Petites certitudes

Et tout à l’heure
pour moins de temps.
Au moins j’aurai vu ton visage
et d’autres aussi.
Sur nos bleus d’évidence.
Et dans ces bleus, le fond
du jour et la même folie de
tendresse.

Photo : UN JOUR C’EST TOUT * Montréal – Décembre 2023

La tête ailleurs

D’y être presque. C’est la même mécanique
tant l’oubli a la mémoire longue.
Le même début d’histoire.
Le coup de la salive où l’on retient la note,
la prière cornée pour y arriver seule.
La seiche fait pareil.
On met le temps qu’il faut, dit-elle.

Et là, le même ciel.
Les rares feuilles qui résistent.
Et la blanche tombante. Si pleine d’eau
qu’elle ne fait que noircir l’asphalte.
Ça reste une histoire d’artères,
tant de ville que de corps.
Quand tu m’as lancé la bêtise,
c’est tout mon temps qui l’a reçue.
J’avais la tête ailleurs.
Et une petite mort à me faire.
Ne restait qu’à le vivre.

Photo : HIER RUE SAINT-VIATEUR * Montréal – Décembre 2023

Les manques ordinaires

Il pleut dehors et tout ça nous ressemble.
Le monde comme une fourmilière
mais sans mémoire qui vaille
de la ligne des fleuves et l’entrée des matins.

Avant le temps des muselières, ce qu’elle
aurait chanté peut-être.

Je grelotte, que veux-tu, et pas parce que l’hiver.
Quelque chose de nos manques devenus ordinaires.

Photo : LES TURQUOISES DE NOS ÂMES * Montréal – Décembre 2023

Confundere (mêler en versant)

Petites rues, petits hivers, et qui s’en tire à coups de vers?
Mais ne me prenez pas mon ciel ni ma fenêtre pour le voir.

Dans le plus noir d’une nuit blanche,
j’ai remonté mes pieds sur le divan orange
avec mon manteau de faux poil pour abrier ma peau.
Et je me suis souvenue.
Y avait déluge. T’avais chaussé
tes bottes de pluie pour couper par la mare.
T’es rentré les cheveux visqueux avec
ton grand corps poilu traversé jusqu’aux os.
Si la tristesse te pesait lourd, on ne s’est aperçu
de rien tant tu maîtrisais l’art de l’irrésolution.
Une autre ligne d’âme, lancée à l’eau avec le reste.
Une histoire de fleuve commencée mille fois
sans aller jusqu’au bout. Et plus tard tu as dit
qu’il ne pouvait jamais s’agir que de noir et de blanc,
que les coeurs se confondent.

Ici maintenant, l’asphalte a resurgi.
Invinciblement la mesure.

Photo : ET TRAVERSER LA SAISON FROIDE * Montréal – Décembre 2023

Note d’hiver

et d’y jouer le tendre drame
d’un rosier dans la neige
sous une pluie froide de décembre

et à vos coeurs mêlés
glissé en confidence

c’est juste une autre blanche
et un même piano

Photo : LA LENTEUR ET LA NEIGE * Montréal – Décembre 2023

La partition

La neige a enfoui le bitume. Une fille passe devant dans un long manteau noir. Combien d’autres mots désarmés. Les oiseaux se sont tus. C’est l’hiver qui parle.

La lumière se défend, ici autant qu’ailleurs. À travers le brouillard, on a vu un bateau, le sommet d’une vague. L’attente a été longue. C’est long des jours. Comme une partition perdue qui flotte dans une cale. 

Ils y voyaient une tempête et toi tu y as vu des flocons. Et la distance, avec rien à gagner. On a compté les heures sans jamais vraiment les compter. Ce n’est toujours qu’un jour sur le point de s’éteindre (disais-tu). 

Et là le temps. Le blanc qui change tout.

Photo : AUTOBUS – LA FILLE AU MOUCHOIR * Montréal – Décembre 2023

Prendre le vent

d’y dire et tout de suite ta langue de bateau
perdue exprès entre les vagues
c’est ça ou rien et d’y quêter dans l’aube
une autre transparence

et la neige à l’instant en flocons épigraphes
qui tombe sous mes yeux – j’ai tourné la tête et la rue
était devenue blanche

les dernières feuilles prennent le vent
dessous le ciel qui change

Photo : ET TOMBAIT LA NEIGE MOUILLÉE * Hier matin – Montréal

Feuilles et choux

le vent qui souffle à peine
et je n’insinue rien ou tout
c’est le même trottoir encore rempli de feuilles
cette fois devenues sèches
elles se défont contre les murs et les clôtures
au rythme parfait de l’automne
et pourtant tous ces éteignoirs
même sous le ciel blanc et bleu
bientôt je planterai mes choux dans la neige
je pense qu’il fait moins froid qu’hier
et les enfants resteront beaux

Photo : ELLES MARCHAIENT SUR LE SOIR * Novembre 2023 – Montréal

Tout le plausible

Les mots pénètrent le réel et l’air se charge de syllabes.
Après, ce n’est pas autant ce qu’elles disent que les vents qu’elles amènent.

Un faible brouillard. Un train et des entrepôts. La grandeur du chaos. Du haut du viaduc, pouvoir admirer la montagne et le quartier de mes amours.

Je marcherais comme ça dans n’importe quelle ville. Mais la beauté d’y être née. Pouvoir oublier où je suis et errer sans mal à choisir entre vouloir et vivre.

Photo : DANS L’AIR DU MILE END * Hier – Montréal 2023

Relâchement

Le ciel. Comme s’il y passait un avion que je n’aurais pas pris. Chaque jour je ne fais que franchir quelques rues et trottoirs, embrasser la constance et l’infini changement.
L’asphalte est noirci par la pluie. La lumière est divine sur les branches du pommier bas. Et tout ça sur ma droite. Le ciel et les érables aussi.
Nombre des habits de ce monde me brûlent la peau. Jusqu’où faut-il vouloir ?

À l’idée d’une suite, elle enfilait des perles dans l’obscurité. 
Combien y avait-il de feuilles au pied de l’arbre ? Sans doute assez pour marier le temps. Cependant que des hommes se lèvent. Et qu’aucune solitude n’arrête leurs murmures.
Si les étreintes changent peut-être, le spectacle reste le même.

Photo : PAYSAGE RAPPROCHÉ * Hier – Montréal

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