Sur le bord de la fenêtre, le rosier de ma fête a encore donné une rose et un parfum que j’aime. Les lampes du voisin sont encore allumées, le jour est plus long à venir. Les gens promènent leur parapluie, certains leur chien. Et cette humidité qui aiguise chaque chose.
Ton café et tes heures dans la répétition des jours. Où tu restes sans pierres, sans eau qui soit brûlante. C’est l’éther et le vent, loin des terrains minés, pour un corps qui se perd dans la beauté peut-être. Les feuilles agglutinées. Les trottoirs mouillés. Le ciel presque blanc et l’orange du temps.
Tout ce trop-plein partout d’ouvrir la bouche et la fermer tellement que j’ose moins. Je ne sais pas si j’ai l’à bout de bras qu’il faut – seulement que si j’étais ruelle, je me ferais les saisons belles. Pour tout ce qui m’étreint, tout ce qui me prend l’âme.
Photo : DE MES PLUS BEAUX CHEMINS – Octobre 2023 * Montréal
On est samedi matin, aux belles heures du monde. Le vent s’est remis à souffler, les feuilles à se laisser partir.
Je passe mes nuits au bord du même fleuve tranquille. À y jouer des mêmes oiseaux du doute et de l’incertitude.
J’ai vu Alice, mon Alice, dans ma nuit déployée. On a parlé des mêmes choses, de celles qui ne changent pas. À voir avec les mêmes failles qui n’ont pas besoin de dessin.
Et le sens qui court. L’astuce est absolue. On est beaux mais c’est ça. Le temps a pris du poids et le rouge est plus noir. Et on tend, chante Alice, vers un même sommeil flou.
La rue est ma complice. Je ne sais de la suite que de n’en rien attendre. Et là le ciel et les feuilles mouillées.
Photo : LES BEAUX CHEMINS DE L’AUTOMNE – Octobre 2023 * Montréal
J’ai allumé la petite caille et je l’ai rapprochée de moi.
Je prendrai le pont tout à l’heure et ce sera beau. Déjà ce rose sur l’écorce. Et le bleu derrière l’orangé. La flamboyance n’attend personne.
Pendant ce temps, sur l’oreiller, le noir s’estompe. Si on y pense juste un peu, ça n’est jamais seulement la pluie ou le vent plus froid de l’automne.
Et moi qui n’aime pas les boussoles, il se peut bien que je me perde – c’est tout à fait mon genre de drame.
Quand même la rue et le viaduc n’avaient rien d’un hasard – y a des choses que je n’oublie pas.
Photo : AU PIED DE LA TIÉDEUR – Octobre 2023 * Montréal
devant les feuilles qui changent et le rosier flétri, je sais que je lui ressemble – lui qui rêvait dans un lit comme dans l’autre, mu par un coeur maladroit
il trouvait les églises belles – moi c’est les granges mais c’est pareil – je croise le fer avec mon âme pour encore y toucher la chair
et le piano qui joue la chanson de l’hiver
tes maladresses qui me rassurent
tout cet inassouvi –
et si c’était pour ça que la neige reste aussi folle et blanche
Cet air tiède me rappelle la nuit où j’ai lentement remonté Saint-Laurent, la lourdeur qui régnait au matin. Gaby me l’avait dit sans le dire, c’est le souffle des ventres au milieu du vacarme et d’y vouloir toujours un autre tour de piste.
C’est ce même endroit d’où je tombe.
Photo : LA SUBSTANCE DES JOURS – Septembre 2023 * Petite Nation
Parce que j’ai de nouveaux souliers, j’ai pris une feuille de rosier pour un diachylon. Le vent l’avait poussée au milieu du salon.
Ce seul et même souffle. Pour y voir danser mes héros, vêtus de haillons ou de mers. Autant d’îles et de pluies en successions d’orages. De pluriels en sillons porteurs de belle brume. Ou de champs élidés sur de grands désirs de béton.
Longtemps que je rêve du vent. Qui même dominant ne cherche pas à dire.
Photo : LA MUSIQUE DU CIEL – Septembre 2023 * Montréal
C’est vrai, les choses bougent. Sinon je saurais plus quoi dire. Et je pourrais seulement rêver de feuilles rouges et de vent tiède.
J’étais à neuf kilomètres du cheval blanc. Neuf à vol d’oiseau, une douzaine par la route. Pour autant de beauté tranquille. Là où mes bras sont assez bas et où mon corps reste debout.
Au tournant du premier matin, il y a eu cette averse. Elle aurait pu être infinie, ça n’aurait rien changé. Elle tombait dure et froide depuis la rivière, on était mouillés jusqu’aux os. Et nos pas vifs et un silence qui dit la hâte d’être au sec. Au moins mille secondes de trombe qu’on a essuyées avec grâce. D’ailleurs parmi les élégances, je me demande si elle arrive avant ou après la tendresse – sans doute qu’elles dorment ensemble, dans un grand lit de mer.
Et partout ce désir, cette urgence d’écrire. Calmer l’angoisse des tempêtes. Y chercher tant que l’autre cherche. Des mots comme des brèches qui vous arrachent à la bêtise. Et au dernier matin encore, y vouloir le faire dehors malgré le vent qui refroidit et les petites mouches dans l’air qui jouent de terre et de patiences.
Photo : LE SOLEIL DESCENDAIT – Septembre 2023 * Petite Nation
encore et toujours le doute – et sans fièvre pour dire ce vague sentiment d’un chemin sans les pieds
le soleil inonde le trottoir de l’autre côté de la rue – avec le ciel qu’il fait, il aura traversé quand j’partirai marcher
dans les feuilles basses de l’érable, je lis l’incontournable automne
si j’aiguise autant mon couteau, c’est pour y ciseler le jour / la vie fait de moi ce qu’elle veut mais il me reste encore en masse de quoi y buriner les heures –
et t’as raison, je suis naïve – c’est autant de bouts d’horizon qu’on voit et qu’on voit pas / bien petit carré que le mien, parcouru de fabulations et de sables mouvants
D’y être démasquée? De toute manière, y a toujours tellement qui s’achève.
Photo : ET L’HOMME SUR LE PALIER – Septembre 2023 * Montréal
J’ai regardé la rose, qui ne s’attend à rien. Et j’ai pris le matin, et le soir et la nuit. Et aussi les après-midis.
j’évite les éclats de garance, trop rouge pour l’espace dispensé – je sais, j’aurais pu dériver, descendre d’autres habitudes que d’y suivre le temps comme on suit une rivière – y a pareil tout ce qui hésite, comme autant d’oiseaux fous
J’ai senti tomber quelques gouttes en longeant les bouches de lumière. Je me suis dit que c’était toi, depuis le cimetière. Et là derrière les grands arbres, le même soleil qui descend.
Photo : ET CE QUI ACHÈVE TOUJOURS – Septembre 2023 * Ruelle de Montréal