le lilas reste beau malgré sa presque mort. On voudrait l’enlever, mais je résiste encore.
Et la ruisselante qui oublie. Sam le sait, mais n’en fait pas de cas. Tu me réveilleras que je puisse regarder la route ? Quand on a arraché son coeur pour en mettre un autre à la place, on a vu des vallées profondes, de grands arbres tordus, un mélange de bois et de cendres.
Je suis abriée jusqu’au cou, un chemin bas de février.
Tu pourrais croire que je m’ennuie à regarder toujours par la même fenêtre. Autant d’années et étrangement, c’est comme si chaque matin était la première fois ou presque.
Photo : DANS LE PAS DE L’AUTRE * Février 2025 – Montréal
si tu savais combien j’étais soulagée moi aussi… et je l’avais écrit comme ça avec trois petits points
laisse respirer, qu’on me dit et je me plie
peut-être la même habitude de fuir le trop important –
comme s’il y avait de trop aimer
(On sait maintenant qu’il y a au moins six cents lacs, d’énormes lacs, enfouis dans les profondeurs antarctiques. Cachés dans la noirceur depuis plusieurs millions d’années, abrités des froidures par l’immense épaisseur de glace et réchauffés par le magma, ils foisonnent de cellules vivantes.)
cette fois c’est l’indécision qui a eu le meilleur de moi
Photo : POUR LA BEAUTÉ ENCORE – Janvier 2025 * Montréal
Fou de coller le mot sur le corps pour y trouver le mot. Fou de coller le corps sur le mot pour y trouver le corps. Suzanne Jacob –
À l’époque, ça fait trente ans de ça, on habitait sur la rue Fabre. Tu m’avais dit un soir que quelque chose avait disparu de mes yeux. Et quand j’y repense aujourd’hui, je me dis que c’était le vent. Et ce même train dans ma tête. Hier tu m’as écrit. Tu dis que les jours passent vite malgré les épisodes. Et que t’as gardé les photos qui se trouvaient sur le frigo pour ces vents doux qui aident à vivre. Tu finis ta lettre en caresse. Les choses roulent au noir, on peut le dire comme ça, mais la neige est si blanche ici. Mes enfants sont venus. Les regards changent, même les leurs. Le silence ressemble à une ombre, je ris sans trop savoir. Je vois bien que les heures se payent encore ma tête et que dans le miroir j’ai la cime un peu triste. Mais t’en fais pas, je dors comme un vieux singe. Tu divagues à l’anglaise. Ton coeur demeuré aussi grand que celui des grands éléphants.