je me t’es vue dans le miroir plus vieille que la fois d’avant et fort heureusement j’apprends à te moquer de moi et de mes facéties et de tes inepties des culbutes que j’me dis de clown tu renchéris
la cour se meurt tranquillement et fonce on dirait vers l’automne mais je me retiens de l’écrire de peur de tes comparaisons et de mes grandes métaphores à m’envoyer mourir dehors
c’est à toi que je parle ma tête que j’aimerais pourtant voir se taire
et tu m’en veux d’être aussi bête? oui je t’en veux nous dis-je tu mais bête qui ne l’est pas dis-nous qui ne l’est pas?
je suis là et le jour et le trottoir qui sèche nos îles et tout le suspendu elle qui me l’a dit le savait les tourments les désirs ceux-là qu’on efface à mesure pour y gagner du temps la terre impitoyablement ça me va déjà plus qu’hier
Et l’ombre qui prend le détour et les branches de front. Il y aura encore de la neige et des mains en repli. Des roulants de tempêtes et des désirs pesants.
La muette s’est exilée, c’est elle qu’on porte disparue. Depuis la même incertitude, elle racontait la vieille histoire d’un père qui ne disait rien du lourd ni du lointain et qui marchait la bouche ouverte malgré la poussière plein les dents. Contre les marées et les vents, les amours et les peines.
Le tapage est tenace, les paupières glissantes. Il tombe des heures de désert, des milliers d’heures de silence.
pendant ce temps j’enfouis le soleil depuis l’ombre et j’enfonce mes doigts dans les grands trous de mon manteau – par où passent les oiseaux rouges ceux qui gagnent toujours à se perdre
ne pas vouloir de ce qu’on pense ni de ce qui se doit – plutôt des bouts d’aurore à me mettre sous l’âme
S’emballe le piano. Et tout le reste tremble. J’en boirais quelques cales. Pour le seul vertige d’un autre long soul de chaleur.
Et t’as raison. Au jeu d’aimer le flou, je m’enamoure des lignes noires. Des traits de chaos barbouillés sur un béton brûlant. De quoi sortir de mes histoires. M’émietter jusqu’à nue.
Photo : AU PIED DES RUELLES * Août 2023 – Montréal
à toi je peux bien dire le milieu de ma nuit la chaise en bois de mon grand-père celle que Denise avait gardée et le p’tit banc juste à côté ce bruit de frigo et de coeur toute la saga de cette maison trois heures quarante et je dors pas ça m’aidait bien, tu sais que la rivière m’assourdisse tous ces p’tits gars devenus grands restés pris dans des cours d’école et là le vent ça y est c’est le mois d’août le temps qui sait pas s’arrêter
« De toute façon, je n’ai pas choisi, ça m’est tombé dessus comme ça, et chaque jour ça me donne du souffle. » Mon amie E. qui me parle de sa passion.
Je sais le souffle dont elle parle, ce fruit d’une certaine passion. Quand ma bêtise ou celle du monde devient trop étouffante, dans le fracas du temps perdu ou dans la noirceur qui se moque, plus je la laisse me dévorer, mieux je respire.